“Il lui restait maintenant à devenir de licencié avocat, et comme il

avait gardé un bon souvenir de la ville de Reims, il alla se faire

recevoir avocat dans cette ville. Champenois de cœur, il était heureux

de contribuer de tous ses moyens à l’honneur de son pays natal. Il

avait toujours de bonnes saillies à son service, et ne manquait pas une

occasion de citer des hommes distingués dans les lettres et les arts de

diverses époques qui appartenaient à la province de Champagne. Parmi

les contemporains, Danton pouvait du reste trouver plus d’un exemple

à l’appui de son patriotique enthousiasme: c’est ainsi qu’il parlait

souvent de quelques notabilités qu’il connaissait, tels que le savant

_Grosley_, l’avocat _Linguet_.

“De retour de Reims à Paris, Danton, après avoir achevé son stage,

s’essaya au barreau de la capitale pendant quelque temps. Chargé d’une

affaire, entre autres, pour un berger contre le seigneur de son village,

il eut l’occasion de produire, en cette circonstance, quelques-uns des

sentiments qu’il devait plus tard développer davantage sur un grand

théâtre. Il réclama avec autant de vigueur que d’adresse les principes de

l’égalité devant la loi. Il gagna sa cause devant la cour de parlement

qui, comme on se le rappelle, n’était alors composée que de nobles et

de privilégiés. Nous ne sommes encore qu’en 1785. Le factum de Danton

fut imprimé: il était concis, substantiel, énergique—nous n’avons pu

en retrouver la trace.—Cette première lutte soutenue par Danton fit

sensation au palais et valut au jeune avocat des témoignages d’estime de

Gerbier, Debonnière, Hardouin et toutes les sommités du barreau de cette

époque. Linguet, qui se connaissait en style, et qui, nous l’avons vu,

était de Reims, lui adressa à ce sujet de vifs encouragements.

“Mais les témoignages de ces hommes éminents, qui assuraient à Danton un

succès d’honneur, ne le menaient point à la fortune; il s’en éloignait

même à mesure que son talent aurait dû l’en rapprocher davantage, car

il recherchait la clientèle du pauvre autant que d’autres recherchaient

la clientèle du riche. Il pensait qu’en thèse générale le pauvre est le

plus souvent l’opprimé, qu’ainsi il a le droit de priorité à la défense.

D’après ce principe de conduite, ceux qui ont dit que Danton n’avait

point fait fortune au barreau, pouvaient ajouter qu’il ne l’y aurait

jamais faite....

“S’ennuyant peut-être un peu, comme on a pu l’entrevoir, dans sa

profession d’avocat, Danton ne demandait point de distraction à des

plaisirs qui auraient pu prendre sur les ressources nécessaires à son

existence. Gagnant fort peu dans ses travaux de palais, il n’aurait pas

voulu ajouter à la gêne de sa position en contractant des dettes; il

était fort rangé, toujours avec une petite réserve d’économies qui lui

permettait de rendre des services sans en demander lui-même. Après son

frugal repas chez un traiteur, dont la maison était nommée l’_Hôtel de la

Modestie_, il prenait une demi-tasse de café et jouait quelques parties

de dominos. Ajoutez, de temps en temps, le spectacle d’une tragédie

classique au Théâtre-Français, voilà toute la defense et tous les

amusements du jeune avocat.

“Un café où se rendait le plus habituellement Danton s’appelait _Café

de l’École_, parce qu’il était situé sur ce quai, presque au coin de

la place qui a conservé ce nom. C’était un rendez-vous très fréquenté

par les hommes de loi qui se trouvaient rapprochés du Châtelet et du

Palais de Justice. La rigueur du costume et de la coiffure, espèce de

signalement perpétuel, avait cet avantage qu’on n’était pas tenté de se

commettre.

“Les maîtres des cafés, alors peu nombreux dans Paris, étaient eux-mêmes

des bourgeois d’honnête allure. Ils maintenaient le bon ton de leur

maison par leur civilité. Ils faisaient rarement fortune, à l’exception

de deux ou trois qui étaient de premier rang. Le _Café de l’École_

n’était pas précisément à ce niveau; mais il était l’un de ceux qui

avaient la meilleure réputation. Nous croyons voir encore le maître de la

maison avec sa petite perruque ronde, son habit gris et sa serviette sous

le bras. Il était rempli de prévenances pour ses clients, et il en était

traité avec une considération cordiale. Une femme des plus recommandables

et fille de la maison, aussi douce que gracieuse, tenait le comptoir.

Parmi les habitués, qui paraissaient s’arrêter avec un intérêt

particulier à ce comptoir, on put remarquer un jeune avocat qui, d’abord

fort gai et jovial, parut quelque temps après plus sérieux. Ce jeune

avocat était Danton; il avait cru d’abord ne causer que généralement et

sans conséquence avec les dames du comptoir; son cœur s’y était pris, et

Danton était amoureux. Mademoiselle Gabrielle Charpentier n’avait pas

songé à se défier des assiduités de Danton; elle se trouva bientôt, à son

insu, préoccupée du même sentiment. Sans être dans le secret de cette

inclination, le père et la mère Charpentier ne furent pas très surpris

quand la main de leur fille leur fut demandée par le jeune avocat. La

vivacité de son caractère leur fit craindre un moment de consentir à

cette union; mais il avait su toucher le cœur de Gabrielle. Lorsqu’on

disait: _Qu’il est laid!_ elle répétait, presque comme l’avait dit une

femme au sujet de Lekain: _Qu’il est beau!_ Elle admirait son esprit, que

l’on trouvait trop piquant; son âme, que l’on trouvait trop ardente; sa

voix, que l’on trouvait forte et terrible, et qu’elle trouvait douce.

“Il fallait cependant prendre des renseignements sur ce prétendant.

M. Charpentier visita particulièrement les procureurs chez qui Danton

avait travaillé, et les avocats avec lesquels il avait été en rapport au

barreau. Il n’y eut qu’une voix en sa faveur. D’après des renseignements

aussi satisfaisants, les bons parents ne s’informèrent point de sa

fortune; ils y tenaient peu, quoique en ayant eux-mêmes une assez

modeste. Pourtant, ils donnaient en mariage à leur fille une somme de

40,000 francs, ce qui était pour l’époque une dot considérable. Ils

imposaient à leur gendre une seule condition, c’est qu’il exerçât un

état; c’est qu’il fût _occupé_. La profession d’avocat au parlement était

sans doute une profession honorable et libre, mais trop libre peut-être,

et qui ne commandait pas un travail assez assidu. Danton promit de

remplir les vœux de son beau-père; il s’exprima dans des termes si

chaleureux, que le père et la mère Charpentier se mirent à aimer Danton

presque autant que leur fille.

“Des amis de Danton lui conseillèrent d’acheter une charge d’avocat aux

conseils. M. et Madame Charpentier offrirent généreusement la dot de

leur fille; mais ce n’était que 40,000 francs, et il en fallait 80,000!

Des Champenois dévoués proposèrent de compléter ce qui manquait pour le

payement de la charge.

“Ils s’en rapportaient tous à la délicatesse et à la probité de

Danton; sa bonne conduite était sa caution. Le mariage n’ayant plus de

cause de retard, les bans publiés, le consentement de sa mère arrivé

d’Arcis-sur-Aube, Georges-Jacques Danton et Gabrielle Charpentier

furent unis, et le même jour il entra, comme il le disait gaiement, _en

puissance de femme et en charge d’officier ministériel; le même jour,

mari et avocat aux conseils_.

“Les avocats aux conseils réunissaient les doubles fonctions d’avocats et

de procureurs; ayant peu de procédure à faire, ils avaient l’avantage de

rester maîtres de leurs affaires et de ne pas subir, comme les avocats

des autres cours, la loi d’un procureur préoccupé du désir d’attirer à

lui tous les bénéfices. Les fonctions des avocats aux conseils avaient

aussi quelque chose d’éminemment propre à élever l’âme des jeunes gens;

leur mission consistait souvent à redresser les torts du parlement et des

cours supérieures. Ils communiquaient journellement avec les maîtres des

requêtes, avec les conseillers d’État, avec les hommes du plus haut rang,

qui étaient obligés de recourir à leur ministère pour lutter contre les

usurpations dont ils avaient à se plaindre.

“Les avocats aux conseils avaient ainsi l’occasion, en discutant avec

les ministres eux-mêmes, soit pour les attaquer, soit pour les défendre,

d’apprendre à connaître les rapports des autorités entre elles, la vraie

distinction des pouvoirs, l’organisation civile dans toute son étendue,

l’ordre social dans son ensemble: c’était une excellente école pour créer

des économistes, des politiques, des législateurs.

“En exposant le rôle et la mission des avocats aux conseils, nous aurions

peut-être dû expliquer que tels étaient au moins la pensée et le droit

de l’institution. Faut-il constater maintenant ce qu’était en fait

l’institution? Sur le nombre de soixante membres composant l’honorable

confrérie, on voyait plusieurs hommes distingués qui sentaient la

dignité de leurs fonctions, traitaient leurs clients avec générosité et

délicatesse, les affaires avec science, application et courage. Mais

tous, il faut bien le dire, n’avaient pas un sentiment aussi élevé de

leurs devoirs, et il en était quelques-uns dont l’émulation consistait à

faire beaucoup de _grosses_.

“Au moment où Danton fut reçu avocat aux conseils, c’était en 1787; il

avait vingt-huit ans, sa femme en avait vingt-cinq. Dans ce moment,

l’Ordre était divisé en trois partis plus ou moins actifs.

“Les anciens voulaient créer un _syndicat_, à la tête duquel ils auraient

été tout naturellement placés.

“Les jeunes arrivants appartenaient aux idées nouvelles, et ne voulaient

être ni conduits ni éconduits.

“Un troisième parti se composait des hommes modérés et pacifiques qui,

aimant le repos avant tout, et, comme on a dit depuis, _la paix partout

et toujours_, ne voulaient se mêler à aucune action et préféraient

laisser faire le mal à leur détriment plutôt que de se mouvoir en aucun

sens et se laisser déranger même par un progrès qui leur eût été utile,

mais qui aurait pu les _désheurer_.

“On a déjà pressenti à quel parti Danton avait dû se rallier. Il ne

méconnaissait pas la discipline qui doit présider à la bonne organisation

d’une compagnie judiciaire; mais il croyait que la force et la puissance

réelles des compagnies sont dans leur indépendance, comme le talent

même des membres de ces corporations ne peut se passer de la dignité du

caractère.

“L’homme qui, en entrant dans une compagnie, dessine ses opinions avec

une énergique rudesse, peut s’attendre à rencontrer bien des luttes et

bien des hostilités.

“Voulant juger la valeur du nouvel arrivant, les avocats, sous prétexte

de bienvenue, et sans l’avoir averti à l’avance, lui firent subir une

épreuve en latin. On lui imposa pour sujet l’exposé de la situation

morale et politique du pays dans ses rapports avec la justice.

C’était, comme Danton l’a dit depuis, _lui proposer de marcher sur des

rasoirs_.... Il ne recula point. Saisissant même comme une bonne fortune

la difficulté inattendue dans laquelle on croyait l’enlacer, il s’en tira

avec éclat, et laissa ses auditeurs dans l’étonnement de sa présence

d’esprit et de la décision de son caractère. Il ne craignit point

d’aborder la politique qui commençait a pénétrer en toute affaire, et

qui était peut-être ici une cause secrète du piège qui lui était tendu.

On espérait surprendre en défaut un jeune avocat qui levait la tête et

annonçait des principes d’indépendance. Danton, en homme de talent habile

à triompher des plus grandes difficultés, osa parler des choses les plus

actuelles; il dit que, comme citoyen ami de son pays, autant que comme

membre d’une corporation consacrée à la défense des intérêts privés et

publics de la société, il désirait que le gouvernement sentît assez la

gravité de la situation pour y porter remède par des moyens simples,

naturels et tirés de son autorité; qu’en présence des besoins impérieux

du pays, il fallait se résigner à se sacrifier; que la noblesse et le

clergé, qui étaient en possession des richesses de la France, devaient

donner l’exemple; que, quant a lui, il ne pouvait voir dans la lutte du

parlement, qui éclatait alors, que l’intérêt de quelques particuliers

puissants qui combattaient les ministres, mais sans rien stipuler au

profit du peuple. Il déclarait qu’à ses yeux l’horizon apparaissait

sinistre, et qu’il sentait venir une révolution terrible. Si seulement on

pouvait la reculer de trente années, elle se ferait amiablement par la

force des choses et le progrès des lumières. Il répéta dans ce discours,

qui ressemblait au cri prophétique de Cassandre: _Malheur à ceux qui

provoquent les révolutions, malheur à ceux qui les font!_

“Plusieurs fois les vieux avocats qui avaient tendu ce piège à Danton

voulurent interrompre son improvisation. Ils avaient cru entendre des

mots qui les effrayaient, tels que _motus populorum, ira gentium, salus

populi suprema lex_.... Les jeunes gens qui, récemment sortis des

collèges, avaient le droit de comprendre le latin mieux que les anciens,

qui l’avaient oublié ou ne l’avaient jamais su, répondaient à leurs vieux

confrères qu’ils avaient mal entendu, que le récipiendaire était resté

dans une mesure parfaite, irréprochable.

