FRAGMENT D'HISTOIRE

Ce ne serait pas, à notre avis, un tableau sans grandeur et sans

nouveauté que celui où l'on essayerait de dérouler sous nos yeux

l'histoire entière de la civilisation. On pourrait la montrer se

propageant par degrés de siècle en siècle sur le globe, et envahissant

tour à tour toutes les parties du monde. On la verrait poindre en

Asie, dans cette Inde centrale et mystérieuse où la tradition des

peuples a placé le paradis terrestre. Comme le jour, la civilisation

a son aurore en orient. Peu à peu elle s'éveille et s'étend dans son

vieux berceau asiatique. D'un bras, elle dépose dans un coin du monde

la Chine, avec les hiéroglyphes, l'artillerie et l'imprimerie, comme

une première ébauche de ses oeuvres futures, comme un immuable

échantillon de ce qu'elle fera un jour. De l'autre, elle jette à

l'occident ces grands empires d'Assyrie, de Perse, de Chaldée, ces

villes prodigieuses, Babylone, Suse, Persépolis, métropoles de la

terre, qui n'a pas même gardé leur trace. Alors, tandis que tout le

reste du globe est submergé sous de profondes ténèbres, resplendit

dans tout son éclat cette haute civilisation théocratique de l'orient,

dont on entrevoit à peine, à travers tant de siècles, quelques rayons

éblouissants, quelques gigantesques vestiges, et qui nous paraît

fabuleuse, tant elle est lointaine, vague et confuse! Cependant la

civilisation marche et se développe toujours. L'intérieur des terres

ne lui suffit plus, elle colonise le bord des mers. Aux populations

de laboureurs et de bergers succèdent des races de pêcheurs et de

commerçants. De là, les phéniciens, les phrygiens, Sidon, Troie,

Sarepta, et Tyr, qui bat les mers, comme dit l'Écriture, avec les

_ailes de mille vaisseaux_. Enfin, prête à déborder l'Asie, elle fonde

sur la limite de l'Afrique cette énigmatique Égypte, ce peuple de

prêtres et de marchands, de laboureurs et de matelots, qui est

en quelque sorte la transition de la civilisation asiatique à la

civilisation africaine, des empires théocratiques aux républiques

commerçantes, de Babylone à Carthage.

Sur l'Égypte, en effet, s'appuient les trois civilisations successives

d'Asie, d'Afrique et d'Europe. L'Égypte est la clef de voûte de

l'ancien continent.

Ici la civilisation se bifurque, pour ainsi parler. Elle prend deux

routes, l'une au nord, l'autre au couchant; et, tandis que l'Égypte

crée la Grèce en Europe, Sidon apporte Carthage en Afrique. Alors

la scène change. L'Asie s'éteint. C'est le tour de l'Afrique. Les

carthaginois complètent l'oeuvre des phéniciens, leurs pères. Pendant

que derrière eux s'élèvent, comme les arcs-boutants de leur empire,

ces royaumes de Nubie, d'Abyssinie, de Nigritie, d'Éthiopie, de

Numidie; pendant que se peuple et se féconde cette terre de feu qui

doit porter les Juba et les Jugurtha, Carthage s'empare des mers et

court les aventures. Elle débarque en Sicile, en Corse, en Sardaigne.

Puis la Méditerranée ne lui suffit plus. Ses innombrables vaisseaux

franchissent les colonnes d'Hercule, où plus tard la timide navigation

des grecs et des romains croira voir les bornes du monde. Bientôt les

colonies carthaginoises, risquées sur l'océan, dépassent la péninsule

hispanique. Elles montent hardiment vers le nord, et, tout en côtoyant

la rive occidentale de l'Europe, apportent le dialecte phénicien,

d'abord en Biscaye, où on le retrouve colorant de mots étranges

l'ancienne langue ibérique, puis en Irlande, au pays de Galles, en

Armorique, où il subsiste encore aujourd'hui, mêlé au celte primitif.

