L'autre jour, j'ouvris un livre qui venait de paraître, sans nom
d'auteur, avec ce simple titre, _Méditations poétiques_. C'étaient des
vers.
Je trouvai dans ces vers quelque chose d'André de Chénier. Continuant
à les feuilleter, j'établis involontairement un parallèle entre
l'auteur de ce livre et le malheureux poëte de _la Jeune Captive_.
Dans tous les deux, même originalité, même fraîcheur d'idées, même
luxe d'images neuves et vraies; seulement l'un est plus grave et même
plus mystique dans ses peintures; l'autre a plus d'enjouement, plus de
grâce, avec beaucoup moins de goût et de correction. Tous deux sont
inspirés par l'amour. Mais dans Chénier ce sentiment est toujours
profane; dans l'auteur que je lui compare, la passion terrestre est
presque toujours épurée par l'amour divin. Le premier s'est étudié à
donner à sa muse les formes simples et sévères de la muse antique; le
second, qui a souvent adopté le style des pères et des prophètes, ne
dédaigne pas de suivre quelquefois la muse rêveuse d'Ossian et les
déesses fantastiques de Klopstock et de Schiller. Enfin, si je
comprends bien des distinctions, du reste assez insignifiantes, le
premier est romantique parmi les classiques, le second est classique
parmi les romantiques.