Je m’élève contre cette affirmation.

AU HOGGAR

IL A ÉTÉ TIRÉ DE CET OUVRAGE

CENT TRENTE EXEMPLAIRES NUMÉROTÉS DE 1 A 130

ET NON MIS DANS LE COMMERCE

=CONRAD KILIAN=

* * * * *

=_Au Hoggar_=

MISSION DE 1922

* * * * *

_Ouvrage orné de trois cartes et de seize planches hors-texte_

[Décoration]

PARIS

=SOCIÉTÉ D’ÉDITIONS=

GÉOGRAPHIQUES, MARITIMES ET COLONIALES

ANCIENNE MAISON CHALLAMEL, FONDÉE EN 1839

=17, rue Jacob (VIe)=

* * * * *

1925

A

M. E.-F. GAUTIER

EN HOMMAGE

DE RESPECTUEUSE ADMIRATION

_C. K._

_INTRODUCTION_

* * * * *

_Au cours de l’année 1922, j’ai effectué une mission en Sahara

Central._

_Le but de cet ouvrage est de faire connaître les observations

diverses que j’ai pu faire pendant cette mission, soit nouvelles,

soit confirmant les observations antérieures (quand des explorateurs

m’avaient précédé), ainsi que les vues d’ensemble, les idées,

auxquelles ces observations m’ont parfois conduit._

_J’ai laissé de côté généralement ce qui avait trait aux

difficultés que j’ai rencontrées dans l’exécution de cette

mission, non que je n’en aie point eues, ou que je n’aie point

lieu d’être fier de la manière dont je les ai surmontées, mais

parce qu’il m’a paru que cela ne rentrait pas dans le cadre de

cet ouvrage._

_J’ai également laissé de côté en général toute allusion

aux dangers que j’ai pu courir ou affronter, à l’endurance dont

j’ai pu avoir à faire preuve, aux privations que j’ai pu avoir

à subir ou à m’imposer, bref au côté sportif de ma mission,

non que tout cela n’ait joué un rôle à certains moments et que

je n’aie eu parfois à sourire des situations auxquelles peuvent

mener en certaines régions du Sahara la curiosité scientifique,

la passion de connaître, celle de la pénétration, l’amour

du nouveau, de l’inconnu, ainsi qu’un penchant particulier à

jouer avec le paradoxe, les difficultés et le danger. Il m’a paru

également que cela sortait du cadre de cette étude et n’avait

d’ailleurs guère d’intérêt[1]._

_J’ai enfin également, en général, peu traité des questions

d’influence, de pénétration française, de politique indigène

(état de pacification, tranquillité des tribus, apprivoisement),

non que cette activité ne m’ait également passionné et que

je n’aie coopéré en Français, et en officier de réserve,

dans la mesure de mes moyens, à la grande œuvre des Officiers du

Sud, mais parce que d’une part depuis lors (c’était au début

de 1922) la situation ayant évolué, ce que je pourrais dire ne

serait plus d’actualité, et que d’autre part ce n’est pas à

moi qu’il convient de parler de cette œuvre collective, mais aux

chefs admirables qui la dirigent tout à l’honneur de la France._

_J’ai cru, par contre, devoir introduire dans ces études, afin de

les animer un peu, quelques impressions de voyage : on me pardonnera

peut-être le tour moins scientifique que j’ai tenté de donner

ainsi à cet ouvrage, si je suis arrivé, ce qui était mon but,

par ce moyen à en rendre la lecture moins aride._

_La partie géologique de ce travail est extraite d’une étude

intitulée :_ « Essai de synthèse de la géologie du Sahara

Sud-Constantinois et du Sahara Central » _livrée en mars 1923

pour paraître dans les comptes rendus du Congrès Géologique

International de Bruxelles de 1922, dont l’impression subit un

retard inexplicable et imprévu, car ces comptes rendus auraient

dû en effet déjà paraître._

_Ces résultats géologiques de ma mission sont donc en partie

inédits (en partie seulement, car certains points ont déjà fait

l’objet de notes à l’Académie des Sciences et à la Société

Géologique)._

_Leur rédaction est de date antérieure à la publication des travaux

de M. Jacques Bourcart, de la Mission Danoise Olufsen, de même que

mon exploration, qui fut faite avant le voyage de cette mission._

_M. Jacques Bourcart a confirmé en général les idées géologiques

nouvelles que j’avais émises sur le Sahara Central dans les

quelques notes publiées avant sa relation de voyage parue dans le

Bulletin du Comité de l’Afrique Française._

_Au début de cet ouvrage, je considère comme un devoir de témoigner

de ma reconnaissance envers tous ceux qui m’ont particulièrement

aidé dans mon œuvre d’exploration :_

_Je remercie M. le Gouverneur Général de l’Algérie, M. Steeg,

de la haute bienveillance qu’il voulut bien me témoigner, ainsi

que M. le Général Paulinier, commandant le 19e Corps d’armée._

_Je remercie également M. le Colonel Dinaux, MM. les Commandants

Béraud, Fournier et Duclos, les Capitaines Lhoilier, de Saint-Martin,

Dupré et Le Maître, le Dr Dario, les Lieutenants Brunet et Vella,

de la bienveillante attention avec laquelle ils m’ont suivi,

protégé, aidé, conseillé et renseigné._

Grâce aux Officiers des Territoires du Sud, j’ai pu triompher

des multiples difficultés que j’ai rencontrées, me tirer des

situations très critiques dans lesquelles je me suis trouvé et

obtenir des résultats scientifiques importants.

_Je les remercie pour les services qu’ils ont ainsi rendus pour

une meilleure connaissance des pays du Sahara Central en rendant

possibles des investigations scientifiques._

* * * * *

[Note 1 : De ce « côté sportif » des explorations, je crois

que l’on peut dire qu’il est passionnant à vivre, agréable à

raconter, supportable à écouter et odieux à lire. C’est pourquoi

je n’en ai point écrit ici.]

[Illustration : =Conrad KILIAN=

MISSION DE 1922 AU HOGGAR

ITINÉRAIRE GÉNÉRAL

Hoggar (Arabe). = Ahaggar (Tamahak).]