Elles enseignent à ces sauvages peuplades quelque chose de leurs arts,

de leur commerce, de leur religion; le culte monstrueux du Saturne

carthaginois, qui devient le Teutatès celte; les sacrifices humains;

et jusqu'au mode de ces sacrifices, les victimes brûlées vives dans

des cages d'osier à forme humaine. Ainsi Carthage donne aux celtes

ce qu'elle a de la théocratie asiatique, dénaturé par sa féroce

civilisation. Les druides sont des mages; seulement ils ont passé par

l'Afrique. Tout, chez ces peuples, se ressent de leur contact avec

l'orient. Leurs monuments bruts prennent quelque chose d'égyptien.

De grossiers hiéroglyphes, les caractères runiques, commencent à en

marquer la face, que jusque-là le fer n'avait pas touchée; et il n'est

pas prouvé que ce ne soit point la puissante navigation carthaginoise

qui ait déposé sur la grève armoricaine cet autre hiéroglyphe

monumental, Karnac, livre colossal et éternel dont les siècles ont

perdu le sens et dont chaque lettre est un obélisque de granit. Comme

Thèbes, la Bretagne a son palais de Karnac.

L'audace punique ne s'est peut-être pas arrêtée là. Qui sait jusqu'où

est allée Carthage? N'est-il pas étrange qu'après tant de siècles on

ait retrouvé vivant en Amérique le culte du soleil, le Bélus assyrien,

le Mithra persan? N'est-il pas étonnant qu'on y ait retrouvé des

vestales (les filles du soleil), débris du sacerdoce asiatique et

africain, emprunté aussi par Rome à Carthage? N'est-il pas merveilleux

enfin que ces ruines du Pérou et du Mexique, magnifiques témoins d'une

ancienne civilisation éteinte, ressemblent si fort par leur caractère

et par leurs ornements aux monuments syriaques; par leur forme et par

leurs hiéroglyphes, à l'architecture égyptienne?...

Quoi qu'il en soit, le colosse carthaginois, maître des mers, héritier

de la civilisation d'Asie, d'un bras s'appuyant sur l'Egypte, de

l'autre environnant déjà l'Europe, est un moment le centre des

nations, le pivot du globe. L'Afrique domine le monde.

Cependant la civilisation a déposé son germe en Grèce[1]. Il y a pris

racine, il s'y est développé, et du premier jet a produit un peuple

capable de le défendre contre les irruptions de l'Asie, contre les

revendications hautaines de cette vieille mère des nations. Mais,

si ce peuple a su défendre le feu sacré, il ne saurait le propager.

Manquant de métropole et d'unité, divisée en petites républiques qui

luttent entre elles, et dans l'intérieur desquelles se heurtent

déjà toutes les formes de gouvernement, démocratie, oligarchie,

aristocratie, royauté, ici énervée par des arts précoces, là nouée

par des lois étroites, la société grecque a plus de beauté que de

puissance, plus d'élégance que de grandeur, et la civilisation s'y

raffine avant de se fortifier. Aussi Rome se hâte-t-elle d'arracher à

la Grèce le flambeau de l'Europe, elle le secoue du haut du Capitole

et lui fait jeter des rayons inattendus. Rome, pareille à l'aigle, son

redoutable symbole, étend largement ses ailes, déploie puissamment ses

serres, saisit la foudre et s'envole. Carthage est le soleil du monde,

c'est sur Carthage que se fixent ses yeux. Carthage est maîtresse des

océans, maîtresse des royaumes, maîtresse des nations. C'est une ville

magnifique, pleine de splendeur et d'opulence, toute rayonnante des

arts étranges de l'orient. C'est une société complète, finie, achevée,

à laquelle rien ne manque du travail du temps et des hommes. Enfin, la

métropole d'Afrique est à l'apogée de sa civilisation, elle ne peut

plus monter, et chaque progrès désormais sera un déclin. Rome au

contraire n'a rien. Elle a bien pris déjà tout ce qui était à sa

portée; mais elle a pris pour prendre plutôt que pour s'enrichir. Elle

est à demi sauvage, à demi barbare. Elle a son éducation ensemble et

sa fortune à faire. Tout devant elle, rien derrière.