“Espérant constater plus facilement dans le texte d’une rédaction

écrite les pensées imprudentes qu’ils avaient cru saisir en écoutant

ses paroles, les anciens demandèrent que Danton déposât son discours

de réception sur la table de la chambre du conseil. Danton répondit

qu’il n’avait rien écrit. Il avait déjà pour système d’écrire le moins

possible. Ainsi qu’il l’a dit depuis, on n’écrit point en révolution. Il

ajouta d’ailleurs que si l’on désirait porter un jugement sur les paroles

qu’il avait prononcées, il ne prétendait pas s’y opposer. Il était assez

certain de sa pensée et de sa mémoire pour répéter avec fidélité toute

son improvisation.... Le reméde eût été pire que le mal. L’aréopage

trouva que c’était déjà bien assez de ce qu’on avait entendu, et la

majorité s’opposa avec vivacité à la récidive.

“Le cabinet acheté par Danton était loin, au moment où il en devint

titulaire, de posséder une clientèle nombreuse. Il n’en fut pas moins

toujours d’un grand désintéressement vis-à-vis de ses clients.

“Il se montrait peu exigeant dans la question des honoraires, même

lorsqu’il avait gagné sa cause. Lorsque son client venait s’acquitter

envers lui, il lui arrivait souvent de dire: _c’est trop_, et de rendre

ce qu’il appelait _le trop_. Dans certaines affaires perdues, il refusait

toute rémunération. ‘Je n’ai point de déboursés, disait-il, puisque je

n’ai point fait d’écritures, et que j’ai laissé à la régie son papier

timbré.’ Il lui arrivait, bien qu’il ne fût pas riche, de donner lui-même

des secours d’argent à des clients malheureux.

“Une pareille conduite ne mène pas rapidement à la fortune. Cependant le

cabinet de Danton s’améliora en très peu de temps. En dirigeant dignement

ses affaires, il gagnait de vingt à vingt-cinq mille francs par an; son

sort de père de famille était assuré.

“Dans ce temps où la France était encore divisée en provinces, les

classes inférieures pouvaient se réclamer des grands seigneurs de leur

pays, et ceux-ci aimaient souvent par vanité autant que par humanité à

protéger leurs vassaux. La maison de Brienne était de Champagne, près

Arcis-sur-Aube. Danton était connu du comte de Brienne, ancien ministre

de la guerre, et de l’archevêque de Sens, alors premier ministre. Il

comptait parmi ses clients M. de Barentin. Il avait des conférences avec

lui pour ses affaires particulières, et plusieurs fois, après les avoir

traitées, M. de Barentin s’entretenait avec son avocat des affaires

publiques. La manière supérieure dont Danton voyait les choses avait

frappé M. de Barentin et lui avait laissé une vive impression de sa

capacité.

“Devenu garde des sceaux, M. de Barentin se souvint aussitôt de

son avocat et lui fit demander s’il voulait être secrétaire de la

chancellerie? Danton, dans un long entretien qu’il eut avec ce ministre,

lui exposa avec détails un plan qu’il croyait pouvoir éloigner

les déchirements que l’opposition des parlements allait enfanter.

Quelques-uns de ces parlements venaient d’être exilés: Danton pensait que

leur rappel n’était pas une chose de la plus grande urgence. Il fallait

avant tout les enlacer dans la participation aux réformes; ils en étaient

autant les adversaires que la noblesse et le clergé, dont ils faisaient

en quelque sorte partie et dont ils avaient les privilèges. Tous les

privilégiés enfin, quels que fussent leurs costumes, qu’ils eussent

un manteau de noblesse, une soutane de prêtre ou une robe de palais,

tous, selon l’opinion de Danton, devaient contribuer aux charges qui ne

pesaient que sur le tiers État, c’est-à-dire sur l’immense majorité; la

nation attendait l’allégement du fardeau intolérable qu’elle ne pouvait

plus supporter, la résignation était épuisée....

“Si ces idées étaient acceptées, le roi, étant à leur tête, se trouverait

conquérir dans l’intérêt de tous une puissance supérieure à tous les

intérêts particuliers. Il pourrait réaliser les demandes de la raison et

donner, par un progrès réel, toute satisfaction aux lumières du siècle et

à la philosophie, interprète des vrais besoins de l’humanité.

“En résumé, le plan conçu par Danton tendait à faire accomplir par le

roi une réforme progressive qui, laissant en place les pouvoirs établis,

les rendit, à leur insu ou malgré eux, les instruments de cette équité

pratique qui aurait fortifié à la fois tous les organes du mécanisme

social. M. de Barentin parla du projet de Danton à l’archevêque de Sens.

On parut l’approuver. Dans l’intervalle, la cour répudia ce système trop

net et trop décisif pour ses allures. Le parlement fut rappelé. Brienne

croyait en avoir gagné les principaux membres.

“Mais trois mois après—novembre 1787—lorsque le roi fut obligé de

venir à Paris tenir un lit de justice à ce même parlement pour obtenir

l’enregistrement d’un édit portant création de divers emprunts jusqu’à

concurrence de 450 millions, Louis XVI rencontra la plus violente

opposition dans cette cour qu’on croyait réduite. Il voulut vaincre

l’opposition en exilant les plus récalcitrants, les conseillers Fréteau,

Sabatier, de Cabre et le duc d’Orléans.... Au mois de mai suivant, 1788,

le même parlement rendit un arrêt qui réclama avec véhémence ‘les lois

fondamentales de l’État; le droit de la nation d’accorder des subsides,

le droit des cours du royaume de vérifier les édits, de vérifier dans

chaque province les volontés du roi, et de n’en accorder l’enregistrement

qu’autant qu’elles seraient conformes aux lois constitutives de la

province, ainsi qu’aux fondamentales de l’État; l’immovabilité et

l’indépendance des magistrats, le droit pour chaque citoyen de n’être

jamais traduit en aucune manière devant d’autres juges que ses juges

naturels désignés par la loi; le droit, sans lequel tous les autres sont

inutiles, de n’être arrêté, par quelque ordre que ce soit, que pour être

remis sans délai entre les mains des juges compétents; protestant la

cour du parlement contre toute atteinte qui serait portée aux principes

exprimés.’

“M. de Barentin proposa de nouveau a Danton d’être secrétaire du sceau.

Celui-ci remercia en disant que l’état de la question politique était

changé. ‘Nous n’en sommes plus aux réformes modestes; ceux qui les ont

refusées ont refusé leur propre salut; nous sommes, dit-il plus nettement

que jamais, à la veille d’une révolution. Eh quoi! ne voyez-vous pas

venir l’avalanche?...

A. R. C. DE SAINT-ALBIN.”

VI

EXTRACTS FROM DOCUMENTS

SHOWING THE PRICE PAID FOR DANTON’S PLACE AT THE CONSEILS DU ROI,

THE SOURCES FROM WHICH HE DERIVED THE MONEY FOR ITS PAYMENT, AND THE

COMPENSATION PAID ON ITS SUPPRESSION IN 1791.

The three documents from which I quote below are of the utmost importance

to a special study of Danton, because they give us most of our evidence

as to the value of his post at the Conseils du Roi, and permit us

to understand his financial position during the first years of the

Revolution.

They are three in number:—

(_a_) The deed of sale by which Danton acquired the post from Me. Huet de

Paisy. This deed was discovered by Dr. Robinet (from whose “Vie Privée

de Danton” I take all the documents quoted) in the offices of a Parisian

solicitor, Me. Faiseau-Jaranne of the Rue Vivienne. This gentleman was

the direct successor in his business of the M. Dosfant who drew up the

deed seventy years before.

I have quoted only the essential portions of this exceedingly interesting

piece of evidence. They give us the date of the transaction (March 29,

1787), the price paid, 78,000 livres, or rather (seeing that Danton

acquired the right to collect a debt of 11,000) 67,000 livres net

(say £2600); the fact that some £2000 of this was paid down out of

a loan raised for him by his relations in Champagne and his future

father-in-law, while some £160 he paid out of his savings, and the rest

remained owing. The receipt of 1789, which I have attached at the end of

the extract, shows us that by that time the balance had been paid over

to Me. Huet de Paisy, including interest at 5 per cent. Incidentally

there is mention of Danton moving to the Rue de la Tissanderie, whence we

shall find him drawing up his marriage-contract.

(_b_) The marriage-contract between Danton and Antoinette Charpentier,

contains all the customary provisions of a French marriage-contract,

and is witnessed by the usual host of Mends, such as we find witnessing

Desmoulins’ contract, three or four years later. It tells us, among other

things, the position of his stepfather Recordain and the well-to-do

connections of the Charpentiers; but the point of principal interest is

the dowry—20,000 livres, that is, some £800—of which the greater part

(£600) went to pay his debt on the place he held as Avocat ès Conseils,

and the fact that he had remaining a patrimony of some £500.

(_c_) The acknowledgment of the sum due as compensation to Danton when

the hereditary and purchasable office which he had bought was put an

end to. All students of the period know the vast pother that has been

raised on this point, the rumour that Danton was overpaid as a kind of

bribe from the court, &c. &c. All the direct evidence we have of the

transaction is in these few lines. They are just like all the other forms

of reimbursement, and are perfectly straightforward.

The amount is somewhat less than we should give in England under similar

circumstances, for (1) the State does not allow for the entrance-fees

(10,000 livres), which Danton had had to pay, and (2) it taxes him 12

per cent. for the _probable_ future taxation which would have fallen

by death, transference, &c., on the estate. Finally, he gets not quite

70,000 livres for a place which cost him first and last 78,000.

To recapitulate: the general conclusions which these documents permit us

to draw with regard to Danton’s financial position are as follows:—The

price of the practice he bought was 68,000 livres; of this, 56,000 was

paid down, a sum obtained by borrowing 36,000 from Mdlle. Duhattoir (a

mortgagee discovered by the family solicitor, Millot), and 15,000 from

his future father-in-law, Charpentier, the remaining 5000 being paid out

of his own pocket.

He thus remains in debt to Me. Huet de Paisy, the vendor, in a sum of

12,000 livres at 5 per cent. interest.

To this must be added a sum of 10,000 livres entrance-fee, which he

presumably pays by recovering a debt of somewhat larger amount (11,000)

which he had bought along with the practice.

When he marries, his wife’s dowry cancels his debt to Charpentier and

leaves him 5000 livres over, he possessing at that time in land and

houses at Arcy some 12,000—in all 17,000 livres or their value are in

hand in the summer of 1787, and his total liabilities at the same date

are the 36,000 to Mdlle. Duhattoir and the 12,000 to Me. de Paisy. He

starts his practice, therefore, with 31,000 livres, or about £1200 of net

liability. The practice was lucrative; we know that he is immediately

concerned with three important chancery cases; he becomes the lawyer of

two of the wealthiest men in the kingdom; he lives modestly. We know that

he pays the 12,000 with interest in December 1789, and though we do not

possess the receipt for Mdlle. Duhattoir’s repayment, it is eminently

probable that, under such conditions, he could easily have met a debt

of less than £800 out of four years’ successful practice in a close

corporation, which of necessity dealt with the most lucrative cases in

the kingdom. I think, therefore, one may regard the reimbursement which

he received in 1791 as presumably free from debt, and see him in no

financial difficulty at any period of the Revolution. This opinion has

the advantage of depending upon the support of all those who have lately

investigated the same documents—MM. Aulard, Robinet, earlier Bougeart

(but he is a special pleader), and finally Mr. Morse Stephens in England.

(_a_) FROM THE DEED OF SALE BETWEEN HUET DE PAISY AND DANTON, _29th March

1787_.

“Par devant les conseillers du Roi, notaires, &c....

“... Me. Charles-Nicholas Huet de Paisy, écuyer, ancien avocat

au Parlement et ès conseils du Roi, demeurant à Paris, Rue de

la Tissanderie, paroisse de St. Jean en Grève ... a vendu...

a Me. Jacques-Georges Danton, avocat au Parlement, demeurant

à Paris, Rue des Mauvaises Paroles, paroisse St. Germain

l’Auxerrois ... l’état et office héréditaire d’avocat ès

conseils du Roi, faisant un des 70 créés par édit du mois de

septembre 1738....

