(S. IV.)
Qu’en bouchons tortillez elle auoit sous le bras.
(S. XI.)
BOURRIER, 213.--Flocon, duvet, de bourre (Cotg.). Ce mot a servi de
sous-titre à un recueil de poésies: _Les Muses incognues ou la seille
aux bourriers, pleine de desirs & imaginations d’amours_ (Rouen,
Iean-Petit, 1604), où l’on trouve des vers de Beroalde de Verville, de
Motin & un portrait satirique de Rabelais.
BRIDER, 24.--Porter la moustache droite ou relevée sur les joues.
Qu’on bride sa moustache.
(S. III.)
BRUIRE, 11.--Pris activement.
Où tout le monde entier ne bruit que tes proiets.
(S. I.)
BRUIT, 19.--Dire, propos.
Contraire en iugement au commun bruit de tous.
(S. II.)
CABAN, 80.--_Gabardine, or cloake of felt_ (Cotgrave). Manteau de feutre
dont le tissu est fait de bourre de laine & de poils d’animaux.
CABINET, 19.--Bahut rempli de petits tiroirs sur lesquels se fermait une
porte à deux battants. Dans ce meuble, d’une ornementation
habituellement très-recherchée, on enfermait les ouvrages graveleux
aussi bien que les objets de prix.
Ie m’ennuie que mes _Essais_ seruent les dames de meuble commun
seulement, de meuble de sale. Ce chapitre me fera du cabinet.
(MONTAIGNE, _Essais_, III, 5, sur des vers de Virgile.)
Cabinet avait aussi le sens de privé, retrait. C’est sur cette double
signification qu’Alceste joue, lorsqu’il dit:
Franchement ils sont bons à mettre au cabinet.
CACHOTS, 7.--Retraites.
Les bestes sauuages laissent leurs cauernes & cachots.
(AMBROISE PARÉ, XXIV, 6.)
CALAMITE, 222.--Aimant, _magnes_. (Nicot.)
Voyez à la calamite de vostre boussole. (RAB., IV, 16.)
CAROUSSE (Faire), 19.--_To quaffe, carousse_. Faire beuverie, de
l’allemand: Gar aus, tout vide. (H. ESTIENNE, _Dial. du nouv. lang.
franc._, Envers, 1579, p. 42.)
Ils font iournellement carousse auec les dieux.
(S. II.)
Trinquer, voire, carous & alluz.
(RAB., IV, Prol.)
Gar aus & all aus ont en allemand la même signification: tout hors le
verre.
CERVELLE (En), 26, 83.--En souci, en peine. Ce mot a été très-torturé.
Brossette veut qu’il signifie: de mauvaise humeur; M. Lacour lui donne
le sens d’imaginairement.
Mais pour dire le vray ie n’en ay la ceruelle.
(S. III.)
... Où l’esclanche en ceruelle.
(S. X.)
CHAIRE, 82.
Chaire est conforme à l’étymologie. Chaise est un reste du zezaiement à
la mode dont Marot (V. le biau fiz de Pazi) nous a laissé un exemple
ainsi que Lasphrise dans son sonnet:
Hé! mé, mé, bine-moy, bine-moy, ma pouponne.
(Édition BLANCHEMAIN, Turin, 1870, p. 325.)
CHALAN, 83.--Gros pain venant par les bateaux chalands de Corbeil & de
Villeneuve-Saint-Georges. (FURETIÈRE.)
CHARTIS, 121.--Hangar.
CHAUVIR de l’oreille, 61.--Baisser, remuer les oreilles.
To clape downe the eares, as an horse, or asse doth.
(COTGRAVE.)
Chacun ne se plaist pas à attendre dix ans pour vn baiser, mesmes d’vne
qui en derriere chauuist des oreilles.
(DU FAIL, _Propos rustiques_, 14.)
Chauuent des oreilles comme Asnes de Arcadie au chant des musiciens.
