Tellerteba précipitamment il y a peu, craignant, disent-ils, un
rezzou de Touareg de l’Ajjer (?!).
Le 17, nous suivons l’oued Terrinet jusqu’à un
important marécage avec _Taheli_ (T) (_Berdi_ [A] ; _Typha
angustifolia_ ?). Vallée charmante, avec ses colonnades de basaltes
et sa belle végétation. Nombreux redjems ; certains, en forme de
petits dolmens, semblent indiquer les abankors ; tous ces redjems,
comme je l’ai déjà dit, on leur langage, mais je ne suis pas
encore assez sûr de leur interprétation pour la donner ici.
Quoi qu’il en soit, _quand on a vu ces redjems, ces tombeaux,
ces mosquées touareg, ces monuments lithiques divers qui jalonnent
les principales routes de nomadisme au Sahara, on comprend mieux
les monuments mégalithiques de France dont certains devaient être
ainsi des redjems jalonnant les grandes routes de nomadisme ou de
commerce d’alors, d’autres aussi des lieux, des enceintes sacrés,
d’autres, enfin, des tombeaux_.
Puis nous quittons l’oued Telouhat et marchons vers le Nord-Ouest,
en montant sur le plateau volcanique d’où émerge par endroits
le Cristallin et que surmontent des volcans. Nous passons un col et
apercevons Idelès et ses palmiers, dominé par la belle gara Taderaz.
Le 18, nous gagnons Hirafock, au milieu des granites décomposés
en boules qui forment parfois des tas coniques ou _taourirts_, très
pittoresques, qui semblent comme les tas de boules de quelque Titan.
Nous traversons les oueds El-Ilou, Tahahift et Tafidjert (avec
abankor). J’observe pour la première fois un cercle sacré (?), un
cercle de quelques mètres de rayon, dessiné très soigneusement par
trois rangs de pierres contigus formant un ruban en circonférence
d’une régularité parfaite. J’insiste sur la facture très
soignée de cet ouvrage, qui le met très à part dans la série des
monuments lithiques sahariens. Cet ouvrage est situé au milieu des
granits décomposés.
Pâturage à _Guetof_.
Hirafock est un centre de culture, un peu abandonné, semble-t-il. Ce
ne sont pas les emplacements de centres de cultures qui manquent
dans l’Ahaggar, ni l’eau, mais la main-d’œuvre. J’ai noté
nombre d’endroits qui se prêteraient très bien à la culture.
A Hirafock, on trouve de beaux _Tarfas_ et des figuiers.
Le 19, suivons l’oued Hirafock jusqu’à ce qu’il tourne vers
le Nord.
Là, c’est une admiration béate : l’oued coule ; il paraît
qu’il y aurait toujours un filet d’eau en cet endroit.
Nous quittons l’oued et prenons dans la montagne (Schistes
cristallins) la direction de l’Ouest.
Les chameaux se régalent de _Chereg_.
Au Nord des coulées constituent plusieurs nappes étagées avec
cratères, comme près d’Idelès.
Nous campons dans un fond à _Chobrok_ et _Teleh_, d’où l’on
a une belle vue sur l’Atakor, avec la masse du Tahat et des hauts
plateaux.
Le 20, nous montons dans l’Atakor, en suivant un chemin très bien
établi ; le réseau hydrographique est dense et compliqué. Nous
trouvons des truffes blanches (_terfes_ [A]), en particulière
abondance. Ces _terfes_, avec le _Dahnoun_ (A) et le _Berdi_ (A)
sont des ressources en cas d’absence de vivres. Nous campons dans
l’oued Tikeneouin.
Et le temps qui était menaçant depuis quelques jours devient
mauvais et nous subissons un orage.
Les nuages sont très fréquents autour du massif du Tahat et des
massifs montagneux les plus élevés du Massif cristallin qu’ils
entretiennent ainsi dans une certaine humidité.
Le 21, nous campons dans l’oued Echchil près d’un abankor avec
lauriers-roses, au pied du Tahat. L’altimètre marque 1.730 mètres.