“Ledit Me. Huet de Paisy vend en outre en dit Me. Danton

la pratique et clientèle attachées au sous dit office, et

consistant en dossiers, liasses, &c....

“Cette vente est faite... par ledit Me. Danton qui s’y oblige

d’entrer au lieu... dudit Me. Huet de Paisy.... Moyennant

la somme de 78,000 livres... dont 68,000 sont le prix de la

pratique et 10,000 les charges accoutumées....

“Ledit Me. Huet de Paisy reconnaît avoir reçu sur les 68,000

livres (prix de la pratique) la somme de 56,000 livres dont

autant quittances. Quant au 12,000 livres de surplus Me. Danton

promet et s’oblige de les payer dans quatre années du jour de

sa reception audit office avec l’intérêt sur le pied du dernier

vingt ... (5 per cent.).

“Déclare en outre une ... somme de 11,000 livres lui être

légitimement due par.... (_Then follow the details of this debt

to the office. Danton consents to pay the 68,000 on condition

that he may collect this debt from the client of the office,

and specially mentions the fact that, if he is not given full

powers to collect, the price shall be not 68,000, but only

57,000 livres_)....

“A ces présentes est intervenu Me. François-Jacques Millot,

procureur au Parlement, demeurant à Paris, rue Percée, paroisse

St. Séverin. Fondé de la procuration spéciale pour ce qui

suit dû, Sieur François Lenoir, maître de poste, et dame

Marie-Geneviève Camus, son épouse, de dame Elisabeth Camus,

veuve du Sieur Nicolas Jeannet et de demoiselle Anne Camus,

fille majeure, demeurant tous à Arcy-sur-Aube, passée en brevet

devant Morey notaire à Troyes, en présence de témoins, le

deux décembre dernier, l’original de laquelle dûment contrôlé

légalisé a été certifié véritable et déposé pour minute à Me.

Dosfant, l’un des notaires soussignés par acte du vingt-huit

du présent mois. Lequel a, par ces présentes, rendu et

constitué lesdits Sieur et dame Lenoir, dame veuve Jeannet et

demoiselle Camus, cautions et répondants solidaires dudit Me.

Danton envers ledit Me. Huet de Paisy, ce faisant les oblige

solidairement avec lui, séparément les uns avec les autres

au payement desdites douze mille livres qui restent dues sur

ladite pratique, intérêts d’icelle, et au payement des dix

mille livres, prix du corps dudit office aux époques ci-dessus

fixées, à quoi ledit Me. Millot, audit nom, affecte, oblige et

hypothèque sous ladite solidarité, généralement tous les biens,

meubles et immeubles, présents et à venir de ses constituants.

“Ledit M. Danton déclare que dans, les cinquante-six mille

livres par lui ci-dessus payées, il y a trente-six mille livres

qui proviennent des deniers qu’il a empruntés à demoiselle

Françoise-Julie Duhauttoir, demoiselle majeure, et quinze mille

livres qu’il a empruntées du Sieur François-Jérôme Charpentier,

contrôleur des fermes, sous le cautionnement desdits Sieur et

dame Lenoir, dame veuve Jeannet et demoiselle Camus.... (_What

follows is the receipt in full, signed by Huet de Paisy in

December 1789._)

“Et le trois décembre mil sept cent quatre-vingt-neuf, est

comparu devant les notaires à Paris, soussignés, ledit Me. Huet

de Paisy, nommé et qualifié en l’acte ci-devant, demeurant à

Paris, rue des Couronnes, près de Belleville,—Lequel a reconnu

avoir reçu dudit Me. Danton aussi ci-devant nommé, qualifié

et domicilié, à ce présent, la somme de treize mille cinq

cent livres composée, 1ᵒ des douze mille livres qui, sur le

prix du traiteé ci-devant, avaient été stipulées payables en

quatre années du jour de la réception dudit Me. Danton et sur

lesquelles ce dernier devait exercer l’effet de la garantie

contractée par ledit Me. de Paisy, par le traiteé ci-devant,

relativement à l’affaire du Sieur Papillon de la Grange, de

l’effet de laquelle garantie, quoique cette affaire ne soit pas

encore terminée, ledit Me. Danton décharge ledit Me. de Paisy;

2ᵒ et de quinze cents livres pours les intérêts de ladite somme

de douze mille livres échus jusqu’au premier octobre dernier

qu’ils ont cessé de courir, de convention entre les parties; de

laquelle somme de treize mille cinq cents livres et de toutes

choses au sujet dudit traité, ledit Me. Huet de Paisy quitte

et décharge Me. Danton;—Dont acte fait et passé à Paris, en

l’étude, lesdits jour et an et ont signé.”

(_b_) FROM THE MARRIAGE-CONTRACT OF DANTON AND MDLLE. CHARPENTIER, _9th

June 1787_.

“Par devant les conseillers du Roi, &c....

“Me. Georges-Jacques Danton, avocat ès conseils du Roi,

demeurant à Paris, rue de la Tissanderie, paroisse de Jean

en Grève, fils du defunt Sieur Jacques Danton, bourgeois

d’Arcis-sur-Aube, et dame Jeanne-Madeleine Camus, sa veuve

actuellement épouse du Sieur Jean Reordain négociant audit

Arcis-sur-Aube, de présent à Paris, logée chez ledit sieur, son

fils, à ce présent, stipulant le dit Me. Danton d’une part.

“Et Sieur François-Jerome Charpentier, controleur des Fermes,

et dame Angelique-Octavie Soldini, son épouse... demeurant à

Paris, quai de l’École, paroisse de St. Germain l’Auxerrois,

stipulant pour... demoiselle Antoinette-Gabrielle Charpentier

leur fille majeure... d’autre part.

“... Ont arrêté les conventions civiles dudit mariage ... à

savoir...

(_Then follow the names of the witnesses to the contract;

their only importance is the idea they give us of the social

position of the two bourgeois families concerned. They include

Papillon, a surgeon; Dupont, a lawyer of the Châtelet; Duprat

and Gousseau, barristers; Wislet, a banker; Mme. Tavaval, widow

of a painter to the Court, and so forth._)...

“... Les biens dudit futur époux consistent:—

“(1ᵒ) Dans l’office d’avocat aux conseils... acheté à Me. Huet

de Paisy... le 29 mars dernier... moyennant la somme de 68,000

livres qu’il doit en entier soit audit Me. Huet de Paisy, soit

aux personnes qui lui ont prêté les sommes qu’il a payées

comptant.

“(2ᵒ) Dans de terres, maisons et heritages situé audit

Arcis-sur Aube et aux environs de valeur de la somme de 12,000

livres....

“Les père et mère de ladite demoiselle lui donnent en dot

... une somme de 18,000 livres... pour s’acquitter de cette

somme ils... déchargent ledit Me. Danton de celle de 15,000

livres qu’ils lui ont prêtée, et qui a été employée par lui au

payement de partie du prix... attachée à l’office dudit Me.

Huet de Paisy....

“Ils ont présentement payé audit Me. Danton les 3000 livres

completant les dix huit milles livres.

“Enfin ladite demoiselle future épouse apporte ... la somme de

2000 livres provenant de ses gains et épargnes.”

(_The remainder of the document is a statement of the

“community property” in marriage and the settlements made in

case of decease, the whole regulated by the “custom of Paris.”

They have no interest for this book._)

(_c_) FROM THE NOTE LIQUIDATING DANTON’S PLACE AT THE CONSEILS DU ROI AND

HIS RECEIPT FOR THE REIMBURSEMENT, _8th and 11th of October 1791_. HELD

BY DE MONTMORIN IN HIS OFFICE.

“Nous, Louis-César-Alexandre-Dufresne Saint-Léon, commissaire

du Roi, directeur général de la liquidation.

“Attendu la remise à nous faite des titres originels...

concernant l’office d’avocat ès conseils du Roi dont était

titulairé ... le Sieur Georges-Jacques Danton.

“Ledit office liquidé... par décret de l’Assemblée Nationale

... sanctionné par le Roi le deux octobre, à la somme de 69,031

livres 4 sols.... Avons delivré au Sieur Danton... la présente

reconnaissance définitive de la dite somme de 69,031 livres 4

sols, qui sera payée a la caisse de l’extraordinaire....

“M. Georges-Jacques Danton, avocat ès conseils, en présence

des soussignés... a reconnu... la liquidation... de l’office

d’avocat ès conseils du Roi dont été titulairé... ledit

Georges-Jacques Danton... savoir.

“(1ᵒ) 78,000 livres... principale moyennant laquelle il a

acquis l’office le 29 Mars 1787.

“(2ᵒ) 240 livres pour le remboursement du droit de mutation.

“(3ᵒ) 416 livres 4 sols pour celui du Marc d’or.

“(4ᵒ) 125 livres pour celui des frais de Sceau.

“Deduction faite de 9750 pour le huitième du prix retenu....

Au moyen du paisement effectif qui sera fait audit Sieur Danton

de ... 69,031 livres 4 sols ... quitte et décharge l’état, M.

Dufresne de Saint-Léon et tous autres de ladite somme de 69,031

livres 4 sols ... &c.” (_The remainder of the document is the

mention of the original deed of sale having been shown to the

liquidator, and the correction of certain clerical errors in a

former document._)

VII

EXTRACTS FROM DOCUMENTS

SHOWING THE SITUATION OF DANTON’S APARTMENT IN THE COUR DE COMMERCE, ITS

FURNITURE AND VALUE, &C.

The extracts given below are of a purely personal interest, and do not

add anything material to our knowledge of the Revolution. On the other

hand, they are of value to those who are chiefly concerned with Danton’s

personality, and with the details of his daily life. They show what kind

of establishment he kept, with its simple furniture, its two servants,

its reserve of money, &c., and enable us to make an accurate picture of

the flat in which he lived, and of its position. It is from them that I

have drawn the material for my description of the rooms in Appendix II.

on p. 329. Incidentally, they tell us the profession of M. Charpentier’s

brother (a notary), give us a view of the religious burial practised in

the spring of 1793, show us, as do many of his phrases elsewhere, the

entire absence of anti-clericalism in Danton’s family as in his own mind,

the number of the house, the name of its proprietor, Danton’s wardrobe,

his wine, the horse and carriage which he bought for his hurried return

from Belgium, and many other petty details which are of such interest in

the study of an historical character.

Like most of the documents quoted in this Appendix, they are due to the

industry and research of Danton’s biographer, Dr. Robinet, and will be

found in his Memoir on Danton’s private life. They are three in number:—

(_a_) The various declarations of Thuiller, the justice of the peace

for the Section du Théâtre Français. He put seals upon the doors and

furniture (as is the French custom) upon the death of Danton’s first

wife. This death occurred on February 11, 1793, while Danton was away on

mission in Belgium, and the visit of the justice of the peace is made on

the following day, the 12th. Danton returns at once, and the seals are

removed on various occasions, from the 24th of March to the 5th of April,

in the presence of Danton himself, or of his father-in-law, Charpentier.

(_b_) The inventory which accompanied the sealing and unsealing of the

apartments.

(_c_) The raising of the seals which were put upon the house after

Danton’s execution. Interesting chiefly for the astonishing writing and

spelling of the new functionaries.

All the three were obtained by Dr. Robinet from the lawyers who have

succeeded to, or inherited from, the original “Etudes” where the

documents were deposited.

“Cejourd’hui douze février mil sept cent quatre-vingt-treize,

l’an deuxième de la République française, dix heures du matin,

nous, Claude-Louis Thuiller, juge de paix de la section du

Théâtre-Français, dite de Marseille, à Paris, sur ce que

nous avons appris que la citoyenne Antoinette-Gabrielle

Charpentier, épouse du citoyen Georges-Jacques Danton, député

à la Convention Nationale, était décédée le jour d’hier

en son appartement, rue des Cordeliers, cour du Commerce,

dans l’étendue de notre section, et attendu que ledit

citoyen Danton est absent par commission nationale, nous

sommes transporté avec le citoyen Antoine-Marie Berthout,

notre secrétaire-greffier ordinaire, en une maison sise à

Paris, rue des Cordeliers, cour du Commerce, et parvenus à

l’entrée de l’escalier qui conduit à l’appartement dudit

citoyen Danton, nous avons trouvé des prêtres de la paroisse

de Saint-André-des-Arts et le cortège qui accompagnait

l’enlèvement du corps de la d. Charpentier, épouse dudit

citoyen Danton, et étant montés au premier étage au-dessus de

l’entresol et entrés dans l’appartement dudit citoyen, dans un

salon ayant vue sur la rue des Cordeliers, nous y avons trouvé

et par-devant nous est comparue la citoyenne Marie Fougerot,

fille domestique dudit citoyen Danton.—Laquelle nous a dit

que ladite citoyenne Antoinette-Gabrielle Charpentier, épouse

dudit citoyen Danton, est décédée dans la nuit du dimanche

au lundi dernier en l’appartement où nous sommes, par suite

de maladie; que ledit Danton est absent par commission de la

Convention Nationale; que la mère de ladite défunte Charpentier

a envoyé chercher hier son fils encore en bas âge, qu’elle

comparante, le citoyen Jacques Fougerot, son frère qui, depuis

quinze jours, habite la maison où nous sommes, et la citoyenne

Catherine Motin, aussi fille domestique dudit citoyen Danton,

sont les seuls qui restent dans l’appartement dudit Danton;

que les clefs des meubles et effets étant dans l’appartement

où nous sommes ont été prises et emportées par la mère de

ladite défunte Charpentier qui était présente à ses derniers

moments; qu’elle vient d’envoyer chercher lesdites clefs chez

le citoyen Charpentier, qui demeure quai de l’École. Et a signé

M. Fougerot.

“A l’instant est comparu le citoyen François-Jérôme

Charpentier, demeurant à Paris, quai de l’École, nᵒ 3, section

du Louvre.—Lequel nous a représenté un paquet de clefs.”

