Le nom de M. Jean Bidegain appartient désormais à l'histoire; il n'en
est pas qui en l'espace de quelques semaines ait été plus de fois
imprimé dans les journaux, répété par plus de bouches; il restera
étroitement attaché à l'affaire de la délation, si fertile en incidents
sensationnels.
Comment ce modeste bureaucrate, secrétaire adjoint du Grand-Orient,
sous-ordre de M. Vadécard, a-t-il conquis d'emblée la grande notoriété?
Tout le monde le sait: en livrant les fameuses fiches maçonniques dont
il avait la garde, il fut le principal artisan de leur divulgation dans
la presse et à la tribune du Parlement.
Abstraction faite d'autres considérations, le cas de M. Bidegain offre
cette originale particularité: dès l'instant où il est devenu un «homme
du jour», ce personnage, soudainement révélé, s'est totalement éclipsé;
il semble n'être sorti de l'obscurité des bureaux de la rue Cadet que
pour plonger dans les épaisses ténèbres de l'inconnu, ou tout au moins
de l'incognito; il a filé «à l'anglaise», mettant sur les dents les plus
fins limiers du reportage, laissant les esprits anxieux se perdre en
conjectures, comme on dit. Gratifié d'un ton d'ubiquité prodigieux, on a
signalé simultanément sa présence à Liège et au Caire; on a répandu,
puis démenti la nouvelle de sa mort: on l'a même interviewé...
approximativement. Où est Bidegain? Cherchez Bidegain? Problèmes
d'actualité, rappelant la légendaire question du Bulgare.
Si nous ne pouvons en fournir la solution, du moins sommes-nous en
mesure de publier un portrait authentique de M. Bidegain, et nous
répondons ainsi au voeu du public, naturellement curieux de connaître la
physionomie des gens qui font beaucoup parler d'eux.