(RAB., III, Prol.)
CHERE, 15.--Visage.
Belle chere & cueur arrière, dit un vieux proverbe français rapporté par
H. Estienne (_Precell. du Lang. fr._).
... A qui mesme la mère
Pour ne se descouurir fait plus mauuaise chère.
(S. II.)
CHEVRE (Prendre la), 112.--Prendre de l’humeur. Cette expression est
restée longtemps en usage dans notre langue.
C’est prendre la chevre vn peu bien viste aussi.
(MOLIÈRE, _Sgan._, XII.)
Les Italiens disent encore en ce sens: _Pigliar la monna_, prendre la
guenon.
CHIFFLER, 81.--Siffler. _To Whistle._ (Cotgrave.)
On a dit de même longtemps capuchins pour capucins. (Voir Ménage,
_Observations sur la langue fr._, p. 458, édit. cit.)
CHOPPER, 53.--Heurter du pied, faire un faux pas.
CICATRISÉ, 15.--Portant des traces de recousures, comme les blessures ou
les plaies refermées.
Si mon habit par tout cicatrisé.
(S. II.)
CINQ PAS, 42.--Danse fort en vogue au XVIe siècle, & décrite par Antoine
Arena dans son poëme macaronique adressé _ad suos compagnones
studiantes, qui sunt de persona friantes bassas dansas in galanti stylo
bisognatas_.
Voici d’après l’édition de Lyon (1601, in-8º de 78 p., tit. comp.) la
description d’Arena:
_... Passus fiunt ordine quinque suo:
Vna duos primos marchet tantummodo gamba,
Ac alium post hoc altera gamba dabit.
Tibia sed faciet quartum gentissima passum
Quæ primos fecerit ante duos...
Vna dabit finem._
COFFRE, 22.--Meuble servant de banc dans les antichambres où se tiennent
les gens de service.
Mourir dessus vn coffre en vne hostellerie.
(S. III.)
COITE, 96.--Lit de plume, de _culcita_ qui a donné coulte, coueste &
coite. Le premier mot est entré dans coutepointe, devenu enfin
courte-pointe.
COMMUNE, 27.--La foule, le vulgaire.
Qui n’abaye & n’aspire ainsy que la commune
Apres l’or du Perou.
(S. III.)
CONSTABLE, 80.--Forme contractée de connestable, qui lui-même vient de
l’allemand _Kœnigstapel_, aide du roi, & non de _comes stabuli_.
(Nicot.)
CONVENANT, 12.--Approprié.
Iugez comme au subiect l’esprit est conuenant.
(S. I.)
CONVENT, 106.--Du latin _conventus_, & par euphonie couvent. Cette
double forme se retrouve dans moustier & monstier, de _monasterium_.
Enfin on a fait pareillement mouton de _montone_.
CORNETTE, 31.--Bande de soie que les docteurs en droit portaient autour
du cou, pendant jusqu’à terre. (Littré.)
Vne cornette au col debout dans vn arquet.
(S. IV.)
CORNUS, 85.
Cornus du bon père. Enhardis par le vin.
Le bon père est Bacchus; & pour l’explication de cornus, voici un
extrait de Guillaume Bouchet:
Les cornes augmentans la hardiesse: car si à vn mouton vous ostez les
cornes il deuient timide & doux, laissant sa hardiesse. Nous baillons à
Bacchus des cornes pour monstrer que le vin rend les personnes hardies.
(_Serees_, liv. I, 8.)
Conf.: Depuis quand auez-vous pris les cornes qu’estes tant rogues
deuenus?
(RAB., I, 25.)
COUCHER, 20.--Avoir pour enjeu, viser.
Ne couche de rien moins que l’immortalité.
(S. II.)
Les princes ne craignans point de gager la vie de trente mille hommes où
ils ne couchent rien du leur.
(BOUCHET, éd. Roybet, t. III, p. 17.)