(_a_) EXTRACTS FROM THE “APPOSITION DES SCELLÉS” BY M. THUILLER, JUSTICE

OF THE PEACE, ON FEBRUARY 12, 1793, AND FROM THE “VACATIONS” BY THE SAME.

“Surquoy nous, Juge de Paix susdit ... avons apposé nos scellés

comme il suit. Premierment dans le dit salon ayant vu sur la

rue des Cordeliers ... dans un petit salon étant en suite ayant

même vue ... dans la chambre à coucher étant en suite et ayant

même vue....

“Le citoyen Charpentier a fait observer des louis que ledit

citoyen Danton avait remis à sa femme pour payer aux mandats

de ceux qui viendraient le rejoindre dans la Belgique.—Des

scellés ... sur une porte d’un cabinet noir qui communique

avec une petite chambre à coucher ... sur la porte d’entrée

dudit cabinet noir ... dans une chambre dernière le salon

ayant vue sur la cour du Commerce... dans un anti-chambre près

de la cuisine ayant vue sur la cour du Commerce.... Dans une

chambre de domestiques à l’entresol.... Dans la petite salle

audessous.... Dans la salle a manger ayant vue sur la cour du

Commerce.... Dans une chambre en suite à toilette.... Dans la

cuisine.... Dans la cave....

“Et le 24 février 1793, l’an deuxième de la République

française, est comparu devant nous le citoyen Georges-Jacques

Danton, député à la Convention ... lequel nous a requis ... de

procéder à la levée des dits scellés ... apposés après le décès

de la dite dame (_the word “citoyenne” is evidently still a

little unfamiliar_) Antoinette Charpentier....

“Ensuite à la réquisition des parties nous nous sommes ...

transportés dans une maison, rue du Pæon, Hotel de Tours ... où

il a été procédé à l’estimation d’un cabriolet, d’un cheval,

d’une jument et harnais.... Le C. Antoine-François Charpentier,

notaire, demeurant rue du l’Arbre-Sec, a comparu ... et le C.

François-Jerome Charpentier, nᵒ. 3 Quai de l’École....”

(_The rest of the document is a long account of the raising of

the seals on various occasions, from March 1 to April 5. It

contains nothing of interest._)

(_b_) SUMMARY OF THE INVENTORY TAKEN IN DANTON’S HOUSE AFTER HIS FIRST

WIFE’S DEATH, _25th February 1793_.

“L’an mil sept cent quatre vingt-treize, le deuxième de la

République française, le vingt-cinq février, huit heures du

matin.

“A la requête de Georges-Jacques Danton, député a la Convention

Rationale, demeurant, etc. ... il va être par lesdits notaires

a Paris soussignés, procédé à l’inventaire de tous les biens,

meubles, &c.... dans les lieux composant l’appartement du

premier étage d’une maison située a Paris, rue des Cordeliers,

passage du Commerce, appartenant au Sieur Boullenois.”

(_Here follow the details of the Inventory, of which I give a

summary in English._)

Livres

_In the Cellar._—Three pieces of Burgundy, 62 bottles

of claret, 92 bottles of Burgundy, a small barrel of

white wine 600

_In the Kitchen._—The usual _batterie de cuisine_ of a

French household, enumerated in detail, and valued at 208

_In the Pantry and Offices of the Kitchen._—A few chairs,

a pair of scales, cups, saucers, and so forth 98

_In a Bedroom adjoining, and giving on the Cour de

Commerce._—The usual furniture; probably a dressing-room.

Here was the watch found on Danton after his execution,

his writing-table, &c.: the whole, including dishes in

the cupboard and a stove 264

_In a larger Bedroom giving on the Rue des

Cordeliers._—After the usual furniture, a small

piano, a guitar, two looking-glasses, and a writing-table 990

_In a little Room opening out of this._—Usual furniture

of a small study or boudoir, furnished in the white

wood of the period 470

_In the Drawing-room._—The furniture, mostly grey and

white, no piece worth any special mention 992

A large cupboard near the chimney contained some summer

clothes put away, and the sword which Danton had worn

in the old Bataillon of the Cordeliers. The whole

valued at 332

_In a little Room looking on an inner court_ (evidently

used as a Library, the list of whose books will be found

on p. 380):—Furniture, chiefly bookcases, to the value of 160

_In a little Lumber-room._—Three empty trunks and a bed 16

_In two little Rooms adjoining._—Furniture (mostly put away) 214

The rest of the inventory mentions the household linen, the

clothes, the plate, and the jewels. The summary is as follows:—

Household linen, in all 734

Clothes, including every item 925

Plate, including several wedding presents, marked with

initials 291

Knives and forks other than plate 20

Jewellery (including two women’s rings, set with brilliants,

and a wedding-ring) 509

This gives us the whole value of the furniture, clothing, &c.,

in the house, and it amounts to a total of just over 9000

livres, that is, about £360. There was £50 in money in the

house, which he had left with his wife before going off to

Belgium.

(_c_) EXTRACTS FROM THE RAISING OF THE SEALS AFTER DANTON’S DEATH.

“L’an trois de la République une et indivisible, cejourd’hui

vingt-cinq messidor, neuf heures de matin, à la requête du

bureau du Domaine national du département de Paris et en

vertu de son arrêté en _datte_ du seize susdit mois, signé

Rennesson et Guillotin, portant nomination de nous Jourdain,

pour en notre qualité de commissaire dudit bureau, à l’effet

de nous transporter, assisté de deux commissaires civils de

la section du Théâtre-Français, et d’un commissaire de toute

autorité constituée qui aurait fait apposer des scellés dans la

demeure de feu Jacques-Georges Danton, condamné à mort le seize

germinal, an deuxième, par le Tribunal Révolutionnaire établi à

Paris, y procéder à la levée d’iceux, et pareillement à celle

de ceux dudit bureau du domaine national en ladite demeure,

sise rue des Cordeliers, nᵒ 24, le tout en présence du citoyen

Charpentier, beau-père dudit feu Danton et tuteur d’Antoine et

François-Georges Danton, enfants mineurs dudit _deffunt_, et de

la citoyenne feue Antoinette-Gabrielle Charpentier, fille dudit

citoyen Charpentier, ayeul et tuteur desdits mineurs; faire

ensuite concurremment avec ledit tuteur, et en présence de la

citoyenne seconde femme en secondes noces dudit Danton, ou de

son fondé de pouvoir, le recollement des meubles et effets

dudit _deffunt_ sur l’inventaire qui en a été précédemment

fait, ensuite mettre le logement cy-dessus désigné, et

pareillement les titres et papiers, meubles et effets qui se

trouveront à la disposition dudit citoyen Charpentier au nom et

qualité qu’il procède, moyennant décharge valable, destituer le

gardien préposé à la garde des scellés, duquel remise lui sera

faite par extrait de ladite destitution.

“Nous, Jean-Baptiste Jourdain cy-dessus _qualiffié_,

demeurant audit Paris, rue de la Liberté, nᵒ 86, section du

Théâtre-Français.

“Étant accompagné des citoyens Beurnier et Leblanc,

commissaires adjoints au comité civil de la susdite section,

requis par nous audit comité civil, sommes ensemble et en vertu

de l’arrêté ci-dessus _datté_, transporté en la demeure sus

_ditte_, rue des Cordeliers, _ditte_ de l’_Écolle_ de Santé,

audit nᵒ 24, entré de la cour du Commerce, où étant nous avons

requis le citoyen Desgranges, gardien, de nous faire ouverture

lors de l’intervention dudit citoyen Charpentier et de la

citoyenne Gély, seconde femme dudit Danton....

“Clos le présent à deux heures de relevée dudit jour,

vingt-cinq messidor, an troisième de la République une et

indivisible, et ont lesdits citoyens Charpentier et Gély,

ainsi que nos adjoints et ledit citoyen Desgranges, signés

le présent avec nous, après lecture, approuvé trente-neuf

mots rayés comme nuls, ainsi signés Gély, Charpentier Le

Blanc, Desgranges, Jourdain et Beurnier. Plus bas est écrit.

Enregistré à Paris, le premier thermidor an 3ᵒ. Reçu quatre

livres. Signé Caron. Deux mots rayés nuls à la présente.

“Pour _coppie_ conforme, délivrée par nous, membres du bureau

du Domaine national du département de Paris.

“A Paris, le sept thermidor an troisième de la Republique une

et indivisible.

Signé RENESSON, DUCHATEL.

“Collationné à l’original, déposé aux archives de Seine-et-Oise.

_L’archiviste_,

SAINTE-MARIE MÉVIL.”

The lack of education in the Robespierrian functionary is worth noting.

VIII

CATALOGUE OF DANTON’S LIBRARY

No part of the very scanty evidence we possess upon Danton’s personal

life and habits is of more value than this little list. It is the small

and carefully chosen bookcase of a man thoroughly conversant with

English and Italian as well as with his own tongue. He buys a work in

the original almost invariably, and collects, in a set of less than two

hundred works, classic after classic. He has read his Johnson and his

Pope; he knows Adam Smith; he has been at the pains to study Blackstone.

It must be carefully noted that every book he bought was his own choice.

There were only a few legal summaries at the old home at Arcis, and

Danton was a man who never had a reputation for learning or for letters,

still less had he cause to buy a single volume for effect. I know of few

documents more touching than this catalogue, coming to the light after

seventy years of silence, and showing us the mind of a man who was cut

off suddenly and passed into calumny. He had read familiarly in their own

tongues Rabelais and Boccaccio and Shakespeare.

_The following volumes are in English_:—

A translation of Plutarch’s Lives 8 vols.

Dryden’s translation of Virgil 4 ”

Shakespeare 8 ”

Pope 6 ”

Sussini’s Letters 1 vol.

The Spectator 12 vols.

Clarissa Harlowe 8 ”

A translation of Don Quixote (probably Smollett’s) 4 vols.

” ” Gil Blas 4 ”

Essay on Punctuation 1 vol.

Johnson’s Dictionary (in folio) 2 vols.

Blackstone 1 vol.

Life of Johnson 2 vols.

Adam Smith’s “Wealth of Nations” (number of vols.

given as 23, probably an error)

Robertson’s History of Scotland 2 ”

” ” America 2 ”

Works of Dr. Johnson 7 ”

_The following are in Italian_:—

(The names are not given in Italian by the lawyer, and I can only follow

his version.)

Venuti: History of Modern Rome 2 vols.

Guischardini: History of Italy 4 ”

Fontanini: Italian Eloquence 3 ”

Denina’s Italian Revolutions 2 ”

Caro’s translation of Virgil 2 ”

Boccaccio’s Decameron 2 ”

Ariosto 5 ”

Boiardi’s edition of the “Orlando Furioso” 4 ”

Métastase (?) 8 ”

Dalina (?) 7 ”

Reichardet (?) 3 ”

Davila: History of the French Civil Wars 2 ”

“Letters on Painting and Sculpture” 5 ”

Il Morgante de Pulci, 12 mo 3 ”

_The remainder (except one or two legal books and classics) are in

French._

Métamorphoses d’Ovide, traduit par Banier, in 4to 4 vols.