=PREMIÈRE PARTIE=

* * * * *

DES PAYS CRÉTACICO-TERTIAIRES SUD-CONSTANTINOIS OU DU SAHARA ARABE

SUD-CONSTANTINOIS

* * * * *

I

ÉTUDES GÉOLOGIQUES

Pour parvenir au Massif Central Saharien, il faut traverser

tout un pays de vastes plaines, le pays de la grande cuvette

crétacico-tertiaire sud-constantinoise, dont le fond est occupé

par l’oued Rhir et les chotts Melrir, Merouan et Djerid, dont

une partie de la surface est couverte par les sables du Grand Erg

Oriental et dont les bords sont constitués au N. par les monts

de l’Aurès et de l’Atlas saharien, à l’E. par les monts de

Matmata, au S. E. et au S. par la Hamada de Tinghert, au S. W. et

à l’W. par les plateaux du Tademaït et du Mzab.

Nous avons effectué cette traversée par Touggourt, Ouargla, Hassi

el Khollal, le Gassi Touil et Tanezrouft dans la Hamada de Tinghert.

Plusieurs problèmes se sont posés à nous dans ces régions. En

voici un exposé en passant :

=De la mer saharienne plio-pléistocène.=

La mer n’a-t-elle pas occupé le fond de cette vaste cuvette

crétacico-tertiaire sud-constantinoise dans les temps pliocènes

et les premiers temps pléistocènes (quaternaires).

*

* *

J’entends la mer, sous la forme d’un golfe lagunaire

méditerranéen, avec de vastes formations deltaïques et

d’estuaires dont l’ampleur serait explicable par le peu de

résistance des formations drainées crétacico-tertiaires.

Cette lagune aurait eu des relations variables avec la mer suivant

le rythme des mouvements eustatiques[2] et finalement, séparée

au Pléistocène d’une façon définitive de la Méditerranée,

elle se serait mutée en lac saumâtre, elle se serait asséchée

progressivement et se serait réduite à un certain nombre de lacs

salés dont les derniers survivants, les Chotts, subsistent peut-être

parce que l’action de l’évaporation est équilibrée par les

venues considérables d’eaux artésiennes qui se produisent dans

ces régions et par l’apport des eaux superficielles.

Les oueds sahariens, cherchant à suivre le niveau de base dans ses

positions successives, en un nombre de cycles encore indéterminés,

se seraient progressivement et par stades gravés plus profondément

à l’amont et auraient essayé de s’individualiser des lits

vers l’aval, de se creuser des chenaux, de faire drainage, en

des chapelets de lacs, communiquant peut-être seulement de façon

intermittente lors des grandes crues, et dans lesquels ces oueds

étalaient largement leurs alluvions.

L’asséchement progressif de ce vaste golfe lagunaire, de ce grand

lac saumâtre, puis de ces lacs salés, ainsi que celui analogue

d’autres golfes lagunaires sahariens (par exemple les golfes

de l’Océan Atlantique vers le Djouf et vers Tombouctou) aurait

apporté des perturbations dans l’humidité de l’atmosphère,

à une période humide aurait succédé une période sèche et ces

oueds seraient « venus » de moins en moins souvent, de plus en

plus rarement, pour finalement ne plus jamais « venir » d’un

bout à l’autre, mais seulement sur des fractions de leur cours

et par extraordinaire, suivant des lits compliqués de barrages,

« limites de venues de l’oued », de barrages de dunes faites

par le vent, de bassins d’épandage, etc., etc.

En même temps, le climat désertique s’accentuant, le vent

aurait pris de plus en plus d’importance comme facteur dans

l’évolution du modelé saharien, vannant d’un côté les plages

détritiques, soit marines, soit fluvio-marines et fluvio-lacustres,

soit fluviatiles, entassant de l’autre les sables ainsi triés en

des endroits de prédilection, et joint aux crises de ruissellement,

à l’insolation diurne, à la gelée nocturne, à la sécheresse,

accentuant par creusement et surtout élargissant de vastes

dépressions ailleurs.

Le vent aurait mis un dernier accent aux modelés antérieurs en

leur donnant leur caractère essentiellement désertique.

*

* *

On sait que, depuis les travaux de Pomel et de Flamand principalement,

beaucoup d’auteurs ont rejeté l’hypothèse d’une mer saharienne

existant à la fin du Pliocène et au début du Pléistocène.

Et pourtant qu’y aurait-il d’invraisemblable à ce que la

mer, ayant eu un niveau[3] très supérieur à celui qu’elle a

aujourd’hui — plus élevé que le seuil de Gabès[4] — ait

pénétré au Pliocène et occupé une partie de cette cuvette,

pour en disparaître au Pléistocène suivant le processus indiqué,

quand on constate sur les côtes d’Algérie (d’après le Général

de Lamothe) des rivages marins anciens indiscutables de 60, 103,

148 et douteux de 204, 265 et 325 mètres d’altitude et qu’en

Egypte on a fait des constatations de même ordre.

La région du seuil de Gabès échapperait donc seule à ce

phénomène des variations du niveau de la Méditerranée[5].

Il n’est peut-être pas inopportun de rappeler :

1º Que le général de Lamothe a observé que les pouddingues

fluviatiles de l’oued Biskra se terminent brusquement près de

l’oasis, à 50 ou 60 mètres au-dessus de la plaine et à la

cote 200 ;

2º Que Desor, Martin et Escher de la Linth ont trouvé dans le Souf,

près d’Hassi Bou Chama, des coquilles marines, entre autres _Nassa

gibbosula_ L., vivant actuellement dans la Méditerranée ;

3º Que Pomel lui-même a comparé certaines formations pléistocènes

du Sahara aux atterrissements de l’estuaire de la Macta ;

4º Que la présence de terrasses pliocènes, pléistocènes,

signalées par Flamand, de dunes anciennes dans le Souf, est très

compatible avec l’existence d’une lagune s’asséchant et

faisant varier les niveaux de base des cours d’eau sahariens ;

5º Que Flamand indique que le _Terrain des Gours_ (oligo

(?) miocène) d’atterrissements continentaux est séparé

des formations plus récentes de la région déprimée oued

Rhir-Ouargla-oued Mya de la fin du Pliocène et du Pléistocène,

par une falaise abrupte d’où se détachent de nombreux gours

(gara Krima entre autres) ;

6º Que les idées de Flamand relatives à la « Carapace

hamadienne » plio-pléistocène n’ont peut-être pas une grande

valeur pour les formations diverses du Sud-Constantinois. Ces

idées, fondées sur la seule découverte de deux exemplaires de

_Limnea Bouilleti_ Mich. dans la région de l’oued Gharbi sont

peut-être excellentes pour la « Carapace hamadienne » des hauts

pays de l’oued Gharbi, mais ne peuvent certainement être adoptées

pour celle du Sahara sud-constantinois, qui, par ses très faibles

altitudes, en dessous de 300 mètres, est très distincte, sans des

observations qui les confirment.