Quelque temps les deux peuples existent de front. L'un se repose dans

sa splendeur, l'autre grandit dans l'ombre. Mais peu à peu l'air et la

place leur manquent à tous deux pour se développer. Rome commence à

gêner Carthage. Il y a longtemps que Carthage importune Rome. Assises

sur les deux rives opposées de la Méditerranée, les deux cités se

regardent en face. Cette mer ne suffit plus pour les séparer. L'Europe

et l'Afrique pèsent l'une sur l'autre. Comme deux nuages surchargés

d'électricité, elles se côtoient de trop près. Elles vont se mêler

dans la foudre.

Ici est la péripétie de ce grand drame. Quels acteurs sont en

présence! deux races, celle-ci de marchands et de marins, celle-là de

laboureurs et de soldats; deux peuples, l'un régnant par l'or,

l'autre par le fer; deux républiques, l'une théocratique, l'autre

aristocratique; Rome et Carthage; Rome avec son armée, Carthage avec

sa flotte; Carthage vieille, riche, rusée, Rome jeune, pauvre et

forte; le passé et l'avenir; l'esprit de découverte et l'esprit de

conquête; le génie des voyages et du commerce, le démon de la guerre

et de l'ambition; l'orient et le midi d'une part, l'occident et le

nord de l'autre; enfin, deux mondes, la civilisation d'Afrique et la

civilisation d'Europe.

Toutes deux se mesurent des yeux. Leur attitude avant le combat est

également formidable. Rome, déjà à l'étroit dans ce qu'elle connaît du

monde, ramasse toutes ses forces et tous ses peuples. Carthage, qui

tient en laisse l'Espagne, l'Armorique et cette Bretagne que les

romains croyaient au fond de l'univers, Carthage a déjà jeté son ancre

d'abordage sur l'Europe.

La bataille éclate. Rome copie grossièrement la marine de sa rivale.

La guerre s'allume d'abord dans la Péninsule et dans les îles. Rome

heurte Carthage dans cette Sicile où déjà la Grèce a rencontré

l'Égypte, dans cette Espagne où plus tard lutteront encore l'Europe et

l'Afrique, l'orient et l'occident, le midi et le septentrion.

Peu à peu le combat s'engage, le monde prend feu. Les colosses

s'attaquent corps à corps, ils se prennent, se quittent, se

reprennent. Ils se cherchent et se repoussent. Carthage franchit les

Alpes, Rome passe les mers. Les deux peuples, personnifiés en deux

hommes, Annibal et Scipion, s'étreignent et s'acharnent pour en finir.

C'est un duel à outrance, un combat à mort. Rome chancelle, elle

pousse un cri d'angoisse: _Annibal ad portas_! Mais elle se relève,

épuise ses forces pour un dernier coup, se jette sur Carthage, et

l'efface du monde.

C'est là le plus grand spectacle qui soit dans l'histoire. Ce n'est

pas seulement un trône qui tombe, une ville qui s'écroule, un peuple

qui meurt. C'est une chose qu'on n'a vue qu'une fois, c'est un astre

qui s'éteint; c'est tout un monde qui s'en va; c'est une société qui

en étouffe une autre.

Elle l'étouffé sans pitié. Il faut qu'il ne reste rien de Carthage.

Les siècles futurs, ne sauront d'elle que ce qu'il plaira à son

implacable rivale. Ils ne distingueront qu'à travers d'épaisses

ténèbres cette capitale de l'Afrique, sa civilisation barbare, son

gouvernement difforme, sa religion sanglante, son peuple, ses arts,

ses monuments gigantesques, ses flottes qui vomissaient le feu

grégeois, et cet autre univers connu de ses pilotes, et que

l'antiquité romaine nommera dédaigneusement le _monde perdu_.

Rien n'en restera. Seulement, longtemps après encore, Rome, haletant

et comme essoufflée de sa victoire, se recueillera en elle-même, et

dira dans une sorte de rêverie profonde: _Africa portentosa_!