Le 22, nous gagnons par le Nord du Tahat, par un épaulement du Tahat
à plus de 2.000 mètres, l’oued Ti-n-Iferan situé beaucoup plus
bas ; campons dans cet oued près de son confluent avec l’oued
Tellet-Mellel, et près d’une source située dans le voisinage de
beaux figuiers ; l’altimètre marque alors 1.720 mètres. Aperçu
un tombeau et une roche gravée de tifinars.
Le 23, même camp.
Le 24, retour à l’oued Echchil.
Le 25, je gagne l’oued In-Fergan en remontant l’oued Abedassen
d’abord, puis en appuyant à l’Est dans des plateaux semés de
majestueuses aiguilles volcaniques.
Le 26, je descends vers l’oued Terroummout par de vastes coulées
étagées d’où émerge à ma gauche le pittoresque Akrakar ;
à droite l’Isekram.
Je trouve un _Calosome_. Les Coléoptères au Sahara sont surtout
représentés par des _Ténébrionidés_ (_Pimelia_, _Blaps_, etc.),
des _Curculionidés_ (_Cleones_, _Apions_, etc.) et des _Carabidés_
(en particulier le _Tamanrasat_).
Puis sous les coulées, vers le bas, réapparaît le Cristallin avec
un point d’eau important agrémenté de palmiers et dans lequel
je trouve de nombreux papillons noyés — parmi lesquels de très
beaux _Sphynx_.
L’oued devient très humide dans les Schistes cristallins,
profondément gravé, et sa végétation assez belle ; en particulier,
il y a de fort beaux lauriers-roses. Il prend plus loin le nom
d’oued Tamanrasat.
Je campe au pied d’une aiguille de lave prismée au milieu des
tentes du caïd Oini.
Le 27, le 28 et le 29, Tamanrasat.
Le 30, le 31 et le 1er avril, retour par la même voie jusqu’à
l’oued Echchil. Je rencontre en particulier les campements d’Anaba
et ceux de la Tamenoukalt, que j’avais déjà rencontrés à
l’aller.
Je gagne, de l’oued Echchil, l’oued Tikeneouin, où je passe,
le 2, non loin d’un abankor.
Le 3, retour à l’oued Echchil.
Le 4, le 5 et le 6, repos et étude de l’oued Echchil et de ses
environs.
Le 7, je gagne l’oued Tamzizek par l’oued Tiniferan et l’oued
Arrou, ce dernier d’abord encaissé très pittoresquement dans
les roches grenues, ensuite dans les Schistes cristallins ; beaucoup
d’eau partout.
Le 8, je gagne In-Amdjel par l’oued Arrou, puis l’oued Tessert
à l’Est de l’oued Arrou, puis l’oued In-Tayet, à l’Est de
l’oued Tessert. Beau développement de terrasses d’alluvions ;
quelques abankors à fleur de terre.
A signaler de beaux Cipolins dans la région de l’oued Tessert.
Belle végétation arborescente, en particulier dans les oueds Arrou
et Tessert.
Le 9 et le 10, In-Amdjel.
Je visite le centre de culture d’In-Amdjel.
Un jeune Targui, Retaman-ag-Baba Ahmed me rappelle étonnamment
un buste de Toutankamon. Il est de race targui pure. L’on
attribue souvent une origine lybique et peut-être égyptienne aux
Touareg. Leurs cheveux tressés, les croix abondamment répandues
comme ornements sur tout ce qui est targui, leur type n’est pas
pour faire rejeter cette origine orientale des Touareg[96].
A In-Amdjel passe la piste automobile qui traverse le Sahara et mène
au Niger ; une équipe travaille à la réparer pour le passage du
raid Citroën qui ne sera pas la première traversée du Sahara
en auto car le lieutenant =Fenouil= _l’a déjà traversé avec
plusieurs autos à roues. De la première traversée du Sahara en
auto l’honneur revient à nos officiers_.