COUPEAU ou Coupet, 20.--D’une montagne. _Montis cacumen._ (Nicot.)
Vient à Vanues à pied pour grimper au coupeau
Du Parnasse françois.
(S. II.)
COURAGE, 16, 25, 39.--Ce mot est pris souvent pour cœur.
I’allay vif de courage & tout chaud d’esperance.
(S. II.)
Ie n’en ay pas l’esprit non plus que le courage.
(S. III.)
Suiect à ses plaisirs, de courage si haut.
(S. V.)
COURANTE, 53.--Impulsion irrésistible.
Au gouffre du plaisir la courante m’emporte.
(S. VII.)
COURTAUX, 42.--Cheval de petite taille à qui l’on a coupé les oreilles,
la crinière & la queue.
Fait creuer les courtaux, en chassant aux forests.
(S. V.)
DAMOYSELLE, 26.--Nom donné aux femmes mariées de noblesse inférieure. Ce
titre permettait de porter la robe de velours & une bordure d’or au
chaperon. Plus tard il s’étendit à toutes les femmes mariées, nobles ou
roturières.
En honneur les auance & les fait Damoyselles.
(S. III.)
DARIOLET, 42.--Entremetteur. Dariolette est le nom de la confidente
d’Elisenne dans _Amadis_.
De vertueux qu’il fut le rend dariolet.
(S. V.)
Sont-ce pas les dariolettes
Et les messagers d’amourettes
Qui peuplent France de cocus?
(AUVRAY, _Banquet des muses_, 1628, p. 194.)
Qu’il soit bon Sibillot, ruzé dariolet,
Qu’il sçache finement presenter vn poullet.
(COURVAL SONNET, _Œuv. sat._, 1622, p. 91.)
DEGOISER, 122.--Cette expression paraît dans l’origine ne s’être dite
que des oiseaux. Les oyseaux se degoysent, _garriunt aves_. (Nicot.)
_To chirpe or warble (as a singing bird)._ (Cotgrave.)
DÉGOUT, 86.--Écoulement, débordement d’eau.
Et du haut des maisons tomboit vn tel degout.
(S. X.)
Et là n’eussent rencontré source, ou degout d’eaux.
(RAB., III, 5.)
Ce mot se retrouve au figuré dans les _Quatrains_ de Pibrac:
A bien parler ce que l’homme on appelle,
C’est vn rayon de la diuinité,
C’est vn degout de la source eternelle.
(Éd. de 1584. _Quat._ XIII.)
DEGREZ, 24.--Grades.
Et si l’on est docteur sans prendre ses degrez.
(S. III.)
DEPITER, 57.--Maudire.
Ie semble depiter, naufrage audacieux,
L’infortune, les vents, la marine & les cieux.
(S. VII.)
Ie despite à ce coup ton inique puissance,
O nature cruelle à tes propres enfants.
(D’AUBIGNÉ, _Hécat. à Diane_, LX.)
DILAYANT, 40.--Delayer, temporiser.
Dilayant, qui tousiours a l’œil sur l’auenir.
(S. V.)
DOUTEUX, 40.--Hésitant.
Imbecille, douteux, qui voudroit, & qui n’ose.
(S. V.)
ÉGUILLETTE (Courir l’), 128.--Chercher des aventures galantes.
Cette expression est restée longtemps obscure, parce qu’on a voulu la
rattacher au mot aiguillette, désignant le signe que les courtisanes de
Toulouse portaient sur l’épaule pour se distinguer des autres femmes.
C’est aller, ce semble, chercher un peu loin une explication.
L’aiguillette est un double cordon ferré, servant à fermer la brayette.
Nouer l’aiguillette, courir l’aiguillette, sont des locutions
très-claires: la première signifie rendre un homme impuissant, & la
seconde, faire métier de dénouer les aiguillettes de tout venant.