Prenons haleine avec elle; voilà le grand oeuvre accompli. La querelle

des deux moitiés de la terre, la voilà décidée. Cette réaction de

l'occident sur l'orient, déjà la Grèce l'avait tentée deux fois. Argos

avait démoli Troie. Alexandre avait été frapper l'Inde à travers la

Perse. Mais les rois grecs n'avaient détruit qu'une ville, qu'un

empire. Mais l'aventurier macédonien n'avait fait qu'une trouée dans

la vieille Asie, qui s'était promptement refermée sur lui. Pour jouer

le rôle de l'Europe dans ce drame immense, pour tuer la civilisation

orientale, il fallait plus qu'Achille, il fallait plus qu'Alexandre;

il fallait Rome.

Les esprits qui aiment à sonder les abîmes ne peuvent s'empêcher de

se demander ici ce qui serait advenu du genre humain, si Carthage

eût triomphé dans cette lutte. Le théâtre de vingt siècles eût été

déplacé. Les marchands eussent régné, et non les soldats. L'Europe eût

été laissée aux brouillards et aux forêts. Il se serait établi sur la

terre quelque chose d'inconnu.

Il n'en pouvait être ainsi. Les sables et le désert réclamaient

l'Afrique; il fallait qu'elle cédât la scène à l'Europe.

A dater de la chute de Carthage, en effet, la civilisation européenne

prévaut. Rome prend un accroissement prodigieux; elle se développe

tant, qu'elle commence à se diviser. Conquérante de l'univers connu,

quand elle ne peut plus faire la guerre étrangère, elle fait la guerre

civile. Comme un vieux chêne, elle s'élargit, mais elle se creuse.

Cependant la civilisation se fixe sur elle. Elle en a été la racine,

elle en devient la tige, elle en devient la tête. En vain les Césars,

dans la folie de leur pouvoir, veulent casser la ville éternelle et

reporter la métropole du monde à l'orient. Ce sont eux qui s'en vont;

la civilisation ne les suit pas, et ils s'en vont à la barbarie.

Byzance deviendra Stamboul. Rome restera Rome.

Le Vatican remplace le Capitole; voilà tout. Tout s'est écroulé de

vétusté autour d'elle; la cité sainte se renouvelle. Elle régnait par

la force, la voici qui règne par la croyance, plus forte que la force.

Pierre hérite de César. Rome n'agit plus, elle parle; et sa parole est

un tonnerre. Ses foudres désormais frappent les âmes. A l'esprit de

conquête succède l'esprit de prosélytisme. Foyer du globe, elle a des

échos dans toutes les nations; et ce qu'un homme, du haut du balcon

papal, dit à la ville sacrée, est dit aussi pour l'univers. _Urbi et

orbi_.

Ainsi une théocratie fait l'Europe, comme une théocratie a fait

l'Afrique, comme une théocratie a fait l'Asie. Tout se résume en trois

cités, Babylone, Carthage, Rome. Un docteur dans sa chaire préside

les rois sur leurs trônes. Chef-lieu du christianisme, Rome est le

chef-lieu nécessaire de la société. Comme une mère vigilante, elle

garde la grande famille européenne, et la sauve deux fois des

irruptions du nord, des invasions du midi. Ses murs font rebrousser

Attila et les vandales. C'est elle qui forge le martel dont Charles

pulvérise Abdérame et les arabes.

On dirait même que Rome chrétienne a hérité de la haine de Rome

païenne pour l'orient. Quand elle voit l'Europe assez forte pour

combattre, elle lui prêche les croisades, guerre éclatante et

singulière, guerre de chevalerie et de religion, pour laquelle la

théocratie arme la féodalité.

Voilà deux mille ans que les choses vont ainsi. Voilà vingt

siècles que domine la civilisation européenne, la troisième grande

civilisation qui ait ombragé la terre.

Peut-être touchons-nous à sa fin. Notre édifice est bien vieux. Il se

lézarde de toutes parts. Rome n'en est plus le centre. Chaque peuple

tire de son côté. Plus d'unité, ni religieuse ni politique. L'opinion

a remplacé la foi. Le dogme n'a plus la discipline des consciences.