Œuvres de Rousseau, 4to 16 ”

Maison Rustique, 4to 2 ”

Lucrèce, traduit par La Grange, 8vo 2 ”

Amours de Daphnis et Chloé, 4to, Paris, 1745

Œuvres de Lucien, traduit du grec, 8vo 6 ”

— de Montesquieu, 8vo 5 ”

— de Montaigne, 8vo 3 ”

— de Malby, 8vo 13 ”

— Complètes d’Helvétius, 8vo 4 ”

Philosophie de la nature, 8vo 7 ”

Histoire Philosophique, de l’Abbé Raynal, 8vo 10 ”

Œuvres de Boulanger, 8vo 5 ”

Caractères de la Bruyère, 8vo 3 ”

Œuvres de Brantôme, 8vo 8 ”

— de Rabelais, 8vo 2 ”

Fables de La Fontaine, avec les figures de Fessard, 8vo 6 ”

Contes de La Fontaine, avec belles figures, 8vo 2 ”

Œuvres de Scarron, 8vo 7 ”

— de Piron, 8vo 7 ”

— de Voltaire, 12mo 91 ”

Lettres de Sévigné, 12mo 8 ”

Œuvres de Corneille, 12 mo 6 ”

— de Racine, 12mo 3 ”

— de Gresset, 12mo 2 ”

— de Molière, 12mo 8 ”

— de Crébillon, 12mo 3 ”

— de Fiévé (sic), 12 mo 5 ”

— de Regnard, 12mo 4 ”

Traité des Délits, 12mo 1 vol.

Le Sceau Enlevé, 12mo 3 vols.

Tableau de la Révolution Française, 13 cahiers

Dictionnaire de Bayle, folio 5 vols.

César de Turpin, 4to 3 ”

Œuvres de Pasquier, folio 2 ”

Histoire de France de Velly, Villaret et Garnier, 12mo 30 ”

Histoire du P. Hénault, 8vo 25 ”

— Ecclésiastique de Fleury, 4to 25 ”

— d’Angleterre de Rapin, 4to 16 ”

Dictionnaire de l’Académie, 4to 2 ”

Corpus Doctorum, 4to 1 vol.

Dictionnaire Historique, 8vo 8 vols.

Abrégé de l’Histoire des Voyages, 8vo 23 ”

Dictionnaire d’Histoire Naturelle de Bomard, 8vo 15 ”

Virgile de Desfontaines, 8vo 4 ”

Œuvres de Buffon, 12mo, figures 58 ”

Hérodote de Larcher, 8vo 7 ”

Œuvres de Démosthenes et d’Eschyle, par Auger, 4to 4 ”

Histoire Ancienne de Rollin, 12mo 14 ”

Cours d’Etudes de Condillac, 12mo 16 ”

Histoire Moderne, 12 mo 30 ”

— du Bas-Empire, 12mo 22 ”

Corpus Juris Civilis, folio 2 ”

Encyclopédie par Ordre de Matières, toutes les

livraisons excepté la dernière (1).

The whole is valued at just over a hundred pounds (2800 livres).

IX

EXTRACTS FROM THE MEMOIR WRITTEN IN 1846 BY THE SONS OF DANTON

This memoir was written by Danton’s sons. Both survived him, the one by

fifty-five, the other by sixty-four years (1849, 1858). Their fortune

was restored to them by the Republic two years after their father’s

death (13th April 1796). Their guardian, Charpentier (their maternal

grandfather), died in 1804; they then were taken in by Danton’s mother,

Mme. Recordain, who was still living at Arcis. She died in October

1813, a year in which the youngest came of age, and they sold out the

greater part of the land in which Danton’s fortune had been invested,

and appear to have put the capital into one of the new factories which

sprang up after the peace. In 1832 we find them partners and heads of a

cotton-spinning establishment at Arcis, which they maintain till their

deaths. They left, unfortunately, no surviving sons.

The manuscript was written for Danton’s nephew, the son of a younger

brother. This nephew became inspector of the University of Paris, and

lent the MSS. to several historians, among others, Michelet and Bougeart.

It finally passed into the possession of the latter, who gave it to Dr.

Robinet. This writer printed it in the appendix of the “Vie Privée,” from

which I take it.

It is not a precise historical document, such as are the official

reports, receipts, &c., upon which much of this book depends. Thus,

it ignores the dowry of Mdlle. Charpentier and the exact date of the

second marriage; it is weak on some points, especially dates, but there

attaches to it the interest due to the very quality from which these

errors proceed—I mean its familiar reminiscences. While the memory of

these men, advanced in life, is at fault in details, it is more likely to

be accurate in the motives and tendencies it describes than are we of a

hundred years later.

“Rien au monde ne nous est plus cher que la mémoire de notre

père. Elle a été, elle est encore tous les jours calomniée,

outragée d’une manière affreuse; aussi notre désir le plus

ardent a-t-il toujours été de voir l’histoire lui rendre

justice.

“Georges-Jacques Danton, notre père, se maria deux fois. Il

épousa d’abord en juin 1787, Antoinette-Gabrielle Charpentier,

qui mourut le 10 février 1793. Dans le cours de cette même

année 1793, nous ne pourrions pas indiquer l’époque precise,

il épousa, en secondes noces, Mademoiselle Sophie Gély, qui

vivait encore il y a deux ans (nous ne savons pas si elle

est morte depuis). Notre père en mourant ne laissa que deux

fils issus de son premier mariage. Nous sommes nés l’un le 18

juin 1790, et l’autre le 2 février 1792; notre père mourut le

5 avril 1794; nous n’avons donc pas pu avoir le bonheur de

recevoir ses enseignements, ses confidences, d’être initiés à

ses pensées à ses projets. Au moment de sa mort tout chez lui

a été saisi, confisqué, et plus tard, aucun de ses papiers, à

l’exception de ses titres de propriété, ne nous a été rendu.

Nous avons été élevés par M. François-Jérôme Charpentier, notre

grand-père maternel et notre tuteur. Il ne parlait jamais

sans attendrissement de Danton, son gendre. M. Charpentier,

qui habitait Paris, y mourut en 1804, à une époque où, sans

doute, il nous trouvait encore trop jeunes pour que nous

puissions bien apprécier ce qu’il aurait pu nous raconter de

la vie politique de notre père, car il s’abstint de nous en

parler. Du reste, il avait environ quatre-vingts ans quand il

mourut; et, dans ses dernières années, son esprit paraissait

beaucoup plus occupé de son avenir dans un autre monde que de

ce qui s’était passé dans celui-ci. Après la mort de notre

grand-père Charpentier, M. Victor Charpentier, son fils, fut

nommé notre tuteur. Il mourut en 1810. Quoiqu’il habitât

Paris, nous revînmes en 1805 à Arcis, pour ne plus le quitter.

La fin de notre enfance et le commencement de notre jeunesse

s’y écoulèrent auprès de la mère de notre père. Elle était

affaiblie par l’âge, les infirmités et les chagrins. C’était

toujours les yeux remplis de larmes qu’elle nous entretenait

de son fils, des innombrables témoignages d’affection qu’il

lui avait donnés, des tendres caresses dont il l’accablait.

Elle fit de fréquents voyages à Paris; il aimait tant à la

voir à ses côtés! Il avait en elle une confiance entière; elle

en était digne, et, s’il eût eu des secrets, elle les eût

connus, et nous les eussions connus par elle. Très souvent

elle nous parlait de la Révolution; mais, en embrasser tout

l’ensemble d’un seul coup d’œil, en apprécier les causes, en

suivre la marche, en juger les hommes et les événements, en

distinguer tous les partis, deviner leur but, démêler les fils

qui les faisaient agir, tout cela n’était pas chose facile,

on conviendra: aussi, quoique la mère de Danton eût beaucoup

d’intelligence et d’esprit, on ne sera pas surpris que, d’après

ses récits, nous n’ayons jamais connu la Révolution que d’une

manière extrêmement confuse...

“Sa mère, d’accord avec tous ceux qui nous ont si souvent parlé

de lui pour l’avoir connu, et que notre position sociale ne

fera, certes, pas suspecter de flatterie, sa mère nous l’a

toujours dépeint comme le plus honnête homme que l’on puisse

rencontrer, comme l’homme le plus aimant, le plus franc, le

plus loyal, le plus désintéressé, le plus généreux, le plus

dévoué à ses parents, à ses amis, à son pays natal et à sa

patrie. Quoi d’étonnant, nous dira-t-on? Dans la bouche d’une

mère, que prouve un pareil éloge? Rien, sinon qu’elle adorait

son fils. On ajoutera: Est-ce que pour juger un homme la

postérité devra s’en rapporter aux déclarations de la mère

et des fils de cet homme? Non, sans doute, elle ne le devra

pas, nous ne convenons. Mais aussi, pour juger ce même homme

devra-t-elle s’en rapporter aux déclarations de ses ennemis?

Elle ne le devra pas davantage. Et pourtant que ferait-elle si,

pour juger Danton, elle ne consultait que les ‘Mémoires’ de

ceux qu’il a toujours combattus?...

“On a reproché à Danton d’avoir exploité la Révolution pour

amasser scandaleusement une fortune énorme. Nous allons prouver

d’une manière incontestable que c’est à très grand tort qu’on

lui a adressé ce reproche. Pour atteindre ce but, nous aliens

comparer l’état de sa fortune au commencement de la Révolution

avec l’état de sa fortune au moment de sa mort.

“Au moment où la Révolution éclata, notre père était avocat aux

conseils du Roi. C’est un fait dont il n’est pas nécessaire de

fournir la preuve: ses ennemis eux-mêmes ne le contestent pas.

Nous ne pouvons pas établir d’un manière précise et certaine

ce qu’il possédait à cette époque, cependant nous disons que,

s’il ne possédait rien autre chose (ce qui n’est pas prouvé)

_il possédait au moins sa charge_, et voici sur ce point notre

raisonnement:—

“(1ᵒ) Quelques notes qui sont en notre possession nous prouvent

que Jacques Danton, notre grand-père, décédé a Arcis, le 24

février 1762, laissa des immeubles sur le finage de Plancy et

sur celui d’Arcis, il est donc présumable que notre père, né

le 26 octobre 1759, et par consequent resté mineur en très bas

âge, a dû posséder un patrimoine quelconque, si modique qu’on

veuille le supposer.”...

[Here follow guesses as to how he paid for his place in the

_Conseils_. They are of no importance now, as we possess

the documents which give us this (p. 365). The only point

of interest in the passage omitted is the phrase, “probably

our mother brought some dowry.” We know its amount (p. 366),

but the sentence is an interesting proof of the complete

dislocation which Germinal produced in the family.]

“Nous allons établir que ce qu’il possédait au moment de sa

mort n’était que l’équivalent à peu près de sa charge d’avocat

aux conseils. Nous n’avons jamais su s’il a été fait des actes

de partage de son patrimoine et de celui de ses femmes, ni, si,

au moment de la confiscation de ses biens, il en a été dressé

inventaire, mais nous savons très-bien et très-exactement ce

que nous avons recueilli de sa succession, et nous allons le

dire, sans rester dans le vague sur aucun point, car c’est ici

que, comme nous l’avons annoncé, nos arguments vont être basés

sur des actes authentiques.

“Nous ferons observer que l’état que nous allons donner

comprend sans distinction ce qui vient de notre père et de

notre mère.

“Une loi de février 1791 ordonna que le prix des charges et

offices supprimés serait remboursé par l’État aux titulaires.

La charge que Danton possédait était de ce nombre. Nous n’avons

jamais su, pas même approximativement, combien elle lui avait

coûté. Il en reçut le remboursement sans doute, car précisément

vers cette époque, il commença à acheter des immeubles dont

voici le detail:—

“Le 24 mars 1791, il achète aux enchères, moyennant

quarante-huit mille deux cents livres, un bien national

provenant du clergé, consistant en une ferme appelée

Nuisement, située sur le finage de Chassericourt, canton de

Chavanges, arrondissement d’Arcis, département de l’Aube, à

sept lieues d’Arcis.... Danton avait acheté cette ferme la

somme de quarante-huit mille deux cents, ci

48,200 liv.

------

A reporter 48,200 liv.

“12 avril 91.—II achète aux enchères du district d’Arcis, par

l’entremise de maître Jacques Jeannet-Boursier....

[Then follows a list of purchases made in the month of April

1791, of which the most important is an extension to the house

at Arcis—the total of these is 33,600 livres; and in October

1791 a few acres of land in the town and a patch of wood for

3160 livres. Then follows the sum total.]

“Total du prix de toutes les acquisitions d’immeubles

faites par Danton en mil sept cent quatre-vingt-onze:

quatre-vingt-quatre mille neuf cent soixante livres, ci

84,960 liv.

“On doit remarquer qu’il est présumable que la plus grande

partie de ces acquisitions a dû être payée en assignats qui,

à cette époque, perdaient déjà de leur valeur et dont, par

conséquent, la valeur nominale était supérieure à leur valeur

réelle en argent, d’où il résulterait que le prix réel en

argent des immeubles ci-dessus indiqués aurait été inférieur à

84,960 livres.

“Depuis cette dernière acquisition du 8 novembre 1791 jusqu’à

sa mort, Danton ne fit plus aucune acquisition importante:—...

[Here then is what Danton left.]