Le 11, je gagne Teneleft près du Touferert (Toufrik). C’est une
curieuse aiguille de roche grenue. Je campe dans les campements
d’Abadoroul des Kel-Terourirt.
Le 12, pays de granits. Je passe par l’Anou (puits)
oua-n-Tinifouk. A gauche les monts In-Tafargui, et à droite et en
arrière les monts Igematen.
On aperçoit encore au Sud le Tahat.
Je gagne le bas du massif de Briri où je campe près de l’oued
Amelak. Beaucoup d’_Acheb_, _Lehema_ et _Rabiè_.
Le 13, je longe le massif du Briri et je campe près de l’oued
Teneleft, dans le voisinage des tentes de Mohamed-ag-Iknane des
Kelindrar.
Les granits ont là des formes extraordinaires dues à une corrasion
intense superposée à l’insolation.
Je vais voir dans la montagne une petite source permanente : Naher,
accessible aux ânes seulement.
Le 14, repos.
Le 15, je gagne l’oued Adenek et le Anou (puits) Adenek, en laissant
à droite les monts Isk, Iskaouen, Ahellakan, les oueds Tin-Sebra
et Tinian.
Je rencontre un superbe cercle, dans le genre de celui rencontré
entre Idelès et Hirafock, mais de diamètre beaucoup plus grand. Au
milieu se trouve un petit carré dessiné par des pierres. Peut-être
l’emplacement du feu sacré, car d’aucuns prétendent que ces
cercles sont des restes du culte persan du feu[97] que les Touareg
auraient eu avant d’être musulmans, ce qui est possible.
Je remonte l’oued Adenek jusqu’à un beau _Tarfa_ près duquel
j’établis mon camp.
Le 16, je suis l’oued Adenek un moment, puis le quitte et suis
un mechbed en direction du mont Iskarneier. Je passe dans l’oued
Tintamahé (qui se jette dans l’oued Abezzou), puis dans l’oued
Entenecha où se trouve un bon abankor, puis dans l’oued Martoutic.
Je remonte l’oued Martoutic ; sur sa rive droite, dans la montagne,
je vais visiter l’abankor Tahara (avec palmiers, lauriers-roses
et joncs [_Juncus maritimus_]) et je campe au confluent des oueds
Aor et Tintahouin, qui forment l’oued Martoutic.
L’Iskarneier et l’Intakoulmont sont, à l’Est de l’oued
Martoutic, deux cimes élevées très importantes du Tifedest,
remarquables en particulier comme type de desquamation des granits,
car ce sont d’étonnantes coupoles polies émergeant d’un
amoncellement de boules.
Le 17, je vais voir l’abankor de l’oued Aor, puis je gagne la
source d’In-Ebeggi, par l’oued Ehan-nebra, le mont Babaia étant
à l’Est.
Nous laissons à droite l’Adrar Hellelè et gagnons l’oued
In-Takoufi (qui continue l’oued Ehan-nebra, après In-Ebeggi)
par l’oued Goulgoul, affluent de sa rive droite.
A gauche, la montagne Hogeda et Adrar Dinaleouin ; à droite, Adrar
Oscindida, Adrar Agenora, Agelaga, Amerê.
[Illustration : PLANCHE XVI.
Le Pays cristallin. L’aguelmam Tahara, près de l’oued Martoutic
(Tifedest).
Végétation avec _Juncus maritimus_, palmier et laurier-rose en
fleurs. — Un Targui et son méhari.]
De l’oued In-Takoufi, traversant son affluent de droite,
l’oued Timaratin, dont la vallée amont abrite des points d’eau
importants et doit être très intéressante, je gagne le passage
de l’Henderiqui où nous campons. Pâturage d’_Arta_. Nombreuses
antilopes mohor.
Le 18, traversons l’oued Intounin, dont l’amont est important par
ses puits, l’oued Ouhet, également riche en eau à l’amont,
laissons à droite l’oued Agellagan, contournons le mont
Tileouin-Hanker et campons près de l’oued Ens-Iguelmamen, au
pied de la gara Ti-Djenoun, de l’Oudan, après avoir abreuvé les
chameaux à l’aguelmam d’Ens-Iguelmamen.
