LA RÉFORME DU CODE CIVIL

Le Code Napoléon, qui nous régit encore, date de 1804. C'est le 21 mars

de cette année qu'une loi réunit sous le titre de «Code civil des

Français» un ensemble de lois sur les matières civiles qui, rédigées par

une commission composée de Tronchet, Bigot de Préameneu, Malleville et

Portalis, puis approuvées par le Tribunat, avaient été successivement

promulguées et rendues exécutoires, sous forme de décrets rendus par

Bonaparte, au fur et à mesure de leur élaboration. Les manuscrits

originaux de ce monument législatif sont précieusement conservés dans

les archives du ministère de la justice. Ils constituent une série de

fascicules, écrits avec application sur parchemin, tous revêtus de la

signature du Premier Consul et cousus d'un cordonnet tricolore. Chacun

d'eux porte un énorme sceau de cire rouge, qui ne mesure pas moins de

135 millimètres de diamètre et qu'une épaisse boîte de fer-blanc protège

contre toute atteinte: la destruction ou l'altération volontaire de l'un

de ces sceaux emporterait pour son auteur la peine des travaux forcés.

Nous reproduisons la page initiale et la dernière du premier livre, du

premier titre proprement dit, précédé d'un titre préliminaire de six

articles renfermant les dispositions générales--c'est le type même du

manuscrit entier et tous les autres fascicules lui ressemblent.

On a célébré récemment le centenaire du Code civil. Il ne devait pas

survivre, en son intégralité, à cette commémoration.

«Il devinait les lois en faisant des codes», dit, exaltant Napoléon, un

des personnages de Vigny. Les moeurs en se modifiant devaient pourtant

rendre caduques quelques-unes des dispositions du Code de 1804. Depuis

longtemps, des écrivains, des légistes avaient signalé les

imperfections, les rides, qui, avec le temps, en raison des conditions

nouvelles de notre existence, y étaient apparues. M. Vallé, garde des

sceaux, ministre de la justice, a pensé que l'heure était venue de

procéder non à une refonte, à une réfection, mais à une mise au point du

Code civil. Et il a chargé une commission de rechercher quelles

modifications on pourrait utilement apporter à cet ensemble de lois pour

le mettre en harmonie avec les réalités actuelles de la vie. Cette

commission, de soixante et un membres, sous la présidence de M.

Ballot-Beaupré, premier président de la Cour de cassation, comprend, à

côté de jurisconsultes éminents, de membres du Parlement, des hommes de

lettres comme M. Paul Hervieu, M. Brieux, M. Marcel Prévost, qui, dans

leurs écrits, avaient envisagé certains problèmes, résultat de la non

concordance des lois avec les moeurs actuelles. Et, à la fin de décembre,

le garde des sceaux inaugurait solennellement, en l'hôtel de la place

Vendôme, les travaux de cette commission.

[Illustration: Une réunion de la commission chargée de la réforme du

Code civil au ministère de la justice.]

[Illustration: Aspect actuel du Palais de justice et des vieilles

maisons qui y sont enclavées, à l'angle du boulevard du Palais et du

quai des Orfèvres.]

L'Illustration No. 3228, 7 Janvier 1905 · 第 18 / 25 题