“(1ᵒ) La ferme de Nuisement (vendue par nous le 23 juillet

1813);

“(2ᵒ) Sa modeste et vieille maison d’Arcis, avec sa dépendance,

le tout contenant non plus 9 arpents, 3 denrées, 14 carreaux

(ou bien 4 hectares, 23 ares, 24 centiares) seulement, comme

au 13 avril 1791, époque où il en fit l’acquisition de

Mademoiselle Piot, mais par suite des additions qu’il y avait

faites, 17 arpents, 3 denrées, 52 carreaux (ou bien 786 ares,

23);

“(3ᵒ) 19 arpents, 1 denrées, 41 carreaux (898 ares, 06) de pré

et saussaie;

“(4ᵒ) 8 arpents, 1 denrée, 57 carreaux (369 ares, 96) de bois;

“(5ᵒ) 2 denrées, 40 carreaux (14 ares, 07) de terre située dans

l’enceinte d’Arcis.

“Nous déclarons à qui voudra l’entendre et au besoin nous

déclarons _sous la foi du serment_, que nous n’avons recueilli

de la succession de Georges-Jacques Danton, notre père,

et d’Antoinette-Gabrielle Charpentier, notre mère, rien,

absolument rien autre chose que les immeubles dont nous venons

de donner l’état, que quelques portraits de famille et le buste

en plâtre de notre mère, lesquels, longtemps après la mort de

notre second tuteur, nous furent remis par son épouse, et que

quelques effets mobiliers qui ne méritent pas qu’on en fasse

l’énumeration ni la description, mais que nous n’en avons

recueilli aucune somme d’argent, aucune créance, en un mot rien

de ce qu’on appelle valeurs mobilières, à l’exception pourtant

d’une rente de 100 fr. 5 p. 100 dont MM. Defrance et Détape,

receveurs de rentes à Paris, rue Chabannais, nᵒ 6, ont opéré la

vente pour nous le 18 juin 1825, rente qui avait été achetée

pour nous par l’un de nos tuteurs....

“On pourra nous faire une objection qui mérite une réponse; on

pourra nous dire: Vous n’avez recueilli de la succession de

votre père et de votre mère que les immeubles et les meubles

dont vous venez de faire la déclaration, mais cela ne prouve

pas que la fortune de votre père, au moment de sa mort, ne se

composât que de ces seuls objets; car sa condamnation ayant

entraîné la confiscation de tous ses biens sans exception, la

République a pu en vendre et en a peut-être vendu pour des

sommes considérables. Vous n’avez peut-être recueilli que ce

qu’elle n’a pas vendu.

“Voici notre réponse:—

“Les meubles et les immeubles confisqués à la mort de notre

père dans le département de l’Aube et non vendus, furent remis

en notre possession par un arrêté de l’administration de ce

département, en date du 24 germinal an IV. (13 avril 1796),

arrêté dont nous avons une copie sous les yeux, arrêté pris

en conséquence d’une pétition présentée par notre tuteur,

arrêté basé sur la loi du 14 floréal an III. (3 mai 1795), qui

consacre le principe de la restitution des biens des condamnés

par les tribunaux et les commissions révolutionnaires, basé

sur la loi du 21 prairial an III. (9 juin 1795), qui lève le

séquestre sur ces biens et en règle le mode de restitution;

enfin, arrêté basé sur la loi du 13 thermidor an III. (31

juillet 1795), dont il ne rappelle pas les dispositions.

“L’administration du département de l’Aube, dans la même

délibération, arrête que le produit des meubles et des

immeubles qui ont été vendus et des intérêts qui ont été perçus

depuis le 14 floréal an III. (3 mai 1795), montant à la somme

de douze mille quatre cent cinq livres quatre sous quatre

deniers, sera restitué à notre tuteur, en bons au porteur

admissibles en payement de domaines nationaux _provenant

d’émigrés seulement_. Nous ne savons pas si notre tuteur reçut

ces bons au porteur; s’il les reçut, quel usage il en fit;

nous savons seulement qu’il n’acheta pas de biens d’émigrés.

Il résulte évidemment de cet arrêté de l’administration du

département de l’Aube, que dans ce département le produit des

meubles et immeubles provenant de Danton et vendus au profit de

la République, ne s’est pas élevé au-dessus de 12,405 livres

4 sous 4 deniers. C’était le total de l’état de réclamation

présenté par notre tuteur dans sa pétition, et tout le monde

pensera, comme nous, qu’il n’aura pas manqué de faire valoir

tous nos droits. On peut remarquer que dans cet arrêté il

est dit que ces 12,405 livres sont le montant du produit des

meubles et des immeubles vendus, et des _intérêts_ qui ont été

perçus depuis le 14 floréal an III. (3 mai 1795).... Mais si

d’un côté on doit ajouter 12,405 livres, d’un autre côté on

doit retrancher 16,065 livres qui restaient dues aux personnes

qui ont vendu à notre père les immeubles dont nous avons

hérité....

“Il est donc établi d’abord que dans le département de l’Aube,

le prix des meubles et des immeubles qui ont été vendus n’a pas

pu s’élever au-dessus de 12,405 livres; ensuite que notre père,

au moment de sa mort, devait encore 16,065 livres sur le prix

d’acquisition des immeubles qu’il y possédait....

“Maintenant nous allons citer quelques faits _authentiques_ qui

pourront faire apprécier la bonté de son cœur. Nous avons vu

précédemment que ce fut en mars et en avril 1791 qu’il acheta

la majeure partie, on pourrait même dire la presque totalité

des immeubles qu’il possédait quand il mourut.

“Voici un des sentiments qui agitaient son cœur en mars et en

avril 1791. Il désirait augmenter la modeste aisance de sa

mère, de sa bonne mère qu’il adorait. Veut-on savoir ce qu’il

s’empressa de faire à son entrée en jouissance de ces immeubles

qu’il venait d’acheter? Jetons un regard sur l’acte que nous

tenons dans les mains. Il a été passé le 15 avril 1791 (deux

jours après la vente faite à Danton par Mademoiselle Piot)

par-devant Mᵉ Odin que en a gardé la minute, et Mᵉ Étienne son

collègue, notaires à Troyes. Danton y fait donation entre-vifs,

pure, simple et irrévocable, à sa mère de six cents livres de

rentes annuelles et viagères, payables de six mois en six mois,

dont les premiers six mois payables au 15 octobre 1791. Sur

cette rente de 600 livres, Danton veut qu’en cas de décès de sa

mère, 400 livres soient reversibles sur M. Jean Recordain, son

mari (M. Recordain était un homme fort aisé lorsqu’il épousa

la mère de Danton; il était extrêmement bon, sa bonté allait

même jusqu’à la faiblesse, puisque, par sa complaisance pour de

prétendus amis dont il avait endossé des billets, il perdit une

grande partie de ce qu’il avait apporté en mariage, néanmoins

c’était un si excellent homme, il avait toujours été si bon

pour les enfants de Jacques Danton, qu’ils le regardaient comme

leur véritable père; aussi Danton, son beau-fils, avait-il pour

lui beaucoup d’affection). Le vif désir que ressent Danton de

donner aux donataires des marques certaines de son amitié pour

eux, est la seule cause de cette donation. Cette rente viagère

est à prendre sur la maison et sur ses dépendances, situées à

Arcis, que Danton vient d’acquérir le 13 avril 1791. Tel fut

son premier acte de prise de possession.

“On remarquera que cette propriété, au moment où Mademoiselle

Piot la vendit, était louée par elle à plusieurs locataires qui

lui payaient ensemble la somme de 600 livres annuellement. Si

Danton eût été riche et surtout aussi riche que ses ennemis ont

voulu le faire croire, son grande cœur ne se fût pas contenté

de faire à sa mère une pension si modique. Pour faire cette

donation Danton aurait pu attendre qu’il vint à Arcis; mais

il était si pressé d’obéir au sentiment d’amour filial qu’il

éprouvait que, dès le 17 mars 1791, il avait donné à cet effet

une procuration spéciale à M. Jeannet-Bourcier, qui exécuta son

mandat deux jours après avoir acheté pour Danton la propriété

de Mademoiselle Piot. Aussitôt que la maison était devenue

vacante et disponible, Danton, qui aimait tant être entouré de

sa famille, avait voulu que sa mère et son beau-père vinssent

l’habiter, ainsi que M. Menuel, sa femme et leurs enfants (M.

Menuel avait épousé la sœur aînée de Danton).

“Au 6 août 1792 Danton était a Arcis; on était à la veille d’un

grand événement qu’il prévoyait sans doute. Au milieu des mille

pensées qui doivent alors l’agiter, au milieu de l’inquiétude

que doivent lui causer les périls auxquels il va s’exposer,

quelle idée prédomine, quelle crainte vient l’atteindre? Il

pense à sa mère, il craint de n’avoir pas suffisamment assuré

son mort et sa tranquillité; en voici la preuve dans cet acte

passé le 6 août 1792 par-devant Mᵉ Finot, notaire à Arcis.

Qu’y lit-on? ‘Danton voulant donner à sa mère des preuves des

sentiments de respect et de tendresse qu’il a toujours eus pour

elle, il lui assure, sa vie durant, une habitation convenable

et commode, lui fait donation entre-vifs, pure, simple et

irrévocable, de l’usufruit de telles parts et portions

qu’elle voudra choisir dans la maison et dépendances situées

à Arcis, rue des Ponts, qu’il a aquise de Mademoiselle Piot

de Courcelles, et dans laquelle maison sa mère fait alors sa

demeure, et de l’usufruit de trois denrées de terrain à prendre

dans tel endroit du terrain qu’elle voudra choisir, pour jouir

desdits objets à compter du jour de la donation. Si M. Jean

Recordain survit à sa femme, donation lui est faite par le même

acte de l’usufruit de la moitié des objets qu’aura choisis et

dont aura joui sa femme....

“Voici encore une pièce, peu importante en elle-même à la

vérité, mais qui honore Danton et qui prouve sa bonté: c’est

un pétition en date du 30 thermidor an II. (17 août 1794),

adressée aux citoyens administrateurs du département de Paris,

par Marguerite Hariot (veuve de Jacques Geoffroy, charpentier

à Arcis), qui expose que par acte passé devant Mᵉ Finot,

notaire à Arcis, le 11 décembre 1791, Danton, dont elle était

la nourrice, lui avait assuré et constitué une rente viagère

de cent livres dont elle devait commencer à jouir à partir du

jour du décès de Danton, ajoutant que, de son vivant, il ne

bornerait pas sa générosité à cette somme. Elle demande, en

conséquence, que les administrateurs du département de Paris,

ordonnent que cette rente viagère lui soit payée à compter du

jour du décès et que le principal en soit prélevé sur ses biens

confisqués au profit de la République. Nous ne savons pas ce

qui fut ordonné. Cette brave femme, que notre père ne manquait

jamais d’embrasser avec effusion et à plusieurs reprises

chaque fois qu’il venait à Arcis, ne lui survécut que pendant

peu d’années.

“La recherche que nous avons faite dans les papiers qui nous

sont restés de la succession de notre grand’mère Recordain,

papiers dont nous ne pouvons pas avoir la totalité, ne nous

a fourni que ces trois pièces _authentiques_ qui témoignent

en faveur de la bonté de Danton dans sa vie privée. Quant

aux traditions orales que nous avons pu recueillir, elles

sont en petit nombre et trop peu caractéristiques pour être

rapportées. Nous dirons seulement que Danton aimait beaucoup

la vie champêtre et les plaisirs qu’elle pent procurer. Il ne

venait à Arcis que pour y jouir, au milieu de sa famille et de

ses amis, du repos, du calme et des amusements de la campagne.

Il disait dans son langage sans recherche, à Madame Recordain,

en l’embrassant: ‘Ma bonne mère, quand aurai-je le bonheur de

venir demeurer auprès de vous pour ne plus vous quitter, et

n’ayant plus à penser qu’à planter mes choux?’

“Nous ne savons pas s’il avait des ennemis ici, nous ne lui

en avons jamais connu aucun. On nous a très-souvent parlé de

lui avec éloge; mais nous n’avons jamais entendu prononcer un

mot qui lui fût injurieux, ni même défavorable, pas même quand

nous étions au collège; là pourtant les enfants, incapables de

juger la portée de ce qu’ils disent, n’hésitent pas, dans une

querelle occasionnée par le motif le plus frivole, à s’adresser

les reproches les plus durs et les plus outrageants. Nos

condisciples n’avaient donc jamais entendu attaquer la mémoire

de notre pere, il n’avait donc pas d’ennemis dans son pays.