(Les observations de Flamand ne sont d’ailleurs pas plus probantes

pour réfuter l’hypothèse d’un golfe de l’Océan Atlantique

à l’Ouest, car elles ne portent pas sur les régions basses

de l’Ouest) ;

7º Enfin, que le _Cardium edule_ L. est abondant dans certains

dépôts pléistocènes.

On a déclaré que le _Cardium edule_ L. n’apportait ici aucune

certitude.

Evidemment, c’est un mollusque qui s’adapte à des milieux

très variés.

Dans la dépression qui suit le bord Sud de la Hamada de Tinghert,

près de Temassinin, dont il sera parlé plus loin, dépression

qui échappe pour le moment, par sa situation géographique

et son altitude (370 m.), à l’hypothèse d’avoir été,

au Pléistocène, une dépression marine ou en étroit voisinage

avec la mer, j’ai rencontré en abondance _Corbicula saharica_

P. Fischer, _Melania tuberculata_ Mâll., mais pas de _Cardium edule_.

D’autre part, Flamand dit lui-même qu’il ne connaît pas de

gisements de _Cardium edule_ dans le haut pays oranais. Il déclare

que les dépôts à _Cardium edule_ sont les termes ultimes à

l’aval des dépôts des oueds pléistocènes vers les Chotts

constantinois d’une part, et vers le Bas-Touat, le Djouf-Taoudenni,

d’autre part.

Comment se fait-il, s’il est vrai que le _Cardium edule_ a pu

vivre dans des nappes d’eau n’ayant jamais eu aucun passé marin,

aucune connexion avec la mer ou aucun étroit voisinage laguno-marin,

comment se fait-il qu’il ne se trouve pas au Sahara, répandu

d’une façon générale à l’état fossile, là justement où on

peut être à peu près _sûr_ que ce cas fut réalisé et qu’il se

trouve constamment en abondance à l’état fossile là précisément

où il peut y avoir discussion ?[6].

Quelle raison donner de cette absence en gros ?

Il est curieux d’autre part de constater, s’il est vrai que

le _Cardium edule_ vivait alors dans des espèces de chotts sans

liaison avec la mer, que ce mollusque ne vit pas actuellement dans

les chotts et nappes d’eau de l’intérieur.

Enfin, on ne doit pas oublier que dans les étangs du bord de la

Méditerranée, en communication directe avec la mer, le _Cardium

edule_ vit souvent actuellement sans être associé à d’autres

mollusques marins et qu’il vit généralement en nombre dans les

seuls étangs en communication avec la mer.

En général, il semble donc que le _Cardium edule_ ait nécessité,

sinon toujours des eaux laguno-marines, du moins toujours un étroit

voisinage laguno-marin qui n’est plus conservé dans certaines

régions où on trouve actuellement le _Cardium edule_ à l’état

fossile[7].

_Je conclus qu’on ne doit pas rejeter complètement pour le moment

l’hypothèse d’un golfe lagunaire méditerranéen dans le Sahara

sud-constantinois à la fin de l’époque pliocène et au début

du Pléistocène, ni même également d’un golfe de l’Océan

Atlantique vers le Bas-Touat, le Djouf et Taoudenni à la même

époque[8]._

La question est encore ouverte.

L’établissement d’une carte saharienne de répartition du

_Cardium edule_ arriverait peut-être à jeter un jour décisif

sur cette question. En dressant cette carte, les Officiers du Sud

rendraient un grand service.

=De l’origine de la dépression Sud-Tinghert.=

N’y aurait-il pas dans ces régions des dépressions pour le

creusement desquelles on doit donner à l’action du vent un rôle

essentiel ?

*

* *

Jusqu’à maintenant, on avait admis l’existence, dans le Sahara

sud-constantinois, d’un immense oued, se formant dans les montagnes

de l’Ahaggar pour finir dans l’Oued Rhir et le Chott Melrir

après un cours de plus de 1.300 kilomètres : l’oued Igharghar.

Au cours de ma mission, j’ai fait au sujet de cet oued des

observations troublantes :

D’une part :

_a)_ A mon passage à Tanezrouft, j’ai constaté qu’en ce point

où l’on fait traverser la Hamada de Tinghert par l’Igharghar,

il y a bien un oued, mais qu’il coule du Nord vers le Sud, du Nord

de la daia Tanezrouft à la daia Tanezrouft, au lieu de se diriger

du Sud vers le Nord ;

_b)_ Il m’a semblé que la Hamada n’était franchie nulle

part par l’Igharghar. Des militaires qui avaient parcouru cette

région m’ont déclaré avoir eu la même impression. Je n’ai

encore pu trouver personne qui ait vu, autre part que sur la carte,

l’Igharghar traverser la Hamada ;

_c)_ Dans la dépression qui suit le Bâten (versant à falaises)

de la Hamada au Sud, on rencontre en abondance _Corbicula saharica_

P. Fischer et _Melania tuberculata_ Mâll., faune sub-actuelle qui

semble indiquer l’existence récente dans cette dépression d’une

vaste « daia » ou d’une série de « daia » dans laquelle ou

dans lesquelles les eaux venant du Sud se réunissaient.

Une partie de cette eau devait disparaître par évaporation,

une autre partie pouvait être absorbée par les graviers, grès

friables et autres formations crétacées perméables, s’enfoncer

sous le plateau crétacé suivant le pendage si régulier de ces

terrains vers le Nord et emprisonnées par les formations argileuses

et marneuses intercalées dans ce Crétacé, alimenter le Nord en

eaux artésiennes par une circulation sous pression en profondeur,

dans le fond de la vaste cuvette crétacée comme cela continue à

se produire actuellement.

Certaines « reculées » dans la Hamada de Tinghert, qui ont

d’ailleurs donné leur nom à la Hamada[9], semblent comme des

« manches » et des « culs-de-sac » d’absorption.

Et il convient de signaler également la présence d’entonnoirs

d’effondrements et d’absorptions dus aux formations de gypse dans

la Hamada, qui favorisent la disparition des eaux superficielles et

jouent un rôle important pour la compréhension de la circulation

souterraine de l’eau dans ces régions.

D’autre part :

_a)_ J’ai constaté, après d’autres observateurs, dans les

gassis du Grand Erg Oriental, l’existence de galets d’origine

vraisemblablement lointaine.

Si l’oued Igharghar ne traverse pas la Hamada de Tinghert

actuellement, il semble donc, ainsi que d’autres oueds de cette

région, qu’il l’ait traversée autrefois, avant d’être

décapité peut-être par l’accentuation du creusement de la

dépression Sud-Tinghert[10] ;

_b)_ A quoi attribuer la constitution des masses considérables de

sable du Grand Erg Oriental si l’oued Igharghar ne traverse pas

la Hamada, cet erg étant considéré jusqu’à maintenant comme

les alluvions de sa zone d’épandage remaniées et modelées par

le vent.

On doit admettre que le vent a étalé et entassé, étale et

entasse encore, en des endroits de prédilection, et suivant une

manière qui lui est propre, le sable obtenu par une sorte de

vannage, soit des plages détritiques marines, ou fluvio-marines,

ou fluvio-lacustres (les plus dépourvues d’humidité), soit des

formations d’atterrissements (les plus sèches) des nombreux oueds

descendant des bords élevés de la cuvette crétacico-tertiaire

(Zab, Gantra, Tademaït, Tinghert, Hamada El Homra, Hamada Neïla),

oueds ayant alluvionné et alluvionnant beaucoup dans cette partie

à pente faible de leur cours et en raison du peu de résistance des

formations drainées crétacico-tertiaires ; oueds dont certains,

parmi lesquels l’ancien Igharghar (dont on a peut-être exagéré

l’importance quant à sa contribution à la formation des sables du

Grand Erg Oriental) poussaient peut-être leur cours supérieur jusque

dans le Massif Central Saharien avant que le fossé Sud-Tinghert ne

se soit creusé profondément suivant le processus indiqué plus loin.

On doit admettre également une production importante de sable aux

dépens des formations crétacico-tertiaires par travail combiné de

la gelée, de l’insolation, des orages violents, de la sécheresse

et du vent[11] ;

_c)_ Enfin, à quoi attribuer le creusement ou l’achèvement et

l’accentuation du creusement de la dépression Sud-Tinghert si

l’Igharghar ne traverse pas, ou, plus exactement, ne traverse plus

la Hamada, pour donner une pente à des affluents latéraux et une

évacuation aux produits de leur travail.

Il y a lieu d’étudier cette dépression et de voir si c’est

une dépression fermée :

1º Peut-être suit-elle le « Bâten » de Tinghert vers la

Tripolitaine avec une légère pente vers l’Est plus ou moins

cachée par les sables. Alors elle aurait une issue vers l’Est :

c’est peu probable.

Un écoulement vers l’Ouest, vers In Salah, ne semble pas plus

probable ;

2º Peut-être y a-t-il une issue vers El-Biodt où je n’ai pas

passé et le lit de Tanezrouft serait un ancien lit abandonné

par un de ces phénomènes de capture si fréquents au Sahara et

dont j’ai observé des cas si typiques dans les Tassilis (par

exemple le haut de l’oued Tassirt capté au profit du Tahihaout,

et l’oued Tounourt, dont on voit un débouché abandonné sur la

vallée de l’Irrarar près d’Amguid).

Des personnes ayant passé par El-Biodt, que j’ai consultées,

n’ont pas eu cette impression ;

3º Peut-être doit-on voir là une sorte d’ancien lac, peut-être

permanent, en lequel s’élargissait l’Igharghar dans les

formations tendres de la base du Crétacé, avant de traverser les

formations plus dures du haut de la série en défilé, peut-être

avec légère contre-pente, dans lequel on doit expliquer, par cette

légère contre-pente du thalweg, par des mouvements très récents,

ou par des éboulements et des barrages limites de venues d’oued,

le changement de sens de l’oued qui, n’ayant plus son cours

régulier et _actif_ d’autrefois, aurait été impuissant à

rétablir son sens primitif ;

4º Peut-être enfin est-ce une véritable dépression fermée,

c’est-à-dire qui n’a pas d’écoulement superficiel facile

possible, pas d’issue.

Et alors le creusement de la dépression ou du système de

dépressions qui se trouve le long du versant méridional de la

Hamada de Tinghert se serait fait ou plus vraisemblablement achevé

depuis l’accentuation du caractère désertique du climat saharien,

et par suite de la mise à nu des couches tendres du Crétacé,

par combinaison de l’action alternée des orages violents[12], de

la sécheresse, de la gelée, de l’insolation et de la corrasion

(pour attaquer et réduire en poudre ces formations particulièrement

peu résistantes de la base du Crétacé supérieur) et de l’action

continue du _vent_, balayant au fur et à mesure les produits du

travail de ces agents.

Le capitaine Cortier a déjà signalé que l’oued Oahnet, dans

la Hamada de Tinghert, finissait en daia fermée sans traverser le

troisième kreb de la Hamada.

L’oued Igharghar s’arrêterait également à Tanezrouft sans

traverser ce troisième kreb dit d’In-Eddi — et ne serait donc

pas un cas unique.

Non loin de là, la dépression de l’oued El-Chiati également au

bas de la Hamada El-Homra (le prolongement de la Hamada de Tinghert

dans le Sud-Tripolitain) semble un cas analogue, car je n’en

connais pas d’écoulement certain.

L’oued Ech Chergui, au Fezzan, semble également finir dans la

sebkra de l’oasis Djedid sans écoulement superficiel.

Enfin, il y aurait là en l’espèce de la dépression ou du système

de dépressions Sud-Tinghert un cas analogue comme formation à

celui des dépressions d’Egypte dont on attribue le creusement aux

mêmes agents. (La dépression de Beharieh en particulier présente

un caractère de similitude très remarquable ; elle est creusée,

suivant Beadnelle, par ces mêmes agents dans les mêmes formations

tendres crétacées).

*

* *

Mais, jusqu’à maintenant on niait qu’il y ait dans le Sahara

français des dépressions pour la formation desquelles la part de

l’action du vent soit si considérable.

_Le cas de la « dépression Sud-Tinghert » me semble obliger à

ne pas être affirmatif et à admettre la possibilité du rôle

essentiel de l’action du vent combinée à celle alternée des

orages violents, de la gelée, de la sécheresse, de l’insolation

et de la corrasion, dans la formation de grandes dépressions dans

les sédiments crétacés du Sahara français sud-constantinois,

en attendant que de nouvelles observations sur cette dépression

nous fixent définitivement sur son origine._

On doit admettre que l’action du vent, jointe à celle des autres

agents énumérés plus haut, n’est pas négligeable et contribue

au moins à donner de l’ampleur aux effets de l’action des oueds.

=Des troncs d’arbres silicifiés.=

Quelle est la date à laquelle il faut faire remonter la constitution

des amas de bois et de troncs d’arbres, depuis silicifiés, que

l’on rencontre au Sahara ?