La révolution française a consommé l'oeuvre de la réforme; elle a

décapité le catholicisme comme la monarchie; elle a ôté la vie à Rome.

Napoléon, en rudoyant la papauté, l'a achevée; il a ôté son prestige

au fantôme. Que fera l'avenir de cette société européenne, qui perd de

plus en plus, chaque jour, sa forme papale et monarchique? Le moment

ne serait-il pas venu où la civilisation, que nous avons vue tour à

tour déserter l'Asie pour l'Afrique, l'Afrique pour l'Europe, va se

remettre en route et continuer son majestueux voyage autour du monde?

Ne semble-t-elle pas se pencher vers l'Amérique? N'a-t-elle pas

inventé des moyens de franchir l'Océan plus vite qu'elle ne traversait

autrefois la Méditerranée? D'ailleurs, lui reste-t-il beaucoup à faire

en Europe? Est-il si hasardé de supposer qu'usée et dénaturée dans

l'ancien continent, elle aille chercher une terre neuve et vierge

pour se rajeunir et la féconder? Et pour cette terre nouvelle, ne

tient-elle pas tout prêt un principe nouveau; nouveau, quoiqu'il

jaillisse aussi, lui, de cet évangile qui a deux mille ans, si

toutefois l'évangile a un âge? Nous voulons parler ici du principe

d'émancipation, de progrès et de liberté, qui semble devoir être

désormais la loi de l'humanité. C'est en Amérique que jusqu'ici l'on

en a fait les plus larges applications. Là, l'échelle d'essai est

immense. Là, les nouveautés sont à l'aise. Rien ne les gêne. Elles

ne trébuchent point à chaque pas contre des tronçons de vieilles

institutions en ruines. Aussi, si ce principe est appelé, comme nous

le croyons avec joie, à refaire la société des hommes, l'Amérique

en sera le centre. De ce foyer s'épandra sur le monde la lumière

nouvelle, qui, loin de dessécher les anciens continents, leur

redonnera peut-être chaleur, vie et jeunesse. Les quatre mondes

deviendront frères dans un perpétuel embrassement. Aux trois

théocraties successives d'Asie, d'Afrique et d'Europe succédera la

famille universelle. Le principe d'autorité fera place au principe de

liberté, qui, pour être plus humain, n'est pas moins divin.

Nous ne savons, mais, si cela doit être, si l'Amérique doit offrir

le quatrième acte de ce drame des siècles, il sera certainement bien

remarquable qu'à la même époque où naissait l'homme qui devait,

préparant l'anarchie politique par l'anarchie religieuse, introduire

le germe de mort dans la vieille société royale et pontificale

d'Europe, un autre homme ait découvert une nouvelle terre, futur asile

de la civilisation fugitive; qu'en un mot, Christophe Colomb ait

trouvé un monde au moment où Luther en allait détruire un autre.

_Aliquis providet_.

[1: Ceci n'est qu'un premier chapitre. L'auteur n'a pu y indiquer et y

classer que les faits les plus généraux et les plus sommaires. Il

n'a point négligé pour cela d'autres faits, qui, pour être du second

ordre, n'en ont pas moins une haute valeur. On verra dans la suite

du livre dont ceci est un fragment, si jamais il termine ce livre,

comment il les coordonne et les rattache à l'idée principale. Les

preuves arriveront aussi. Il y a bien des cavités à fouiller dans

l'histoire, bien des fonds perdus dans cette mer, là même où elle

a été le plus explorée, le plus sondée. Et par exemple, la grande

civilisation dominante d'Europe, celle qui d'abord apparaît aux yeux,

la civilisation grecque et romaine, n'est qu'un grand palimpseste,

sous lequel, la première couche enlevée, on retrouve les pélages, les

étrusques, les ibères et les celtes. Rien que cela ferait un livre.

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Littérature et Philosophie mêlées · 第 66 / 86 题