L’impression générale qui se dégage des régions du Tifedest
que nous avons parcourues est qu’il est très avantagé à
divers points de vue, et en particulier que les centres de culture
y pourraient être nombreux (il y en a plusieurs abandonnés) sans
l’absence de main-d’œuvre agricole que la suppression théorique
de l’esclavage a créée dans ces pays.
_Le Tifedest possède au plus haut degré l’avantage d’avoir des
vallées humides ; il joue un rôle important dans la richesse des
Issekemaren, les riches plébéiens des Kel-Ahaggar, et ses produits
d’élevage camelin sont parmi les meilleurs de l’Ahaggar._
_C’est certainement une des régions les plus richement dotées du
pays des Kel-Ahaggar en même temps que vraiment des plus pittoresques
et originales._
Le 19, je gagne directement le confluent de l’oued Taremert-n-Akh
avec l’Igharghar, près d’Egeleh. C’est maintenant un
tanesrouft, le pays plat de l’Avant-pays cristallin, pays
absolument nu.
J’aperçois une grande antilope près d’Egeleh.
A signaler des tombeaux (?) nombreux, en gâteaux ronds bien bâtis,
avec des sortes de branches radiées, généralement deux. Sont-ce
des tombeaux ou des signaux ?
Je campe dans l’oued Taremert-n-Akh, près d’un peu d’_Arta_
sec.
Le 20, je gagne Amguid, où je retrouve de la végétation (de
l’_acheb_) et des montagnes : l’Enceinte tassilienne.
Le 21 et le 22, repos à Amguid.
Le 22 et le 23, raid à Iraouen.
Du 24 au 1er mai, repos forcé à cause de mon état de santé.
Certains de mes Touareg également sont malades ou blessés ; et
j’ai ainsi l’occasion de voir des femmes touareg dans le rôle
de médecin ; car ce sont, en pays targui, les femmes qui connaissent
les vertus des simples et l’art de guérir.
Pour les blessures elles font usage en particulier d’applications
de plantes, principalement de cédrat ; en médecine générale elles
font grand usage de la saignée et de sortes de cornets avec lesquels
elles tirent du sang en des endroits choisis, particulièrement à la
nuque ; ces cornets jouent un peu le rôle de ventouses scarifiées ;
elles mettent aussi des applications de crottin sur les tempes ;
elles connaissent les propriétés laxatives du senné (qui pousse
en terre d’Ahaggar), etc., etc.
Les 2, 3, 4 et 5, raid au Tahihaout, par Tounourt Tin-Tedjert,
l’oued Arami, Tihoubar (source avec vrais roseaux [_Phragmites
communis_]), l’oued Ti-Gamahen et l’oued In-Tmanahen (point
d’eau permanent et aguelmam).
Tuons des mouflons.
C’est la chasse préférée des Touareg que celle du mouflon
(ils méprisent la chasse à la gazelle, dans laquelle excellent
par contre les Arabes).
Quand le Targui part pour chasser, il cherche à ne pas être vu ;
cela porte malheur ainsi que les souhaits ; et à son retour il
vous fait les honneurs de la bête en vous apportant sa tête avec
la queue coupée mise entre les dents.
Le mouflon séché, boucané, est un des éléments constitutifs de
leurs réserves de vivres ; ils en font également le commerce ;
du poil des manchettes, ils font des cordes très résistantes,
ainsi que des chasse-mouches de nobles seigneurs ; des cornes,
quand elles sont grandes, des récipients pittoresques.
Le mouflon est considéré, semble-t-il, comme un des produits des
terrains de parcours et, comme tel, la chasse n’en semble admise
pour les tribus que sur leurs propres terrains de parcours.
Nous rencontrons de nombreuses mosquées à la manière targuia et
un tombeau de marabout.
Dans le Tahihaout, j’essaie de m’emparer à la course d’ânes
redevenus sauvages que l’on m’avait signalés. Ce n’est
pas facile.
