M. Honnorat m'avait pris par le bras:

—«Je connais Saladine. Elle en a encore pour une bonne petite heure

à tempêter: sauvons-nous sous les toits, vous verrez grainer, c'est

intéressant.»

Un escalier noir, un palier noir; puis une porte qui s'ouvre, et, dans

le carré clair de la porte, un fourmillement d'argent et d'or.

—«Mademoiselle Gazan... l'ami de patron Ruf...»

Instinctivement, je salue; et, la première surprise des yeux passée, je

regarde autour de moi et me rends compte.

Nous sommes au grenier, un grenier où de toutes parts le soleil entre

comme chez lui.

L'or, c'est des chapelets de cocons suspendus à des barres

transversales et si serrés qu'ils forment tenture; l'argent, des

papillons blancs accrochés le long des cocons.

Prudemment, baissant la tête pour ne rien heurter, nous pénétrons dans

le sanctuaire à la suite de Mlle Norette et de Ganteaume qui, depuis

hier, s'est constitué son page.

M. Honnorat me raconte que Mlle Norette, la soie étant à vil prix et

la graine au contraire se vendant très cher, a eu l'idée de faire

exclusivement du grainage. Elle y réussit, paraît-il. L'argent

qu'elle gagne est pour elle. De tout temps, dans les familles de

bonne bourgeoisie, l'élevage du ver à soie a été considéré comme

occupation noble à laquelle on peut se livrer sans déchoir. La graine

du Puget-Maure est recherchée, car on ne fabrique pas de bonne graine

partout. C'est un travail d'attention et de conscience. Il faut trier

les cocons avec grand soin; il faut examiner au microscope, suivant la

méthode Pasteur, les papillons douteux ou malades...

Et le voilà qui m'explique tout en détail: les cocons de choix mis en

chapelets, en _filanes_, délicatement, l'aiguille dans la bourre,

sans qu'elle offense le cocon; les papillons qui sortent, mâles et

femelles, la femelle immobile, attendant, le mâle frissonnant du corps

et des ailes; comme quoi les uns s'accouplent d'eux-mêmes, comme quoi

il faut marier les autres et après cela les _démarier_, noyant les

mâles inutiles désormais, tandis que les femelles, sur un cadre garni

de toile, pondent leurs œufs, la graine! pareils à un semis serré de

petites perles incolores d'abord, puis jaune paille, puis violettes,

puis gris de plomb. D'autres ont des procédés compliqués, des sacs en

mousseline, des casiers où chaque cocon est isolé. Lui s'en tient aux

procédés simples...

Mais je ne l'écoute que vaguement.

Je regarde Mlle Norette, brune, frêle, presque une enfant, sauf la

précocité orientale du corsage, Mlle Norette qui s'est remise au

travail, et, souriante, sans penser à mal, avec une ingénue chasteté,

une cruauté ingénue, de ses fins doigts ambrés, marie et démarie les

papillons femelles dont visiblement le cœur s'ouvre, les mâles tout

vibrants d'une palpitation de désir.

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La Chèvre d'Or · 第 25 / 114 题