Flamand les place dans l’Albien.

Je m’élève contre cette affirmation.

Certains au moins des bois silicifiés du Sahara sont de date

postérieure. J’ai trouvé en effet au Nord de la Hamada de

Tinghert, près de Hassi Pujat (que les Arabes appellent Hassi

Bekbort), des formations considérables de bois silicifiés dont

certains troncs avaient plus de 50 centimètres de diamètre et

1 ou 2 mètres de long. Ces superbes débris jonchaient le sol et

témoignaient par leur abondance et la taille de certains d’entre

eux, de la formation de ces amoncellements de bois flottés et de

leur silicification en cet endroit même.

Or, ces dépôts reposent sur des formations post-crétacées, _ce

qui me fait admettre pour ces bois silicifiés l’âge tertiaire_.

Cette date ne semble pas exceptionnelle : Beadnelle, donne à certains

bois silicifiés de Beharieh, en Egypte, qui semblent tout à fait

comparables, l’âge post-éocène.

Quant aux bois silicifiés déclarés albiens ou crétacés, je

crois qu’une sévère révision de leurs conditions de gisement

pourrait bien amener un changement dans l’âge attribué à certains

d’entre eux.

Il est intéressant de noter que la silicification des bois semble à

certains auteurs avoir toujours été liée à l’existence d’un

climat désertique.

La démonstration de la présence de bois silicifiés dans plusieurs

niveaux du complexe crétacico-tertiaire sud-constantinois pourrait

donc être considérée, en admettant que la silicification n’ait

pas été opérée partout à la même date, comme un argument en

faveur de l’hypothèse de l’antiquité récurrente du climat

désertique dans ces régions, de l’existence de plusieurs époques

de ce climat au Crétacé et au Tertiaire avant l’époque actuelle.

=Du Crétacé de Tinghert et du Djoua.=

Ainsi donc, au Sud, au voisinage du Massif Central Saharien primaire,

les bords relevés (peut-être par des mouvements alpins) de la

cuvette crétacico-tertiaire constituent la Hamada de Tinghert.

Les formations crétacées y forment des plateaux doucement inclinés

vers le Nord et terminés en falaises ou krebs au Sud.

On distingue trois gradins principaux dont les krebs ont été

désignés par Cortier sous les noms de kreb d’In-Eddi, kreb

de Tefist et kreb du Djoua. (Le kreb du Djoua étant le plus

méridional et correspondant aux formations les plus basses de la

série crétacée.)

Les étages représentés d’une façon certaine sont le

_Cénomanien_, le _Turonien_ et le _Sénonien_, à facies en

général marno-calcaire (les argiles multicolores à gypse sont

très développées à la base du kreb du Djoua où elles sont,

semble-t-il, cénomaniennes et du kreb d’In-Eddi où elles

paraissent sénoniennes).

Une étude de cette série crétacée de Tinghert avec la distinction

de ses niveaux fossilifères paraîtra ultérieurement.

Quant à l’existence de l’Albien marin à la base de la

série, elle n’est pas certaine (pas plus qu’en Tripolitaine

d’ailleurs).

Le kreb du Djoua nous a fourni en abondance à sa partie supérieure

des fossiles marins cénomaniens.

Ces formations fossilifères sont supportées par des argiles

multicolores à gypse et à niveaux gréseux — formations lagunaires

— d’âge indéterminé.

Ce sont ces argiles avec leurs formations de sables et grès tendres

qui constituent le fond de la dépression du Djoua, qui longe le

kreb du Djoua au Sud.

Dans ce fond, Foureau a recueilli des fossiles[13] ; ils ont

été étudiés par M. Haug. Parmi eux, il n’est aucune espèce

caractéristique de l’Albien qui permette d’attribuer avec

certitude à l’Albien ces argiles, plutôt qu’au Cénomanien.

Plus au Sud, la dépression du Djoua est limitée par les sables de

l’Erg d’Isaouan.

Il semble que vers ce contact les argiles multicolores,

à niveaux sableux de plus en plus abondants passent à un

complexe argilo-sableux et argilo-gréseux, d’âge indéterminé

également, qui représente pour une part peut-être des formations

_continentales_ constituées au cours de la période d’émersion

post-carbonifère, ante-cénomanienne, sans qu’il soit possible

de préciser davantage.

Ainsi, il n’est pas prouvé, pour le moment, que la transgression

méso-crétacée ait atteint la région de Tinghert dès l’Albien.

_On ne connaît pas d’Albien marin certain à la base du Crétacé._

Les formations crétacées marines les plus basses datées d’une

façon incontestable sont cénomaniennes.

_La transgression crétacée marine n’est certaine que pour

l’époque cénomanienne._

A partir de l’Erg d’Isaouan vers le Sud on ne trouve plus de

formations crétacées ou secondaires avant le Soudan où le Crétacé

affleure au Sud du Massif Central Saharien ancien, suivant une bande

continue, entre le 16e et le 18e degrés de latitude, allant de la

région d’Agadès à Tabanckort, dans laquelle l’on retrouve le

pendant des krebs de Tinghert dans ceux de Tamaïa.

Au Sud de l’Erg d’Isaouan s’étendent donc les pays primaires

du Massif Central Saharien.

* * * * *

[Note 2 : Ou des mouvements épirogéniques.]

[Note 3 : Ou, si l’on préfère, « que l’Afrique du Nord ayant

été moins émergée au Pliocène qu’aujourd’hui la mer ait

occupé alors par le seuil de Gabès une partie de cette cuvette

pour en disparaître, etc. »]

[Note 4 : Altitude du seuil : 47 mètres ; le seuil rocheux a

été trouvé par les sondages de la mission Roudeyre à 15 mètres

seulement d’altitude. Ce seuil rocheux aurait provoqué la formation

d’une barre. Cette barre aurait contribué à l’établissement

d’un milieu de salure et de faune spéciale.]

[Note 5 : Ou, si l’on préfère, des mouvements épirogéniques

de la région méditerranéenne.]

[Note 6 : Il est vrai que dans les dépressions de l’oued Mzezem

et du Houd-ech-Cheb sur les bords sud-tunisiens du Grand Erg

Oriental, au Nord de Rhadamès et sur la frontière tripolitaine,

Pervinquière a signalé la présence en abondance du _Cardium edule_

et que ces cuvettes par leurs dépôts ne semblent pas pouvoir être

considérées comme ayant été nettement marines (absence de NaCl

dans les dépôts). Mais ces cuvettes peuvent avoir eu un étroit

voisinage marin ou des connexions éphémères avec la mer ; par

leur altitude (280 m.), elles ne pouvaient être très loin du golfe

méditerranéen ; enfin il a pu se produire une sorte de lessive ou

autre opération chimique dans ces dépôts qui expliquerait cette

absence de NaCl.]