Du 6 au 19, je suis retenu à Tounourt et Amguid par une violente
crise d’appendicite qui préludait depuis quelques jours.
Les Touareg me soignent et je garde un souvenir reconnaissant en
particulier aux Forassi de la descendance d’El-Hadj-el-Foki qui
m’entourent d’affection.
C’est une section raffinée des Touareg ; leurs femmes sont très
recherchées pour leur beauté, leur finesse et leur bonne éducation,
et la dot que doit donner leur mari est particulièrement élevée.
Et je vérifie encore combien est nuancé le code de la civilité
touareg et combien ils ont de formes de respect pour les femmes de
haut lignage, pour les vieillards, etc., etc.
J’y apprends également combien ils craignent la déesse
Némésis. Il convient par exemple de ne jamais les féliciter sur
le nombre de leurs chameaux ou de leurs jeunes bébés chameaux
quand ils vous font l’honneur de leurs troupeaux, car cela porte
malheur, disent-ils, un rezzou est si vite arrivé qui change la
face des choses ! Il convient de ne même pas dire avec admiration :
« Qu’il y en a ! », il convient tout juste de dire : « Il y en
a quelques-uns », quand il y en a beaucoup.
Les Touareg cachent leur fortune ; s’ils sont voilés quant à leur
figure, ils le sont aussi quant à leurs biens et d’ailleurs quant
à tout. Nous ne savons pas en particulier ce qu’ils cachent dans
leurs grottes secrètes, ce qu’ils y entassent. Ces cachettes,
placées en général dans le terrain de parcours de leur tribu,
où ils mettent leurs biens, leurs provisions, ont souvent fait
trotter mon imagination quand ils allaient y chercher des vivres
(dattes, blé, mouflon séché, etc.). Depuis des siècles des
objets curieux s’y sont peut-être entassés !... Les deux fusils
que j’ai trouvés près de Tin-Edness appartenaient, paraît-il,
au père d’un Eitlohen (Oinkara) ; ils lui venaient de son père,
etc., etc., et ils étaient depuis longtemps cachés dans la grotte
que lui seul connaissait, où je les découvris. Dans ces cachettes
peuvent donc dormir des armes anciennes des Touareg (celles en tous
les cas qu’on leur voit arborer dans les grandes cérémonies et
qui sortent alors comme par enchantement) et beaucoup de vieilles
choses. Peut-être là trouverait-on quelques éléments pour
l’histoire des Touareg, si informe encore.
Que de voiles encore à déchirer couvrent les mystérieux
Touareg[98].
Pendant ces quelques jours je subis de nombreux vents de sable.
C’est d’ailleurs habituel en avril-mai. Aussi est-ce une période
peu sûre dans ces régions, car les Touareg, sachant que leurs traces
seront ainsi effacées, profitent souvent des vents de sables pour
faire leurs raids de pillages.
Le 19, je vais à la Source du Figuier pour m’assurer de mon
rétablissement.
A signaler contre la montagne un groupe de tombeaux (?) orientés,
à guirlandes, allées, tumuli, etc., près de Tin-Tarabin, à
mi-chemin entre Tin-Eselmaken et Tit-Tahart.
Le 20, gagnons l’oued Raris en traversant l’erg d’Amguid.
Le 21, je passe au pied de la pointe des Grès inférieurs
d’In-Touareren ; là, un tombeau (?) ancien, orienté, à guirlandes
de pierres, tumuli, etc., en vague croissant, est à signaler.
Traversons l’oued Tidilekerer ; remontons sur les Tassilis internes
de l’Emmidir par l’oued Tin-Tarahit (au Nord, l’oued Asaouen
mène à l’oued Tilia ou Henin). Tombes islamiques[99].
Descendons dans la cuvette de Tiounkenin, poussons une pointe au Sud,
jusqu’à l’aguelmam Afelanfela (ou Deïtman), dans le voisinage
duquel je dois signaler également un monument lithique du type à
allées, guirlandes de pierres et tumuli.