ENCASTELÉ, 59.--Mot vsité en matière de pieds de bêtes de pied rond,
comme cheuaux, mulets, quand on veut dénoter que la corne du talon
s’entre approche presque à ioindre, qui est vn grand vice au pied; pour
auquel obuier il faut au ferrer faire ouurir le talon auec le boutoir
iusques au vif. (Nicot.) Encastellé, qui a le talon étroit; _narrow
heeled_, dit Cotgrave.
ENTERINER, 38.--Ratifier juridiquement.
Qui dans le four l’Euesque enterine sa grace.
(S. V.)
ENTRANT, 21, 24, 25.--Hardi, audacieux. _A bould or audacious fellow._
(Cotgrave.)
I’entre sur ma louange & bouffy d’arrogance.
(S. II.)
Sois entrant, effronté.
(S. III.)
Ie ne suis point entrant.
(_Ibid._)
ÉPÉE (Chevalier de la petite), 82.--Coupeur de bourse.
ESCLATER, 69, 107.--Reluire, briller.
Son front laué d’eau claire, esclaté d’vn beau teint.
(S. IX.)
Esclater de satin, de perles, de rubis.
(S. XIII.)
Veaux dorez que tu crains pour leur voir esclater
Le clinquant au chapeau, sur le dos l’escarlate.
(COURVAL SONNET, _Œuv. sat._, 1622, p. 103.)
Esclater en clinquant gorrierement vestu
Piaffer en vn bal, gausser, dire sornettes.
(AUVRAY, _Banquet des muses_, 1628, p. 159.)
ESCORNES, 179.--Affront.
ESGAYER, 13, 16, 39, 42.--Divertir, ébattre.
Pour esgayer ma force.
(S. I.)
Un repos qui s’esgaye en quelque oisiveté.
(S. II.)
Egayer sa fureur parmy des precipices.
(S. V.)
Qui dans vn labeur iuste egayoit son repos.
(_Ibid._)
ESPOINÇONNE, 28.--Piquer, pousser en avant.
Iadis vn loup dit-il, que la fain espoinçonne.
(S. III.)
Pour nous espoinçonnez d’vne loüable ardeur,
Nous offrons à seruir vostre illustre grandeur.
(AUVRAY, _Banquet des muses_, 1628, p. 182.)
ESTAMINE, 107, 114.--Petite étoffe légère & de peu de prix. Tissu de
crin ou de laine servant à filtrer.
Que cecy fust de soye & non pas d’estamine.
(S. XIII.)
Et qui peust des vertus passer par l’estamine.
(S. XIV.)
ESTRIVER, 113.--Quereller, disputer; d’estrif, qui signifie peine et
aussi débat.
ESTUDE, 23.--Ce mot variait d’acception suivant le genre qui lui était
donné.
Une estude désignait un cabinet de travail, & l’estude (subst. masc.)
avait le sens de soin, souci.
Encores que mon feu pere eust adonné tout son estude à ce que ie
prouffitasse en toute perfection. (RABELAIS, II, 8.)
ESTUVER, 193.--Sécher. _To warme._ (Cotgrave.)
EVEROLLE, 79.--Ampoule.
Du vieux mot français éve, eau, qui a donné éveux, humide, plein d’eau,
& évier, demeuré dans la langue.
De nuages éueux.
(BAÏF, _Les Jeux_, 1593, fº 41.)
Voir, sur éve & aigue, venus tous deux d’_aqua_, H. Estienne,
_Precellence du Lang. franc._, 1579.
EVESCHÉ, 19, 27.--Ce mot était alors habituellement féminin, comme
duché.
Medite vne euesché.
(S. II.)
Et si le faix leger d’vne double Euesché.
(S. III.)
Avec une comté de Plume, & un marquisat d’Ancre, il ne lui falloit plus
qu’une duché de Papier, pour assortir tout l’équipage.
(MALHERBE, éd. Lalanne, III, 207.)
EXEMPLE, 41, 83.