“Nous croyons ne pas devoir omettre une anecdote qui se

rapporte à sa vie politique. Nous la tenons d’un de nos amis

qui l’a souvent entendu raconter par son père, M. Doulet,

homme très recommandable et très digne de foi, qui, sous

l’Empire, fut longtemps maire de la ville d’Arcis. Danton

était à Arcis dans le mois de novembre 1793. Un jour, tandis

qu’il se promenait dans son jardin avec M. Doulet, arrive vers

eux une troisième personne marchant à grands pas, tenant un

papier à la main (c’était un journal) et qui, aussitôt qu’elle

fut à portée de se faire entendre, s’écrie: Bonne nouvelle!

bonne nouvelle! et elle s’approche.—Quelle nouvelle? dit

Danton.—Tiens, lis! les Girondins sont condamnés et exécutés,

répond la personne qui venait d’arriver.—Et tu appelles cela

une bonne nouvelle, malheureux? s’écrie Danton à son tour,

Danton, dont les yeux s’emplissent aussitôt de larmes. La mort

des Girondins une bonne nouvelle? Misérable!—Sans doute, répond

son interlocuteur; n’était-ce pas des factieux?—Des factieux,

dit Danton. Est-ce que nous ne sommes pas des factieux? Nous

méritons tous la mort autant que les Girondins; nous subirons

tous, les uns après les autres, le même sort qu’eux. Ce fut

ainsi que Danton, le Montagnard, accueillit la personne qui

vint annoncer la mort des Girondins, auxquels tant d’autres, en

sa place, n’eussent pas manqué de garder rancune....

“La France aujourd’hui si belle, si florissante, te placera

alors au rang qui t’appartient parmi ses enfants généreux,

magnanimes, dont les efforts intrépides, inouïs, sont

parvenus à lui ouvrir, au milieu de difficultés et de dangers

innombrables, un chemin à la liberté, à la gloire, au bonheur.

Un jour enfin, Danton, justice complète sera rendue à ta

mémoire! Puissent tes fils avant de descendre dans la tombe,

voir ce beau jour, ce jour tant désiré.”

DANTON.

X

NOTES OF TOPINO-LEBRUN, JUROR OF THE REVOLUTIONARY TRIBUNAL

The interest of these notes is as follows:—They are the only verbatim

account of the trial which we possess. There are of course the official

accounts (especially that of Coffinhal), and upon them is largely based

the account in M. Wallon’s _Tribunal Révolutionnaire_; but these rough

and somewhat disconnected notes, badly spelt and abbreviated, were taken

down without bias, and as the words fell from the accused. Topino-Lebrun,

the painter, was at that time thirty-one years of age, a strong

Montagnard of course; he hesitated to condemn Danton, but was overborne

by his fellows, especially by his friend and master David.

These notes were kept at the archives of the Prefecture of Police until

the year of the war. In 1867 M. Labat made copies, and gave one to Dr.

Robinet, and one to M. Clarétie. Each of these writers has used them in

their works on the Dantonites. The original document was burnt when, in

May 1871, the Commune attempted to destroy the building in which they

were preserved.

There are given below only those portions which directly refer to Danton

and his friends.

_Au président, qui lui demande ses nom, prénoms, âge et

domicile_, il répond: Georges-Jacques Danton, 34 ans, né a

Arcis-sur-Aube, département de l’Aube, avocat, député à la

Convention. Bientôt ma demeure dans le néant et mon nom au

Panthéon de l’histoire, quoi qu’on en puisse dire; ce qui est

très sûr et ce qui m’importe peu. Le peuple respectera ma tête,

oui, ma tête guillotinée!

SEANCE DE 14 GERMINAL (13 AVRIL).

[Westermann having asked to be examined, the judge said it was “une forme

inutile.”]

_Danton._ Nous sommes cependant ici pour la forme.

_Vest. insiste._ Un juge vas (_sic_) l’interroger.

_Danton dit_: Pourvu qu’on nous donne la parole et largement,

je suis sûr de confondre mes accusateurs; et si le peuple

français est ce qu’il doit être, je serai obligé de demander

leur grâce.

_Camille._ Ah! nous aurons la parole, c’est tout ce que nous

demandons (grande et sincère gaieté de tous les députés

accusés).

_Danton._ C’est Barrère qui est patriote à present,

n’est-ce-pas? (Aux jurés)—C’est moi qui ai fait instituer le

tribunal, ainsi je dois m’y connaître.

_Vest._ Je demanderai à me mettre tout nu devant le peuple,

pour qu’on me voye. J’ai reçu sept blessures, toutes par

devant; je n’en ai reçu qu’une par derrière: mon acte

d’accusation.

_Danton._ Nous respecterons le tribunal, parceque, &c....

Danton montre Cambon et dit: Nous crois-tu conspirateurs? Voyez

il rit; il ne le croit pas. Écrivez qu’il a rit....

_Danton._ Moi vendu? un homme de ma trempe est impayable! La

preuve? Me taisais je lorsque j’ai défendu Marat; lorsque j’ai

été décrété deux fois sous Mirabeau; lorsque j’ai lutté contre

La Fayette?—Mon affiche, pour insurger, aux 5 et 6 octobre!

Que l’accusateur (Fouquier-Tinville) qui m’accuse d’après la

Convention, administre la preuve, les semi-preuves, les indices

de ma vénalité! J’ai trop servi; la vie m’est à charges. _Je

demande des commissionaires de la Convention pour recevoir ma

dénonciation sur le système de dictature._

J’ai été nommé administrateur par un liste triple, le dernier,

par de bons citoyens en petit nombre [that is, substitute in

December 1790].

Je forçai Mirabeau, aux Jacobins, de rester à son poste; je

l’ai combattu, lui qui voulait s’en retourner à Marseille.

Où es ce patriote, qu’il vienne, je demande a être confondu,

qu’il paraisse, j’ai empêché le voyage de Saint-Cloud, j’ai été

décrété de prise de corps pour le Champ de Mars.

J’offre de prouver le contraire [that is, the contrary of St.

Just’s statement that he was unmolested when he fled to Arcis]

et lisez la feuille de l’orateur: Des assassins furent envoyés

pour m’assassiner à Arcis, l’une a été arrêté.—Un huissier

vint pour mettre le décret à execution, je fuyais done, et le

peuple voulut en faire justice.—J’etais à la maison de mon

beau-père; on l’investit, on maltraita mon beau-frère pour moi,

je me sauvais (_sic_) à Londres, je suis revenu lorsque Garran

fut nommé. On offirit à Legendre 50,000 écus pour m’égorger.

Lorsque les Lameth ... devenu partisans de la cour, Danton

les combattit aux Jacobins, devant le peuple, et demanda la

République.

Sous la législature je dis: la preuve que c’est la cour qui

veut la guerre c’est qu’elle a [a word illegible] l’initiative

et la sanction. Que les patriotes se rallient et alors si nous

ne pouvons vous vaincre nous triompherons de l’Europe (?).

—Billaud-Varennes ne me pardonne pas d’avoir été mon

secrétaire. Quelle proposition avez-vous faite contre les

Brissotins?—La loi de Publicola! Je portai le cartel à Louvet,

qui refusa. Je manquai d’être assassiné à la Commune.—J’ai

dit a Brissot, en plein, Conseil, tu porteras la tête sur

l’echafaud, et je l’ai rappelé ici à Lebrun.

—J’avai préparé le 10 août et je fus à Arcis, parce que Danton

est bon fils, passer trois jours, faire mes adieux à ma mere et

régler mes affaires il y a des témoins.—On m’a revu solidement,

je ne me suis point couché. J’étais aux Cordeliers, quoique

substitut de la Commune. Je dis au ministre Clavières, que

venait de la part de la Commune, que nous allions sonner

l’insurrection. Après avoir réglé toutes les opérations et le

moment de l’attaque, je me mis sur le lit comme un soldat,

avec ordre de m’avertir. Je sortis à une heure et je fus à la

Commune devenue revolutionnaire. Je fis l’arrêt de mort contre

Mandat, qui avait l’ordre de tirer sur le peuple. On mit le

maire en arrestation et j’y restais (_sic_) suivant l’avis des

patriotes. Mon discours à l’Assemblée législative.

—Je faisais la guerre au Conseil; je n’avais que ma voix,

quoique j’eusse de l’influence.

—Mon parent, qui m’accompagna en Angleterre [Mergez, a

volunteer in 1792, and later a general of Napoleon’s] avait dix

huit ans.

—Je crois encore Fabre bon citoyen.

—J’atteste que je n’ai point donné ma voix à d’Orléans, qu’on

prouve que je l’ai fait nommer.

—J’eûs 400 mille f. sur les 2 millions pour faire la rev., 200

mille livres pour choses secrêtes. J’ai dépensé devant Marat

et Robespierre pour tous les commissaires des departements.

Calomines de Brissot. J’ai donne 6000 a Billaud pour aller à

l’armée. Les autres 200 mille, j’ai donné ma comptabilité de

130 mille et le reste je l’ai remis.

... Fabre la disponibilité de payer les commissaires, parce que

Billaud-Varenne avait de refusé (_sic_).

Il n’est pas à ma connaissance que Fabre prêcha la fédéralisme.

—J’embrasserais mon ennemi pour la patrie, à laquelle je

donnerais mon corps à dévorer.

Je nie et prouve le contraire. Ce fut Marat qui m’envoya un

porte feuille et les pièces, et j’avais fait arrêter Duport. Se

a été jugé à Melun, d’après une loi. Liu et Lameth out voulu me

faire assassiner. Ministre de la Justice, j’ai fait executer la

loi. Pour mon fait, je n’avais pas de preuves judiciaires.

—La guerre feinte n’est que depuis quinze jours, et le

Brissotins m’ont pardieu bien attaqué. Lisez le _Moniteur_.

Barbaroux a fait demander par le bataillon de Marseille ma

tête et celles de Marat et de Robespierre. Marat avait son

caractère volcanisé, celui de Robespierre tenace et ferme, et

moi, je servais à ma manière.—Je n’ai vu qu’une fois Dumourier,

qui me tâta pour le ministre: je repondis que je ne le serais

qu’on bruit de canon. Il m’ecrivit ensuite.—Placé là, Kelerman

(_sic_) voulait passer la Marne et Dumourier ne le voulait pas;

embarrassé et mon dictateur, je soutins le plan de Dumourier,

qui reussit.—Craignant la jalousie de deux généraux, j’envoyai

Fabre, etc.... avait vu Vesterman, au 10, le sabre à la main.

—Je talonnai Servan et Laenée; je n’ai connu de plan militaire

que celui de Dumourier et de Kelerman, et Billaud fut nommé

par moi pour surveiller Dumourier; il eu a rendu compte

à la législature et aux Jacobin. Ordre d’examiner ce que

c’etait... cette retraite (_sic_). La Convention a envoyé trois

commissaires.

—Moi, ministre, j’embrassais la masse et les détails de la

Justice.

—Billaud m’a dit qu’il ne savait pas si Dumourier était un

traître; d’ailleurs c’était une surabondance de patriotisme.

—Sur, la Belgique, répète son dire aux Jacobins.

—Le piège des Brissots était de faire croire que nous

desorganisions les armées.

—On me refuse des temoins, allons je ne me défends plus!

—Je vous fais d’ailleurs mille excuses de ce qu’il y a de trop

chaud, c’est mon caractère.

—Le peuple dechirera par morceaux mes ennemis avant trois mois.

SÉANCE DU 15 GERMINAL (4 AVRIL).

_Hérault._ Sur le petit Capet, nie le fait.—Il fut nommé pour

la partie diplomatique avec Barrère. Déclare que jamais il ne

s’est mêlé de negociations. Nie avoir jamais fait imprimer

aucune chose en diplomatie. Deforgues envoya Dubuisson.

_Hérault._ Je ne conçois rien à ce galimathias. Je me suis

opposé a l’envoi de Salavie. C’est un moyen employé par nos

ennemis. Envoyé dans le Bas-Rhin par le Comité, je travaillè

(_sic_) avec Berthelemy (_sic_) à la neutralité de la Suisse

et j’ai sauvé à la Republique un armée de soixante-mille

hommes.—Jamais je n’ai communiqué a Proly rien en politique,

il n’y en avait pas. Au surplus, il fallait me confronter

avec Proly.—J’ai été trompé comme j’a jaie st fois [J. Jay

St. Foix] comme la Convention, comme jam bon [this does not

mean _ham_, but Jean-Bon St. André], qui le voulait emmener

secretaire, comme Colot. Comme Marat, Proly a été porté en

triomphe. La Convention, par un decret solemnel, a reçu mes

explications. Anacharsis me dit vient (_sic_) dîner avec moi,

dîner avec Dufourni, etc.... J’ai laissé la veuve Chemineau,

etc. L’huillier! c’est à l’instigation de Clootz.

J’ai connu l’abbé guillotiné en troie [that is, in Troyes]

(_sic_), dans mon exil il était chanoine et non refractaire.

