Celle-ci fut bientôt criblée de balles qui continuèrent autour de don

Paëz leur moisson sanglante; enfin la porte commença à être ébranlée à

coups de hache et don Paëz se trouva tout seul avec sa femme, foulant

les cadavres pantelants de ses derniers défenseurs.

Alors cet homme si brave fut pris du vertige, il eut peur! Peur,

vraiment! car il lui sembla voir déjà l’échafaud qu’on lui dressait sur

la plate-forme de l’Escurial et le bûcher où l’on traînerait la

princesse comme une gitana infâme... peur! car une pensée terrible

éblouit son cerveau et lui fit prendre dans ses bras la princesse avec

la frénésie de l’amour et du désespoir:

--Ecoute, lui dit-il, d’une voix entrecoupée... c’est la mort... il faut

mourir... mieux vaut tout de suite... dans quelques minutes, il serait

trop tard... la porte est ébranlée... elle cède... et les monstres ne

respecteraient pas en toi la fille de dix générations de rois... Veux-tu

mourir? dis... le veux-tu?

--Tue-moi! dit-elle, en découvrant sa poitrine d’un geste plein de

majesté.

--Meurs, répondit don Paëz avec délire; mais avant écoute, et meurs

heureuse. Je ne regrette rien en mourant, car mon âme et la tienne vont

à Dieu enlacées; je t’aime, ô ma reine! et ton dernier baiser sera le

talisman qui m’ouvrira le ciel.

Il la pressa sur son sein, leurs haleines se mêlèrent; ils vécurent de

la même vie et leurs cœurs battirent l’un sur l’autre...

Puis don Paëz se dégagea brusquement de cette dernière étreinte, il leva

sa dague et frappa.

La princesse tomba souriante et mourut sur-le-champ en murmurant:

Adieu... je t’aime!...

--Je te suis, répondit don Paëz, qui jeta sa dague et prit son épée pour

s’en frapper...

Mais soudain un bruit sourd, étrange se fit sous ses pieds. Le sol parut

ébranlé, et tout à coup, comme il chancelait, une partie du parquet en

boiserie vola en éclats, une hache apparut mettant à nu l’orifice d’un

passage secret, un homme suivit cette hache...

C’était Hector!

--Il est temps, exclama-t-il, à moi! à moi, Gaëtano!

Gaëtano s’élança à son tour et arracha l’épée aux mains de don Paëz.

--Frère! frère! s’écria Hector hors de lui, un navire est au large; un

canot est amarré au roc, et cet escalier, connu d’un marin génois, et

qu’il nous a montré y aboutit. Viens, frère, viens!

Don Paëz lui montra le cadavre de la princesse.

--Elle est morte! dit-il, et je l’aimais!...

--Nous l’inhumerons en reine, frère, nous pleurerons avec toi...

viens!...

Un éclair passa dans les yeux de don Paëz.

--Et la flotte, demanda-t-il, où est-elle? Peut-être pourrions nous

vaincre?

--La flotte a été dispersée par la tempête et quatre vaisseaux se sont

brisés.

--Alors, répondit don Paëz, quand on perd en un jour une couronne et la

femme qu’on aime, il ne reste plus qu’à mourir.

--Frère, la porte va céder, il sera trop tard dans deux minutes...

fuyons!

--Tiens, fit don Paëz avec calme, prends ce coffre, il est à toi; et

laisse-moi. Je suis roi, je veux mourir comme tel... Les rois ne fuient

point.

--C’est vrai, s’écria Gaëtano, les rois ne fuyent point; mais avant

d’être roi tu te nommais Jean de Penn-Oll, et tu avais fait le serment

de dévouer ta vie à la restauration de notre race. Ta vie ne

t’appartient pas, l’enfant n’est pas retrouvé!

Et les deux frères saisissant don Paëz dans leurs bras, l’emportèrent

dans cet escalier souterrain, qui devenait pour eux la voie suprême du

salut!

FIN DES MARCHES D’UN TRONE.

TABLE

Des chapitres du deuxième volume.

Pages

CHAP. IX 3

-- X 39

-- XI 71

-- XII 143

-- XIII 221

-- XIV 283

-- XV 305

Fin de la table du deuxième volume.

Fontainebleau,--Imp. de E. Jacquin.

Les cavaliers de la nuit, deuxième partie (t. 4/4) · 第 7 / 7 段