Le 22, passons à l’abankor de Tiounkenin.
Gisement de Graptolithes.
Après la traversée des Tassilis externes par l’oued
Khanget-el-Hadid, où se trouve l’aguelmam Hindebera, arrivons
dans le mader Amserha, d’où nous remontons vers le Nord, vers
les puits de l’oued Tilia.
Le 23, 24 et 25, oued Tilia. Beau pâturage de _Had_ et de _Drinn_.
Le 26, le 27 et le 28, traversons les Pays pré-tassiliens par
l’oued Abadra (abreuvage à un puits), pour aboutir à Aïn-Redjem.
Le 29, Aïn-Ksob.
C’est la fin du Ramadan, et pour marquer ce jour mes Touareg
édifient une mosquée à leur manière dans laquelle ils se livrent
à de nombreuses prières.
Le 30, Aïn-El-Hadj-el-Bekri (Tihoubar).
Tombeaux d’El-Hadj-el-Bekri et autres membres de sa famille.
Des dattes sont déposées sous la protection du marabout, ainsi
que d’autres objets.
Je crois qu’une partie est destinée à la famille d’El
Hadj-el-Foki, sinon tout. On ne doit pas toucher à ces provisions,
paraît-il, que si l’on est près de mourir de faim, en danger de
mort, et les remplacer ensuite dès qu’on le peut.
Ce qu’il y a de curieux, c’est que les Touareg, pourtant pillards
dans l’âme, respectent cette règle ; ils n’aiment d’ailleurs
que le vol à main armée, qui seul est noble, et qui d’ailleurs
n’est pas toujours un vol, puisque c’est souvent un vieux compte
que l’on règle.
Le 31, je fais d’une traite le parcours Tihoubar,
Foggaret-el-Arab. La région est désolée ; il y a absence complète
de pâturage : c’est bien le Tidikelt.
Le 1er juin, repos à Foggaret-el-Arab.
Le 2, Foggaret-el-Arab-In-Salah.
J’apprends, à mon arrivé, que l’on m’avait cru assassiné
ou grièvement blessé et que non seulement des patrouilles avaient
été à la recherche de renseignements sur mon sort, mais encore
qu’on s’était préparé à monter une mission pour aller à
mon secours ou me venger si cela avait été nécessaire.
* * * * *
[Note 80 : Ou Hoggar.]
[Note 81 : Ces « impressions de route », tirées de mon journal
de route, sont extraites du texte d’une conférence que j’ai
prononcée le 24 avril 1923 à Grenoble devant le _Club Alpin_
(Section de l’Isère) de même qu’un article « Seul au Hoggar »
que j’ai livré à la revue _La Vie Tunisienne Illustrée_ en mai
1923 et qui y a paru en décembre de la même année.]
[Note 82 : C’est ainsi que l’on peut appeler d’un nom descriptif
et point trop inexact puisque le mimosa de France est un Acacia,
les _Tamat_, _Teleh_ et _Ahtés_ (_Acacia Seyal_, _Acacia albida_
et _Acacia tortilis_).]
[Note 83 : Tagoulmoust (T).]
[Note 84 : Dans le sens héraldique du mot.]
[Note 85 : Le sol de la Crau rappelle assez certains sols de reg. Il
y aurait peut-être lieu de se demander si ce sol de la Crau ne
s’est pas constitué lors d’un climat plus ou moins désertique.
De nombreuses raisons géologiques me font soupçonner que cette
hypothèse n’est pas loin de la vérité.]
[Note 86 : Porphyre est ici employé dans le sens vulgaire.]
[Note 87 : _Edelés_ en Tamahak veut dire « lieu cultivé ». Idelès
est un des plus beaux _Edelés_ de l’Ahaggar.]
[Note 88 : _Arrem_ en Tamahak veut dire « village », « centre de
sédentaires », Kel arrem (sédentaires) est opposé à nomades.]
