Le jour était venu; brisé par les âpres émotions de la nuit.
Eusèbe pâle, les yeux cernés, dormait d'un sommeil profond. Un
bruit du dehors vint le réveiller. Il ouvrit les yeux, chercha
autour de lui; son regard devint inquiet et il pensa qu'il avait
rêvé. Mais la soirée de la veille et les tourments de la nuit lui
revinrent à l'esprit.
--Non, je n'ai pas rêvé, se dit-il. Je n'ai jamais été si heureux
et si malheureux à la fois; cette femme, je la vois encore.
Pourquoi s'est-elle emparée de moi? son souvenir me brûle et
me ravit. Cette nuit, je cherchais à la chasser de ma pensée.
J'avais tort, c'est bon de penser à elle. Je la verrai encore ce
soir et demain, et toujours.
La journée s'écoula lentement. Il n'y avait pas trois secondes que
les bureaux du théâtre étaient ouverts, qu'Eusèbe était installé
au premier rang des fauteuils d'orchestre. Il attendit palpitant
le commencement du spectacle. La patience, l'empressement du
pauvre garçon furent mal récompensés. On jouait ce soir-là _Zampa
ou la fiancée de marbre_, et ce fut en vain qu'il chercha la
femme qui l'avait si fort troublé. Il partit navré, et revint le
lendemain.
Ce jour-là il était sûr de ne pas être trompé dans son espoir:
à vingt reprises, depuis le matin, il avait lu l'affiche du
spectacle. Il avait acheté le programme, et bien avant l'ouverture
des portes, assis dans un café voisin, il le relisait pour la
centième fois: