La veille du 27 courant, c'est-à-dire le 26, monsieur, madame et
mademoiselle Bonnaud entourés de leurs amis, Eusèbe Martin assisté
par Lansade et monsieur de la Varade s'apprêtaient à signer devant
maître Mouflon, notaire, sans son collègue, deux actes d'une
importance extrême. Le premier était un contrat de mariage, le
second un acte d'association entre le dit sieur Eusèbe Martin
et le sieur Isidore Boucain, fabricant de produits chimiques et
successeur de Bonnaud.
Le sieur Isidore Boucain apportait à la société E. Martin et Ce
son intelligence commerciale, Eusèbe Martin apportait l'usine qui
constituait la dot de sa femme.
Le notaire lut les deux actes à haute voix.
Eusèbe se leva et lui dit: «Voulez-vous ajouter, je vous prie, à
mon apport social cette somme de quarante-huit mille francs que je
dépose entre vos mains?
Bonnaud et Lansade poussèrent une exclamation qui ne peut se
rendre par l'assemblage d'aucune lettre.
--Quoi! dit le premier à Eusèbe, la comédienne vous a rendu votre
argent!
--Lisez, répondit Eusèbe en lui passant un papier que les deux
marchands allèrent dévorer dans l'embrasure d'une fenêtre. Voici
ce que contenait ce papier:
«Eusèbe,
«Vous avez voulu m'acheter, mais je ne me suis point vendue. Voici
les quarante-huit billets que vous avez oubliés chez moi. J'avais
placé cet argent chez Gallis, mon agent de change; les intérêts
ont suffi largement à défrayer vos dépenses. Permettez-moi de
garder pour mon courtage la ceinture de cuir qui contenait cette
somme. Vous ne retournerez plus dans vos bois de châtaignier: si
par hasard vous y reveniez, c'est que vous n'auriez plus d'argent;
partant cette rustique bourse ne saurait vous être utile.
»Adieu, Eusèbe,
»Adéonne.
--L'insolente! murmura Bonnaud, et s'approchant du notaire, il lui
dit à demi-voix: Voulez-vous constater dans un article additionnel
qu'en cas de décès, s'il n'y a pas d'enfants nés dans le mariage,
le bien des conjoints restera au dernier vivant?