Dans une cage, à la fenêtre de la chambre d’enfants, un serin chantait,
un beau serin jaune.
Comme il chantait, l’oiseau couleur de tulipe sauvage, comme il
chantait! Aussitôt qu’il voyait le soleil, sa gorge se gonflait, son
petit bec tremblait une seconde, comme s’il allait bégayer; et puis il
chantait, de toutes ses forces, des airs inventés, perpétuellement
neufs. C’est encore un problème bien difficile à résoudre que de savoir
pourquoi toutes les sympathies des poètes, et même des foules, vont au
rossignol et jamais au serin. Il se peut que ce soit parce que le serin
consent à chanter dans une cage, et en plein jour. Mais alors, c’est de
l’ingratitude! Je pense toutefois, pour avouer toute ma pensée, que le
serin est au rossignol ce que la sérénade italienne contemporaine est au
lied allemand. L’oiseau des vieux murs et des jardins feuillus a des
accents qui vont au cœur, on ne sait par quels chemins; l’autre a l’air
seulement d’être la voix du soleil qui rit dans les rues. Mais c’est
déjà bien beau, et on lui devrait de la reconnaissance: on n’en montre
aucune. Pourtant, il y a tant de personnes qui préfèrent, au fond, la
musique à fleur de peau. Le lied allemand ne plaît pas à tous les
Français. Je voudrais savoir ce que nous penserions du rossignol s’il
était jaune, en cage, chanteur de rues et de plein jour.