Voici encore un duel sensationnel, en ce qu'il mettait aux prises deux
escrimeurs renommés: MM. Georges Breittmayer et Lusciez. Provoqué par
des attaques dirigées dans la presse contre M. Breittmayer, il devait
être plus extraordinaire encore, puisque celui-ci devait se rencontrer
aussi, avec un second adversaire, M. Willy Sulzbacher, non moins fameux
dans le petit monde des armes.
C'est l'établissement Chéri, à Neuilly, qui avait été choisi comme lieu
de la rencontre le 31 décembre. Les curieux, naturellement, avaient
devancé les combattants, afin de ne rien perdre du spectacle. Et c'est
en vain que MM. Breittmayer, Lusciez et Sulzbacher avaient stipulé, dans
les procès-verbaux préliminaires de la rencontre, qu'aucun spectateur ne
serait admis. On a dû transiger: la galerie a abandonné le terrain même
du duel, le ring. Mais on l'a logée dans des appartements voisins; les
plus intrépides se sont juchés sur le toit, sur le siège de leurs
voitures.
Ils ont assisté à de belles passes d'armes. M. Breittmayer, d'abord
atteint légèrement à l'angle interne de l'oeil gauche, puis à
l'avant-bras, demandait à continuer le combat et blessa à son tour M.
Lusciez à l'aisselle droite. Le combat reprit de nouveau jusqu'au moment
où M. Lusciez, pris d'une crampe, fut impérieusement contraint de
s'arrêter.
Les quatre témoins et l'arbitre M. Chevillard, considérant le caractère
particulièrement acharné de la rencontre et rendant hommage à la
bravoure et à la correction des deux adversaires, intervinrent alors
auprès d'eux pour les réconcilier. M. Lusciez et M. Breittmayer se
réconcilièrent et M. Sulzbacher suivit galamment cet exemple et serra à
son tour la main de M. Breittmayer.