XXII^{E} NUIT

Pendant que la jeune dame et le porteur attendaient que l'on ouvrît la

porte de l'hôtel, continua la sultane, le porteur faisait mille

réflexions. Il était étonné qu'une dame, faite comme celle qu'il voyait,

fît l'office de pourvoyeur; car enfin il jugeait bien que ce n'était pas

une esclave: il lui trouvait l'air trop noble pour penser qu'elle ne fût

pas libre, et même une personne de distinction. Il lui aurait volontiers

fait des questions pour s'éclaircir de sa qualité; mais dans le temps

qu'il se préparait à lui parler, une autre dame vint ouvrir la porte.

Lorsqu'elle fut entrée avec le porteur, la dame, qui avait ouvert la

porte, la ferma, et tous trois, après avoir traversé un beau vestibule,

passèrent dans une cour très-spacieuse, et environnée d'une galerie à

jour, qui communiquait à plusieurs appartements de plain-pied, de la

dernière magnificence. Il y avait dans le fond de cette cour un sofa

richement garni, avec un trône d'ambre au milieu, soutenu de quatre

colonnes d'ébène, enrichies de diamants et de perles d'une grosseur

extraordinaire, et garnies d'un satin rouge, relevé d'une broderie d'or

des Indes, d'un travail admirable. Au milieu de la cour, il y avait un

grand bassin bordé de marbre blanc et plein d'une eau très-claire, qui y

tombait abondamment par un mufle de lion de bronze doré.

Le porteur, tout chargé qu'il était, ne laissait pas d'admirer la

magnificence de cette maison, et la propreté qui y régnait partout; mais

ce qui attira particulièrement son attention fut une troisième dame,

qui était assise sur le trône dont j'ai parlé. Elle en descendit dès

qu'elle aperçut les deux premières dames, et s'avança au-devant d'elles.

Il jugea, par les égards que les autres avaient pour celle-là, que

c'était la principale; en quoi il ne se trompait pas. Cette dame se

nommait Zobéide; celle qui avait ouvert la porte s'appelait Safie, et

Amine était le nom de celle qui avait été aux provisions.

Zobéide dit aux deux dames en les abordant: Mes sœurs, ne voyez-vous

pas que ce bonhomme succombe sous le fardeau qu'il porte?

Qu'attendez-vous à le décharger? Alors Amine et Safie prirent le panier,

l'une par devant et l'autre par derrière; Zobéide y mit aussi la main,

et toutes les trois le posèrent à terre. Elles commencèrent à le vider,

et quand cela fut fait, l'agréable Amine tira de l'argent et paya

libéralement le porteur.

Les mille et une nuits: contes choisis · 第 38 / 172 题