[Note 7 : Je rappelle également la découverte d’une proue de

galère dans la région des Chotts.

Les Chotts, actuellement, ne se prêteraient guère à la vie active

d’une galère ; cette trouvaille peut faire penser ainsi que le

desséchement des résidus des golfes sahariens plio-pléistocènes

s’est parachevé pendant la période historique ; et l’on ne

saurait ne pas évoquer ici le souvenir du lac Triton des écrivains

latins.]

[Note 8 : Car la question de ce golfe se pose non moins

sérieusement ; mais j’ai traité plus particulièrement dans ce

paragraphe du golfe méditerranéen sud-constantinois qui rentre

seul dans le cadre de ce chapitre intitulé : « du Sahara arabe

sud-constantinois ».]

[Note 9 : Tinrert en Tamahak est un diminutif de _inrer_ qui veut

dire _ravin_.]

[Note 10 : Ou que cette présence soit due à l’influence de

la mer dont il est parlé plus haut ; mais cette hypothèse est

peu probable. Le golfe lagunaire ne semble pas avoir eu une si

vaste extension, et son caractère lagunaire ne permet peut-être

pas d’imaginer de pareils transports de galets qui paraissent

d’ailleurs originaires de l’Ahaggar.]

[Note 11 : Cette formation de sable aux dépens du sous-sol s’impose

particulièrement à l’esprit dans des régions voisines : les

régions d’affleurement des formations sableuses de la base de la

série crétacée.]

[Note 12 : L’action des orages violents se traduit en particulier

par l’action dissolvante des eaux de ruissellement pour

dissoudre les éléments solubles si abondants dans les formations

crétacées de cette région et jouer un rôle important dans leur

désagrégation.]

[Note 13 : Il convient de remarquer que cette faune du Djoua peut

être constituée par des éléments de dates diverses réunis par

les hasards de l’inondation, et qu’on ne sait pas bien ce qu’il

convient de considérer comme réellement originaire des argiles et

lentilles sableuses ou gréseuses du fond du Djoua. M. Haug a cru

pouvoir admettre que la _Desertella Foureaui_ avait été apportée

par les eaux. Cela ne donne pas grande confiance en l’homogénéité

réelle de cette faune.]

DU PROJET DE TRANSSAHARIEN SOULEYRE

* * * * *

APTITUDE DU SOL A RECEVOIR UNE VOIE FERRÉE

ET RESSOURCES EN EAU

DANS LES PAYS CRÉTACICO-TERTIAIRES

SUD-CONSTANTINOIS

(Extrait d’un rapport fait pour M. Fock.)

* * * * *

=I=

=Aptitude du sol à recevoir une voie ferrée dans les régions du

Gassi Touil et du Tinghert.=

_a)_ GASSI TOUIL.

J’ai longé le Gassi Touil par son bord Ouest[14] sur une longueur

de 100 kilomètres environ, jusqu’à sa terminaison Sud à Hassi

Pujat.

J’ai pu constater que le Gassi Touil offre dans cette partie, qui

est sa partie méridionale, à travers les masses considérables

de sable du Grand Erg Oriental, _un passage dégagé de sable —

très large (de 10 à 20 km. en moyenne, parfois 30 km. et même 40)

— au sol de cailloutis, de « reg » remarquablement plat._

Dans cette partie du Gassi Touil que j’ai vue, on trouve des îlots

de dunes d’une ampleur assez considérable, mais je n’ai pas

observé de chaînes de dunes _traversant_ le Gassi Touil d’une rive

à l’autre, ainsi que cela est fréquent dans les autres gassis.

Il semble donc que l’on puisse dans cette partie du Gassi Touil

se maintenir constamment sur un sol de reg, poser la voie ferrée

partout sur du reg.

Je ne puis donner sur le reste du Gassi Touil un avis fondé autrement

que sur des renseignements car je ne l’ai pas vu moi-même.

Mes renseignements me donnent lieu d’espérer que le Gassi Touil,

au point de vue qui nous intéresse, est de nature homogène et que

sa partie septentrionale est assez semblable à la partie méridionale

que je connais.

Ainsi donc, le Gassi Touil se prête, par la nature et la forme de

son sol, à l’établissement d’une voie ferrée — dans sa partie

méridionale, je peux l’affirmer — dans sa partie septentrionale,

cela me paraît vraisemblable.

La nature du pays n’est inquiétante qu’au point de vue des

suites de cet établissement.

Que résultera-t-il à son point de vue de la naissance de cette

voie ferrée dans le Gassi Touil ?

N’est-il pas à craindre que, obstacle opposé au libre

déchaînement des vents sahariens dans l’immensité si dépourvue

d’aspérités du Gassi Touil et au cœur du vaste pays de sable

du Grand Erg Oriental, la voie ne provoque son ensablement ?

Quelle ampleur pourrait prendre cet ensablement ? Arriverait-il à

empêcher la circulation des trains, ou resterait-il négligeable

ou seulement gênant ?

Au cas où cet ensablement se produirait et deviendrait inquiétant,

y aurait-il des moyens de lutter efficacement, y aurait-il moyen

de triompher indéfiniment ; si l’on ne pouvait que lutter

temporairement, la durée de cette lutte jusqu’au moment

inéluctable où la voie deviendrait inutilisable serait-elle

suffisamment longue et son prix de revient suffisamment faible

pour permettre, malgré cet ensablement prévu, de considérer

l’établissement de cette voie ferrée comme légitime cependant

et comme une bonne affaire ?

Telles sont les questions qui se présentent immédiatement —

et qu’il est nécessaire de soulever au passage dans cet aperçu

rapide — questions relatives à l’ensablement éventuel de la

voie du Gassi Touil.

J’ai tendance à croire qu’en prenant, par prudence, certaines

précautions, en particulier en faisant toujours passer la voie à la

distance la plus grande possible des rives du Gassi et des îlots de

dunes, l’ensablement de la voie ferrée du Gassi Touil — s’il

se produisait — n’arriverait pas à devenir désastreux dans

des délais inacceptables.

Mais, pour pouvoir tabler sur des certitudes, il conviendrait de

faire l’expérience suivante, par exemple : poser une centaine

de mètres de voies ferrées dans le Gassi Touil et observer si un

ensablement se produit au bout de quelques mois et ses proportions.