[Note 89 : Dans le Massif Central Saharien on distingue de l’Ouest
à l’Est trois groupes de Touareg : le groupe des Kel-Ahaggar de
l’Ettebel des Taïtok, avec l’Ahnet comme centre ; celui des
Kel-Ahaggar du Grand Ettebel, avec l’Atakor de l’Ahaggar et,
enfin, celui des Kel-Ajjer, avec l’Ajjer.]
[Note 90 : Sortes de toges blanches ornées de bandes écarlates ou
pourpres et de points bleus.]
[Note 91 : Sinon celles des explorations de Duveyrier.]
[Note 92 : Tirées de mon journal de route.]
[Note 93 : D’après les Touareg il ne faudrait pas approcher son
visage des belles fleurs roses des Kerenka ; cela donnerait mal
aux yeux.]
[Note 94 : La grande piste saharienne qui passe par l’Oued Tedjert,
Tisemt et l’Amadror est certainement une des ces vieilles pistes
sahariennes essentielles comme la piste d’In Size dont nous trouvons
déjà l’indication dans les cartes espagnoles du xve siècle.]
[Note 95 : _Artemisia_.]
[Note 96 : Les Touareg ont souvent des clochettes pendues au cou de
leur mehari ; tout ce qui est Arabe ne se sert pas de clochettes ;
les cloches et clochettes ont quelque chose de chrétien ; les
Touareg ont-ils passé dans les premiers siècles de notre ère par
une phase chrétienne à laquelle des relations avec la Lybie et
l’Egypte n’auraient pas été étrangères ? C’est là une
question encore sans réponse sûre.]
[Note 97 : Le culte du feu existerait chez certaines tribus du
Soudan Egyptien, ce qui est déjà plus près de l’Ahaggar que la
Perse et par suite pourrait nous éclairer peut-être davantage sur
beaucoup de questions encore très mystérieuses qui se posent en
terre d’Ahaggar.]
[Note 98 : Je ne me suis guère étendu dans cet ouvrage sur
les Touareg (caractère, mœurs, droit, organisation sociale,
etc.). Duveyrier en a admirablement traité à propos de sa
pénétration des Touareg de l’Ajjer, et on ne saurait en écrire
après lui.
Plus on connaît les Touareg plus on s’aperçoit de l’exactitude
de Duveyrier à leur sujet. Je suis fier de rappeler ici que ce
premier explorateur du pays targui était un jeune géologue
de 23 ans. C’est un bel exemple entre d’autres du rôle
glorieux qu’ont joué les scientifiques, dans la conquête et la
pénétration du Sahara Central.]
[Note 99 : On doit remarquer que les tombes nettement islamiques,
c’est-à-dire avec pierres-témoin plutôt rares en pays targui,
quand on compare leur nombre à celui des monuments lithiques divers
qu’on y rencontre.]
CONCLUSIONS
* * * * *
Dans ce travail l’étude géologique et morphologique du pays
nous a permis de distinguer, dégager et définir un certain nombre
de régions et sous-régions, un certain nombre « _d’unités
structurales_ ».
I. Les pays crétacico-tertiaires sud-constantinois avec leur bord
relevé à la périphérie constituant au Sud la Hamada de Tinghert
et le Tademaït.
II. Le Massif Central Saharien comprenant :
1. Les Pays pré-tassiliens ;
2. L’Enceinte tassilienne avec :
_a)_ Les Tassilis externes ;
_b)_ Les Tassilis internes ;
3. Le Pays cristallin avec :
_a)_ L’Avant-pays cristallin ;
_b)_ Le Massif cristallin.
_La distinction de ces unités de structure homogène nous paraît
importante au point de vue géologique et géographique._
*
* *
Nous avons indiqué par une rapide mise au point botanique et
zoologique combien la distinction inspirée par les considérations
géologiques et morphologiques entre les pays crétacico-tertiaires
sud-constantinois et le Massif Central Saharien était légitimée
aussi par les caractères de la végétation et de la faune.
On constate un grand changement dans la flore quand l’on passe du
Sahara arabe dans le pays targui.
On remarque en outre :