Pour exemple parfaitte ils n’ont que l’aparance.
(S. V.)
A Paris, dans la ville, on fait exemple ordinairement feminin, &
l’erreur vient de ce que exemple est de ce dernier genre quand il
signifie le modelle d’escriture que les maistres Escrivains donnent aux
enfans. (Vaugelas, _Remarques sur la langue françoise_, 1665, p. 171.)
FANIR, 192.
Tu es vn pré sans fleur qui fanist.
(BAÏF, _Am. de Franc._, IV.)
FAQUIN, 43.--Mannequin contre lequel on joutait dans les manéges.
Tournant sur un pivot, il frappait d’un sabre de bois le cavalier qui ne
l’atteignait pas en plein milieu.
Court le faquin, la bague.
(S. V.)
Le lendemain des noces on courra la bague & rompra t’on au faquin.
(MALHERBE, éd. Lalanne, III, 90.)
FÉE (Courroucer la), 84.--Irriter les génies.
FIGUE, 47, 77.--Nazarde, plus particulièrement signe de mépris, qui
consiste à montrer le pouce entre l’index & le médium. Pour
l’éclaircissement historique de cette expression, voir G. Paradin, _De
antiq. Burgundiæ statu_, Lyon, Est. Dolet, 1542, p. 49, & aussi
Rabelais, IV, 45.
FORAINS (Alibis), 91.--Echappatoires.
Dans Rabelais, liv. II, ch. XXI, cette expression désigne les recoins
les plus écartés, _all the corners_. (Cotgrave.)
FOURCHE (Fait à la), 77.--Mal tourné, de grossière façon.
FOURNEAUX, 129.
Des fourneaux enfumez où l’on perd sa substance.
Ambroise Paré a donné la description de cet appareil à fumigation dans
ses œuvres (Paris, Buon, 1585), liv. XIX, ch. XXVI.
Par ironie, on disait de ceux qui suivaient ce traitement, qu’ils
voyageaient au pays de Surie, Syrie ou Suède.
FRAISÉ, 39.--Portant une fraise, sorte de collet plissé & empesé.
L’homme ne se plaist pas d’estre tousiours fraisé.
(S. V.)
FUSTÉ, 34.--Bâtonné, accablé, de fust, bâton.
Les grands & la fortune
Qui fustez de leurs vers en sont si rebattus.
(S. IV.)
Marotte Duflos, pour soupechon de larrecin, fut fustée à la banlieue.
(_Livre rouge d’Abbeville._) Génin, dans ses _Récréations
philologiques_, t. I, p. 161, prétend mal à propos que ce mot vient de
fustigé.
GARITE, 86.--Guerite, lieu de refuge & sauueté en vn desastre & deroute.
(Nicot.)
GAROT, 195.--Trait d’arbalète. _A boult for a crosse bow_ (Cotgrave.)
GAULE, 34.--Houssine, cravache.
Nous voyent d’vn bon œil & tenant vne gaule
Ainsi qu’à leurs cheuaux nous en flatte l’espaule.
(S. IX.)
GAY, 94.--Geai.
Le Perroquet, & le Gay caqueteur.
(VAUQ. DE LA FRESNAYE, éd. Travers, I, 251.)
GENET, 43.--Cheval de main, de petite taille & bien proportionné, que
l’on tirait d’Espagne & de Sardaigne.
Talonne le genêt.
(S. V.)
GENTILLY, 49.
Aller à Gentilly caresser vne rosse.
(S. V.)
Claude Binet nous apprend, dans sa _Vie de Ronsard_, que le poëte «se
delectoit ou à Meudon, tant à cause des bois, que du plaisant regard de
la riuiere de Seine, ou à _Gentilly_, Hercueil, Sainct-Clou, & Vanues
pour l’agréable fraischeur du ruisseau de Biéure, & des fontaines que
les muses ayment naturellement.»