On ne peut guère considérer la voie ferrée Biskra-Touggourt

comme susceptible de donner des bases de prévision sur la question

ensablement dans le Gassi Touil, ces régions étant peu comparables

à ce point de vue spécial.

_b)_ LA RÉGION DU TINGHERT.

J’ai traversé la Hamada de Tinghert par Hassi Pujat et Tanezrouft

pour aboutir à Fort Flatters.

A Hassi Pujat et à Tanezrouft, j’ai ainsi eu l’occasion de voir

ce que l’on considère comme le lit de l’Igharghar.

Sans doute, il y a là un passage tentant pour l’établissement

d’une voie ferrée ; mais il convient de faire remarquer : d’une

part, qu’à Tanezrouft l’oued vient avec une grande violence

après la pluie[15] et qu’une voie ferrée suivant le fond de la

vallée sans dispositifs spéciaux en vue de la venue de l’oued

aurait à subir éventuellement de graves dommages[16] ; d’autre

part, que certaines des formations des flancs de la vallée, au Nord

de Tanezrouft (argiles à gypse), présentent de graves inconvénients

pour l’établissement d’une voie ferrée à flanc de coteau

(possibilités de glissements, eaux séléniteuses attaquant les

ciments, etc. (il est vrai qu’on fabrique maintenant des ciments

résistant aux eaux séléniteuses)[17].

Telles sont les difficultés à envisager pour l’établissement

d’une voie ferrée à travers la Hamada de Tinghert par la vallée

attribuée à l’Igharghar passant à Tanezrouft.

Je n’ai pas suivi la vallée au Sud de Tanezrouft, ayant dû passer

à travers la Hamada pour gagner directement Fort Flatters ; je n’en

ai eu qu’un aperçu du haut de la gara Tanezrouft : elle va[18] vers

le Sud-Ouest, vers la dépression Sud-Tinghert, en s’élargissant,

calme et majestueuse et offrant un passage évidemment tentant.

Pour la traversée de la Hamada de Tinghert, après avoir franchi

le défilé de Hassi Pujat qui s’impose pour échapper aux sables

qui couvrent les premiers plateaux, je crois qu’il serait bon de

rechercher un tracé passant sur les plateaux plutôt que par la

vallée de Tanezrouft.

Cela nécessiterait quelques travaux d’art pour franchir les krebs,

mais on y gagnerait un bon sol de hamada et la tranquillité lors des

pluies (on n’aurait plus alors à craindre les crises de violence

de l’oued Tanezrouft).

C’est une étude à faire.

=II=

=Ressources en eau.=

Sur le parcours dont je viens d’étudier la viabilité, je

conçois l’établissement d’une Centrale d’eau au voisinage

de Temassinin.

_Centrale d’eau de Temassinin._

_a)_ EAUX ARTÉSIENNES.

Il existe à la Zaouia de Sidi Moussa un puits artésien. A mon

passage, j’y ai abreuvé mes chameaux et ai pu constater que

l’eau y jaillissait en abondance (pour ces régions).

Je ne saurais donner d’indication précise sur le débit de

ce puits, n’ayant fait que passer très rapidement et ayant eu

d’autres préoccupations. Ce n’est qu’une vague impression

que je peux indiquer ici : ce puits atteindrait un débit d’une

dizaine de litres à la seconde que je n’en serais pas surpris.

Le puits artésien de la Zaouia est déjà un élément précieux

et peut-être suffisant (j’ignore quels seraient les besoins de

la voie ferrée) ; son eau pourrait être amenée, par gravité et

par conduites, jusqu’au voisinage immédiat de la voie ferrée

(20 km. environ, puisqu’on est obligé de passer à cette distance

de Fort Flatters pour éviter les sables).

Il est vraisemblable que des recherches d’eau artésienne auraient

du succès dans cette dépression Sud-Tinghert, dans laquelle se

trouve Temassinin.

On peut espérer un sondage heureux, mais il faut escompter des

déboires et ne pas compter sur le succès du premier sondage.

Les eaux artésiennes sont vraisemblablement emprisonnées dans les

niveaux de grès sableux crétacés plus ou moins lenticulaires qui

sont pincés dans les marnes et argiles imperméables de la base du

Cénomanien ou leur sont inférieurs.

Tous ces niveaux sableux ne sont pas forcément des asiles d’eaux

artésiennes ; il faut qu’ils soient dans certaines conditions

particulières, et nous ne connaissons pas encore suffisamment le

bassin de Temassinin pour donner un diagnostic sûr.

On comprend dès lors que nous déclarions qu’il faut espérer un

sondage heureux.

Si l’on désire rechercher des eaux artésiennes dans la dépression

Sud-Tinghert, il conviendrait de ne pas agir par coups de sonde

désordonnés, ainsi que cela fut trop souvent le cas dans l’oued

Rhir.

Il conviendrait, croyons-nous, de pousser des sondages

méthodiquement, c’est-à-dire faire un premier sondage à un

emplacement indiqué sur le terrain par un géologue ayant quelque

expérience à ce sujet.

Faire suivre le sondage par le géologue en question qui serait en

observateur sur les lieux. Ce géologue aurait qualité pour arrêter

le sondage lorsqu’il estimerait que, par suite de l’âge ou de la

qualité des formations atteintes, il n’y a plus lieu de continuer.

Puis, avec l’enseignement de ce premier sondage, il pourrait en

être entrepris d’autres aux emplacements désignés par lui et

toujours suivis.

Le géologue se prononcerait également sur l’opportunité de

poursuivre chacun de ces sondages ou de les arrêter.

Ainsi, on évitera : de poursuivre un sondage alors que

scientifiquement il n’y a plus d’espoir d’un ordre dont on

puisse tenir compte ; de ne pas tirer de chaque sondage la leçon

précieuse qu’il peut procurer pour les recherches ultérieures

ou en cours.

Enfin, en cas d’insuccès répétés, dès qu’il estimera avoir

suffisamment d’éléments pour juger de la question, le géologue

se prononcera sur la nécessité de poursuivre l’ensemble des

recherches ou de les arrêter.

Au besoin, il pourra être adjoint un sourcier au géologue,

l’expérience ayant montré que, malgré beaucoup d’insuccès,

les indications de certains baguettisants peuvent parfois se trouver

justes, quoique la réalité de la sensibilité à l’eau ne soit

pas encore démontrée scientifiquement.

