XVII

Le jour était venu; brisé par les âpres émotions de la nuit.

Eusèbe pâle, les yeux cernés, dormait d'un sommeil profond. Un

bruit du dehors vint le réveiller. Il ouvrit les yeux, chercha

autour de lui; son regard devint inquiet et il pensa qu'il avait

rêvé. Mais la soirée de la veille et les tourments de la nuit lui

revinrent à l'esprit.

--Non, je n'ai pas rêvé, se dit-il. Je n'ai jamais été si heureux

et si malheureux à la fois; cette femme, je la vois encore.

Pourquoi s'est-elle emparée de moi? son souvenir me brûle et

me ravit. Cette nuit, je cherchais à la chasser de ma pensée.

J'avais tort, c'est bon de penser à elle. Je la verrai encore ce

soir et demain, et toujours.

La journée s'écoula lentement. Il n'y avait pas trois secondes que

les bureaux du théâtre étaient ouverts, qu'Eusèbe était installé

au premier rang des fauteuils d'orchestre. Il attendit palpitant

le commencement du spectacle. La patience, l'empressement du

pauvre garçon furent mal récompensés. On jouait ce soir-là _Zampa

ou la fiancée de marbre_, et ce fut en vain qu'il chercha la

femme qui l'avait si fort troublé. Il partit navré, et revint le

lendemain.

Ce jour-là il était sûr de ne pas être trompé dans son espoir:

à vingt reprises, depuis le matin, il avait lu l'affiche du

spectacle. Il avait acheté le programme, et bien avant l'ouverture

des portes, assis dans un café voisin, il le relisait pour la

centième fois:

La bêtise humaine (Eusèbe Martin) · 第 30 / 103 题