Hercueil fut le théâtre de la Pompe du Bouc de Jodelle. C’est à Vanves
que se trouvait la maison de campagne où Desportes recevait ses amis;
enfin le petit Olympe d’Issy a été chanté par Bouteroue. «C’estoit, dit
Lestoile, une fadeze dediée à la reine Marguerite sur ses beaux jardins
d’Issy, dont on disoit que le dieu Priapus estoit gouuerneur, &
Bajaumont son lieutenant.»
Dans Rabelais, liv. I, ch. XXIV, Comment Gargantua employoit le temps,
nous lisons enfin que Ponocrates, «pour le séjourner de la vehemente
contention des esprits, l’emmenoit à Gentilly, à Montrouge ou à Vanves,
& là passoient la journée à faire ripaille.»
GEORGES (Saint), 41, 51.
Et que i’en rende vn jour les armes à Sainct-Georges.
(S. V.)
Releuez, emplumez, braues comme Sainct-George.
(S. VIII.)
La légende a fait de saint Georges un type héroïque. Comme Persée, il a
délivré une jeune vierge des griffes d’un dragon. Aussi les Anglais &
les Génois l’avaient-ils du temps des croisades choisi pour leur patron.
GILLE (Faire), 62, 97.--Fleury de Bellingen explique ainsi cette
expression:
Quand quelqu’un s’en est fuï secrettement, on dit qu’il a fait Gile,
parce que Saint Gille, prince du Languedoc, s’enfuit ainsi de peur
d’être fait roi.
(_Étymologie ou explication des Proverbes françois._ La Haye, 1656, p.
133.)
GOULET, 94.--Goulet, diminutif de Goule, aujourd’hui gueule. (Littré.)
Sur la permutation _eu_ & _ou_, voir page 94, feugere pour fougère.
GOURMANDER, 84.--Se repaistre avec avidité de.
Son poulmon tu gourmandes.
(S. X.)
GRAIN (Dans le), 86.--Dans l’abondance, à l’aise.
GREMOIRE, pour grimoire (comme letanie, cemetiere), 35, 95.
C’est mon amy, vn gremoire & des mots.
(S. IV.)
Mon maistre... i’entends bien le Grimoire.
(S. XI.)
On disait aussi gramoire.
Et par ma foy, si vous voulez,
Leur montrer mestier ou gramoire.
(_Anc. th. franç._, III, 12.)
Grimoire est donc véritablement un doublet du mot grammaire.
GUET (Laisser du), 62.--Échapper à quelqu’un & le laisser en quête de
soi.
HOUSSE (En), 14.--A cheval, comme s’il y avait en selle. La housse est
une sorte de couverture attachée à la selle.
En carosse & en housse.
(S. II.)
Autrefois pour parler d’un qui paroissoit dans le monde, soit financier
ou autre, l’on disoit de luy: Il ne va plus qu’en housse; mais
maintenant cela n’est plus guères propre qu’aux medecins ou à ceux qui
ne sont pas des plus relevez.
(_Les Loix de la Galanterie_, 1644.)
HYPOSTASE, 106.--Terme de théologie qui signifie essence, nature &
personne de Dieu.
INFINITÉ pour Infini, 11, 218.
Ne pouuant le fini ioindre l’infinité.
(S. I.)
JA pour déjà, 12.--Ce mot était hors d’usage au moment où l’employait
Regnier.
Ia riante en son cœur.
(S. I.)
JACOPINS pour Jacobins, 29.--Voir, sur cette double forme, les
_Observations de Ménage sur la langue françoise_. Éd. citée, p. 24.
JEAN qui ne peut, 89.--Homme impuissant. Titre d’un poëme écrit en 1577
par Remy Belleau sur le cas de Me Estienne de Bray, & rapporté dans le
registre journal de _Lestoile_.
JEAN (Saint-), 67.--Place Saint-Jean-en-Greve, lieu de stationnement des
crocheteurs ou portefaix.