Le géologue pourrait choisir de préférence les points de sondage

qui lui seraient indiqués comme particulièrement propices à la

fois par sa science et par le sourcier. Cela pour mettre le plus de

chances de son côté.

Mais il conviendrait, croyons-nous, de donner tout pouvoir au

géologue, qui ne tiendrait compte des indications du sourcier que

s’il hésitait entre plusieurs emplacements également indiqués

au point de vue scientifique.

Le sourcier ne serait nullement nécessaire. Le géologue absolument

nécessaire si l’on veut travailler méthodiquement et arriver au

succès par le moins grand nombre de sondages.

Le géologue devrait auparavant se familiariser avec les recherches,

très spéciales, d’eaux artésiennes dans l’oued Rhir par

exemple, en suivant quelques sondages et en consultant les archives

des sondages passés, car les recherches d’eaux artésiennes ne

sont pas si simples qu’il paraît à première vue : un sondage

placé à 15 mètres d’un autre qui a trouvé l’eau à 50 mètres

pourra ne la trouver qu’à 70 mètres, etc.

Je n’ai pas la place dans ce rapport rapide de tenter d’exposer

comment il peut en être ainsi, mais je tiens à attirer l’attention

sur la complexité de la recherche des eaux artésiennes.

Il est vrai que dans les archives on ne trouverait peut-être pas de

renseignements géologiques bien précis sur les couches rencontrées

par chaque sondage ; la méthode du géologue observateur n’ayant

malheureusement pas, à ma connaissance, été suivie avec continuité

dans l’oued Rhir.

_Cette campagne de recherches d’eaux artésiennes, en cas de

succès, pourrait avoir une grande importance pour le développement

de la région de Temassinin._

Elle pourrait également, éventuellement, dans ces conditions, nous

révéler des choses intéressantes sur les ressources du sous-sol.

PROFONDEUR DES SONDAGES. — Il me semble me rappeler que le sondage

heureux de la Zaouia de Temassinin ne dépasse pas 20 mètres.

Quoi qu’il en soit, ainsi que je l’ai indiqué plus haut, les

eaux artésiennes semblent se rencontrer à la base du Cénomanien.

Il en est de même en différents endroits du pourtour de la vaste

cuvette crétacico-tertiaire du Sud-Constantinois.

Les formations primaires, jusqu’à maintenant, ne se sont pas

révélées dans ces régions, d’une façon positive, détentrices

d’eaux artésiennes.

C’est donc aux formations primaires qu’il conviendrait

d’arrêter les sondages dans ces recherches d’eaux artésiennes.

Or, l’épaisseur des formations qui surmontent le Primaire dans

la dépression Sud-Tinghert ne semble pas considérable, quoique les

sables cachant le contact en surface au Sud de Temassinin empêchent

de donner des précisions avec sûreté.

Je crois qu’elles peuvent être considérées en moyenne comme

d’une épaisseur inférieure à 70 mètres, au maximum à 100

mètres.

Le succès peut évidemment se révéler avant cette profondeur,

puisqu’à la Zaouia, ainsi que je l’ai indiqué plus haut,

il me semble me rappeler qu’il fut obtenu avant 20 mètres.

Mais il est sage, pour le premier sondage, de partir de la prévision

de 100 mètres, c’est-à-dire partir avec un tubage de diamètre

suffisamment grand pour atteindre cette profondeur avec un bon

calibre.

En cas d’insuccès de ce premier sondage, c’est-à-dire au cas

où l’on aurait atteint les formations primaires sans rencontrer

d’eaux artésiennes, on pourra en déduire pour les autres sondages

à quelle profondeur approximative on rencontrera pour chacun le

Primaire et ainsi la profondeur approximative à laquelle on devra

pousser chaque sondage tant qu’il ne rencontrerait pas d’eaux

artésiennes, avant de l’arrêter.

Quant à pousser plus profond que le contact crétacico-primaire,

cela serait évidemment intéressant et satisferait la curiosité

de certains, mais ce ne serait pas les eaux artésiennes qui ont

« montré le nez » à la Zaouia, qui sont donc bien une réalité

— dont on ignore seulement l’extension et la répartition —

que l’on rechercherait, ce seraient des eaux artésiennes qui,

si elles existent, n’ont encore « montré le nez » nulle part

d’une façon décisive, dont on n’a encore aucune preuve de

l’existence, dont l’on peut tout juste prétendre considérer

comme des indices certains points d’eau situés dans le Carbonifère

et certaines sources très timides qui se rencontrent au contact des

Pays pré-tassiliens et de l’Enceinte tassilienne, contre les Grès

supérieurs des Tassilis, lorsqu’ils se dressent pour former les

bombements ou plateaux de l’Enceinte tassilienne, tels que Aïne

Ksob, Aïne Redjem, Tanelak, Tazzait, etc.

Et en admettant que ces points d’eaux et sources soient en relation

avec des eaux artésiennes en pression dans et sous les formations

des Pays pré-tassiliens, dans la région de Temassinin ces eaux ne

pourraient être rencontrées qu’à une grande profondeur, et on

ne peut conseiller la recherche d’eaux encore hypothétiques à

cette profondeur. Il faudrait qu’il n’y en ait pas d’autres

à envisager, ce qui n’est pas le cas, ou que l’on tienne à

s’édifier sur les ressources en eau de ces formations primaires.

Si l’on peut perdre quelque argent pour s’édifier à ce sujet,

l’on pourra pousser le premier sondage très profond (300 m.). Quant

aux autres sondages, naturellement il conviendra toujours — à

moins que le premier sondage n’ait révélé du nouveau — de

les arrêter aux formations primaires, car la recherche jusqu’à

ces formations est seule conseillée par la réalité.

On devra, dans le choix des emplacements de sondages, choisir de

préférence, à chance égale, les emplacements les plus près de

la voie ferrée.

Au total, pour la Centrale d’eau de la dépression Sud-Tinghert,

comme eaux artésiennes :

1º On peut compter sur un débit assez sérieux déjà existant à

la Zaouia de Sidi Moussa à Temassinin et que l’on pourrait amener

par conduite jusqu’à la voie ferrée ;

2º On peut espérer légitimement, par une campagne de sondages

méthodiques, faire jaillir d’autres eaux artésiennes.

Dans la dépression Sud-Tinghert, et en étant plutôt pessimiste

(car j’ai été volontairement plutôt pessimiste), on peut espérer

que la profondeur des sondages n’aura pas à dépasser 100 mètres.

_b)_ EAUX NON ARTÉSIENNES.

Au Hoggar · 第 1 / 13 段