JOUG (Faire), 120, 213.--Italianisme, de _far giu_, céder, se soumettre,
s’abaisser.
Dans Marot, il est écrit faire jou. Plus tard il prend un g euphonique,
& les lexicographes le confondent à tort avec le mot joug.
Anjou fait jou, Angoulême est de même.
(MAROT, _Complainte de Madame Louise de Savoye_.)
JUPON, 80.--Jupe. Nicot donne deux explications de ce mot: squenie ou
souquenie, roquet ou rochet, suruestement qui est pendant par deuant &
par derriere bien bas.
Le comte d’Egmont... estoit vestu d’vne juppe de damas cramoisi & d’un
manteau noir avec du passement d’or.
(BRANTOME, éd. Jannet, II, 169.)
JUYS pour Juyfs, 59.--_f_ muet.
A coups de poings, de pieds, de grifs,
S’entredechiroient leurs habits.
(AUVRAY, _Banquet des muses_, 1628, p. 189.)
Voir, dans les poésies de Malherbe, l’épitaphe de M. d’Is, dont le nom
exactement orthographié était d’Ifs.
LANGARD, 119.--Bavard.
Languards picquans plus fort qu’vn hérisson.
(MAROT, _Bal. des Enf. sans soucy_.)
LANTERNES VIVES, 89.--On appelait ainsi des lanternes dans l’intérieur
desquelles un mécanisme particulier faisait mouvoir des figures
grotesques, «Comme de harpies, satyres, oisons bridés, lievres cornus,
canes batées, boucs volans, cerfs limoniers, & autres telles peintures
contrefaites à plaisir pour exciter le monde à rire.»
(RABELAIS, liv. I, _Prol. de l’auteur_.)
LAVER, 82.--On se lavait les mains avant de se mettre à table & aussi au
sortir du repas.
Laquelle ayant pris de l’eau pour lauer, s’assit incontinent à table.
(_Le Banquet_ du comte d’Arete, 1594, p. 15.)
Ie voy ia qu’on dessert,
Ie voy ia l’espouze qui laue.
(O. DE MAGNY, _Epithal._ de J. Flehard.)
LEGENDE, 62.--Lecture, récit.
Pour affaires, projets, on disait faciendes.
(Voir TAHUREAU, _Dialogues_, éd. Lemerre, p. 146.)
LEGER (De), 106, 122, 207.--A la légère, à l’étourdie.
De leger il n’espere & croit au souuenir.
(S. V.)
Il oit trop les causeurs, il croit trop de leger.
(VAUQ. DE LA FRESN., éd. Travers, I, 227.)
LIEVRE, 81.--Bailler le lièvre par l’oreille, leurrer de promesses.
Me bailla gentiment le lieure par l’oreille.
(S. X.)
LIMESTRE, 108.--Drap de Limestre, étoffe grossière dont on faisait des
capes. On appelle aussi Limestres les gens qui portaient cette partie de
vêtement. (V. Cotgrave, vº _Limestre_.)
LINCEUX, 96.--Draps de lit.
Les linceux trop cours par les pieds tirassoit.
(S. XI.)
Ce mot n’avait pas encore le sens précis de drap pour ensevelir les
morts.
Entre deux lincieulx
Allez reposer votre teste.
(MAROT, éd. Jannet, 271e Épigr.)
LIPÉE, 82.--Proprement bouchée. Suivant de madame Lipée, parasite.
LOS, 11.--Louange &, par extension, gloire.
Qui leurs vers à ton los ne peuuent esgaler.
(S. I.)
LUITEUR, 12, 161.--Vieille forme du mot lutteur.
Ceux qui ayment la luicte, plusieurs bons luicteurs.
(LA BOÉTIE, éd. Feugères, p. 286.)
MALLE (Trousser en), 95.--Emporter de force à la façon d’vne malle qu’on
charge sur les épaules.
Les nouueaux receus pour ne sçauoir l’art de la vollerie, sont troussez
en malle, & conduits à Montfaucon pour là faire des cabriolles en l’air.
(_Règles, statuts_, etc., de la Caballe des filous. V. Ed. Fournier,
_Var. hist. & lit._, t. III.)
MARINE, 57.--Mer.
Les vents, la marine & les cieux.
(S. VII.)
Creignant les flots de la marine,
Elle troussoit sa vesture pourprine.
(BAÏF, _Poëmes_, 1573, fº 253, vº.)
MARISSON, 88.--Mot formé régulièrement comme unisson, nourrisson, qui
sont restés en usage.
Ébloui suivant la même règle avait formé éblouisson.
D’vn éblouisson trouble a les yeux empeschez.
(BAÏF, _Amours_, 1573, fº 77, vº.)
MARJOLLET, 25.--Petit homme fanfaron, de l’italien _mariolo_, homme de
rien.
Entendre vn mariollet qui dit auec mespris.
(S. III.)
MATELINEUX, 112.--Fantasque, diminutif francisé de _matto_, fou.
MATINES, 19.--Livre d’heures où se trouvent les offices du matin.
Que portez à l’Eglise ils valent des matines.
(S. II.)
MÉDARD (Ris de Saint), 59.--Ris forcé. On appelait mal Saint-Médard le
mal de dents, &, suivant d’autres, l’emprisonnement. Un proverbe du
XVIIe siècle dit:
Ris qui est de Saint Médart,
Le cœur n’y prent pas grant part.
(Voir LE ROUX DE LINCY, _Livre des Proverbes_.)
MENESTRE, 82.--Soupe, de l’italien _minestra_.
MERCERIE, 126.--Marchandise.
Chacun vante sa mercerie.
(BAÏF, _Mimes_, III.)
Mercier, le marchand par excellence. Voir, pour la justification de ce
sens, le _Dictionnaire de Trevoux_ (1732) & le _Guide des Corps des
Marchands_, Paris, 1766, in-12, p. 358. Le corps des merciers est le
plus nombreux & le plus puissant des six corps des marchands, lit-on
dans le premier des ouvrages cités plus haut. Voir aussi les _Variétés
hist. & litt._ de M. Ed. Fournier.
MICHEL (Ceux de Saint-), 35.--Pèlerins que l’on appelait Michelets, du
nom de leur patron.
Poissons que nous appelons sourdons, desquels les Michelets en
enrichissent leurs bonnets ou chappeaux en venant de Saint-Michel.
(B. PALISSY, éd. Cap., p. 365.)
MINUTER, 61, 76.--Projeter.
Minutant me sauuer de cette tyrannie.
(S. X.)
Auecq’ vn froid adieu, ie minute ma fuitte.
(S. X.)
MOINE-BOURRU, 99, 115.--Lutin qui, dans la croyance du peuple, court les
rues aux Avents de Noël en faisant des cris effroyables. (Furetière.)
Suivant Cotgrave, moyne bourry ou moyne beur designe _a lubberly monke
or in stead of beuveur a quaffing monke_.
Comp. Ie grezille d’estre marié & labourer en diable bur dessus ma
femme.
(RAB., III, 7.)
MON (C’est).--Particule affirmative dont l’origine a été diversement
expliquée. H. Estienne y voit c’est moult; Nicot y trouve le mot grec
μεν francisé; Furetière veut que ce soit l’abréviation de c’est mon
avis. D’après Ménage & les hellénistes Périon, Trippault, Lancelot, mon,
dans c’est mon, dérive du grec μων, certes, assurément. Cette
interprétation s’applique également aux locutions savoir mon, faire mon.
MONTRE, 81.--Revue.
MONUMENT, 10, 66.--Tombeau.
Deterrer les Grecs du monument.
(S. IX.)
MORGANT, 24, 50, 82, 199.--Hautain, menaçant.