C’est donc un plaisanterie. Il n’etait pas soumis au serment,

il m’avait assisté dans mon exil.

Au 14 juillet, à la Bastille, j’ai eu deux hommes tués à

mes côtés. Maltraité par mes parents, j’ai voyage, j’ai été

incarcéré trois semaines en Sardaigne et je suis revenu.

_Camille._ Lors de sa dispute avec Saint-Just, celui-ce lui

dit qu’il le ferait périr,—j’ai denoncé Dumourier avant Marat;

d’Orleans, le premier, j’ai ouvert la Revolution et ma mort va

la fermer.—Marat s’est trompé sur Proly. Quel est l’homme qui

n’a pas eu son Dilon? Depuis le nᵒ 4 [that is, of the _Vieux

Cordelier_] je n’ai écris (_sic_) que pour me rétracter. J’ai

attaché le grelot à toutes les factions. On m’a encouragé!

écrit (_sic_) etc. demasque la faction Hébert, il est bon que

quelqu’un le fasse.

_Lacroix._ Sur la déclaration de Miajenski, rappelle qu’il l’a

confondu, que la Convention a été satisfaite, et qu’il n’a

pas été accusé pour cela. Il dit: je fus envoyé a Liége pour

connaître des reproches faits à la Tresorerie, et vice-versà.

Nous étions trois. Jamais je n’ai vu Dumourier en présence

de Dumourier (au lieu de Miacrinski?). J’ai dit a Miajenski,

sa legion manquant de tout, que je appuyerais devant mes

collègues, mais qu’il etait étonnant que sur le pays ennemi

ou ne décrétât pas que les troupes étrangerès fussent payées.

Je n’ai ni bu, ni mangé avec Dumourier. Vu pendant six à sept

jours toujours ensemble. Danton, Gossuin et moi nous avions

visité toutes les caisses de la Belgique pour examiner les

faits.—Dumourier ne voulait point prêter les mains au decrêt,

je me levai et lui déclarai que s’il ne signait pas à l’heure,

nous le ferions garrotter, etc. Il signa l’ordre à Ronsin.—La

seconde fois nous nous rendîmes à Bruxelles, Dumourier était

en Hollande.—Tous mes collègues ont attesté que je preposai de

me laisser aller auprès de Dumourier l’observer et le tuer mes

collègues ne furent pas de cet avis.

.. 1900 et 600 livres de linge acheté par Brune en présence

des collègues, pour la table. Il etait à bon marché. Il dut

être chargé sur les voitures que ramenaient en France les

restitutions des effets pillés par les généraux, c’était

contenu dans une malle à mon addresse. Je l’ai declaré alors

au comité de Salut. Alors je l’ai réclamée. Ne confondez pas

la première voiture d’argenterie qui fut pillé, elle etait

expédiée par tous nos collègues.

_Danton._ J’avais défié publiquement d’entrer en explication

sur l’imputation des 400,000. Il résulte du procès-verbal qu’il

n’y a à moi que mes chiffons et un corset molleton. _Le bas_,

sommé, m’a donné communication.

Appelé aux Jacobins par mes collègues, je déclarais (_sic_)

que le renouvellement était contre-revolutionnaire: ce

que portait (_sic_) les pouvoirs des envoyés des sociétés

populaires.—Billaud-Varennes m’appuya et je fus chargé de faire

la proposition le 11 à la Convention.—Hébert, le lendemain, me

dénonça dans sa feuille; et voilà le principe de la calomnie.

Je fus indigné, au 31 mai, de voir un officier qui disait:

il n’y a ni Marais, ni Montagne; qui distribuait de l’argent

au bataillon de Courbevoie; je ... témoin Panis, Legendre,

Robespierre, Pache, Robert-Lindet. Alors je montais (_sic_) à

la tribune, etc. ... que nous n’etions pas libres. Au Comité,

devant Pache, le 2 juin, j’ai improuvé la mesure maladroite de

Hauriot. Nous l’avions prévenu qu’en rentrant nous décréterions

les 32, mais que ce n’était pas assez pour la chose publique,

qu’il fallait purger la Convention, et a proposé 500,000 livres

pour l’armée de Paris que avait sauvé la patrie. Barère s’y

opposa. C’est Barère qui a proposé le décret d’accusation

contre Hauriot; c’est moi qui ai défendu Hauriot contre cela.

Qu’on entende les témoins, la Convention a été trompée.

—J’ai appelé l’insurrection en demandant cinquante

revolutionnaires comme moi. La Convention m’appuya, l’avais dit

trois mois avant, il n’y a plus de paix avec les Girondins,

ai-je la face Hypocrite?

Hanriot crut que j’etais opposé à l’insurrection et alors je

lui dis: vas toujours ton train, n’aie pas peur, nous voulons

constater que l’Assemblée est libre.

—Je n’ai jamais bu ni mangé avec Mirande, et je proposai à mes

collègues de l’arrêter, il s’y opposerent.

Je pris la main à Hanriot et lui dis: tiens bon.

_Hérault._ C’est moi qui ai découvert l’ordre signé au crayon

par Hauriot pour laisser passer la Convention, ainsi, etc.

_Philippeaux._ Arrivé de mon dépt j’ignorais les intrigues, je

fus trompé par Roland. Je me suis rétracté à temps.—Lorsque je

m’aperçus du piége tendu dans l’appel au peuple, je montai à la

tribune et j’abjurai et votai de suite comme la Montagne. J’ai

voté pour Marat (c’est faux, il n’a voté ni pour ni contre).

Le Comité ne répondant point à mes lettres, je suis venu

ici. Le Comité ne m’a point entendu. Alors, pour remplir mon

devoir, j’ai écrit à la Convention, et l’événement, sur Hébert,

a prouvé, etc. On a fait contre moi des adresses contre moi

(_sic_) etc. On a envoyé de chez moi trois commissaires pour

connaître les faits et Levasseur les a fait arrêter.

_Vesterman._ Lorsque Dumouriez etait en Belgique j’etais au

Hollande. Abandonné entre les ennemis, vivant de pillage, je

suis arrivé à Envers (_sic_) avec ma legion. Le regiment de

cavalrie fut attaqué. Je repoussai l’ennemi.

Accusé de venir deux et trois fois apporter les dépêches de

Dumourier à Gensonné.

L’armée manquait de souliers, je fus envoyé par Dumourier au

Conseil, et je les rapportai à l’armée.

Dumourier lui montra la lettre de roi de Prusse pour son

secretaire, qu’il avait renvoyé, je courus après lui et

l’arrêtai de mon pouvoir. Le second voyage pour porter le pli

des articles arrêté (_sic_) entre les généraux.

Il a encore été envoyé en otage à Mons, lors de

l’evacuation.—Troisième voyage pour amener Malus et

d’Espagnac, et porta un pacquet (_sic_) au président du comité

diplomatique.—J’ai denoncé au (_sic_) Jacobins, au Comité le

fils naturel de Proly, et on me rit au nez. Il engagea au

déjeuné (_sic_) pour rétablien Dumourier aux Jacobins. Pourquoi

ne m’a-t-on pas appelé lors de la déposition de Miajenski?

J’etais ici, mandé à la barre. Dumourier m’a toujours éloigné

de lui. A protesté sur la capitulation d’Anvers. Sur le fait de

Lille.

Avant d’arriver à Menhem Proly me denonca. Ici, on me mis

(_sic_) hors de la loi et un officier prussien me montra la

feuille de la Convention et m’engagea à rester, qu’on me

payerait, et chercha à m’effrayer en disant que les autres

généraux avaient été massacrés. Voir au comité militaire. Je

fus à Lille avec ma troupe. Je trouvai Mouton et vint (_sic_)

prendre son ordre pour venir à la barre.—J’ai prêté serment

avant, à Douai. Le décret du 4 mai dit qu’il n’y avait lieu à

m’accuser. J’étais dénoncé aur comités, je ne connais point

Talma.

_Danton._ C’est Barère qui est patriote à present et Danton

aristocrate. La France ne croira pas cela longtemps.

_Danton, dans la chambre des accusés._—Moi conspirateur? Mon

nom est accoté de toutes les institutions révolutionnaires:

levée, armée rév., comité rév., comité de salut public,

tribunal révolutionnaire, C’est moi qui me suis donné la mort,

enfin, et je suis un modéré!

[Topino-Lebrun left no notes of the following day, the 16 Germinal.]

XI

REPORT OF THE FIRST COMMITTEE OF PUBLIC SAFETY

TREATING OF THE GENERAL CONDITION OF THE REPUBLIC, AND READ BY BARRÈRE TO

THE CONVENTION ON WEDNESDAY, MAY 29, 1793

This report is the most important appendix not only to this book, but to

any description of the two days that expelled the Girondins. It is here

published for the first time, and, though of some length, will well repay

the reading for any student of the Revolution.

I have dwelt sufficiently on its importance in the text, and I can

dismiss it here with a short introduction.

It is the first great result of the Committee which Danton had helped

to create, and of which he was the soul. It is the first step taken by

this new organ of government towards that dictatorship to exercise which

it had been called into existence. The enormous amount of detailed work

necessary to produce it shows us the number of agents which the Committee

must have possessed, and their activity, as well as the industry of the

members themselves, for it had been at work but eight weeks.

Danton undoubtedly inspired the tone and direction of the report, but the

somewhat florid style is Barrère’s own. Dr. Robinet thinks, however, that

the last pages, from the section on Public Instruction onwards, are in

Danton’s manner, and M. Boruard would even put it at the section on the

Colonies, two pages earlier. Even if this is the case, some sentences at

least were put in by Barrère, for they betray his inimitable verbiage, to

which Danton was a stranger.

Of the important part the report played in the complicated history of

the week May 26-June 3, 1793, enough has been said in the text; it is

only necessary to add here that no speech or memoir contains such an

indictment of the Girondin misgovernment as is given indirectly by this

list of ascertained facts in the condition of France.

The reading of the report is mentioned in the _Moniteur_ of May 31, but,

contrary to their custom, they did not print it on account of its great

length. It seems to have been read in the afternoon from about two to

four, just before Cambon’s motion was put to the vote. I give the more

important passages, about half the full length of the document.

CONVENTION NATIONALE

RAPPORT GÉNÉRAL

SUR

L’ÉTAT DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

_Fait, au nom du Comité de Salut Public, dans la seance du

mercredi 29 mai, l’an second de la République_:

_Par Barrère_,

_Député du département des Hautes-Pyrénées_

_Imprimé par ordre de la Convention Nationale_

CITOYENS,—Chargés par les représentans du peuple de leur parler

aujourd’hui des grands intérêts qui les rassemblent, et des

moyens que nous avons employés depuis deux mois pour le salut

de la patrie en péril; nous réclamons d’abord de votre justice

de remonter par la pensée, à l’èpoque de notre nomination, et

de vous rappeler en quel état se trouvaient alors la République

et toute les parties d’administration nationale.

Quoiqu’accablés par la tâche périlleuse et grande que vous nous

avez imposée, nous avons dû obéir. Votre confiance, notre zèle

et l’amour de notre pays ont dû nous tenir lieu de facultés.

Au-dehors se présentait une guerre terrible à soutenir sur des

frontières d’une étendue immense et sur des côtes indéfendues.

Audedans, se propageaient des dissensions civiles, portant

avec elles les deux caractères les plus funestes, le fanatisme

royal et religieux, secouru par des perfidies multipliées dans

l’intérieur, et par des intelligences combinées audehors.

What follows is a general indictment of the results of Girondin rule,

with special and particular attacks on the Ministry of War and on their

fear of responsibility.

On voyait dans toutes nos armées des besoins impérieux et

sans cesse renaissans; des secours nuls ou tardifs; des

approvisionnemens insuffisans ou de mauvaise qualité et des

administrations dévorantes, dont quelques-unes, n’ont d’autre

but réel que d’agrandir la fortune de beaucoup d’agioteurs

et de quelques capitalistes. Dans nos ports des travaux

ralentis et une inertie coupable; partout des trahisons

ourdies et des coalitions préparées; des états-majors à

refaire ou à épurer; des armées à organiser ou à improviser;

des fonctionnaires civils et militaires à surveiller ou à

remplacer; des forces à créer sur tous les points menacés par

les troubles; des armes à fabriquer; des canons à fondre;

la marine à créer; l’esprit public à remonter avec énergie;

l’anarchie à attaquer; la discipline à rétablir; des mouvemens

contra-révolutionnaires à comprimer et un cahos d’intérêts, de

plaintes, de passions, d’abus, de prétentions et de préjugés

à débrouiller, au milieu d’une correspondance journalière et

centuplée par ces circonstances actuelles. Quel vast génie

ou quel courage inépuisable il eût fallu pour répondre tout

à coup à des circonstances aussi extraordinaires ou pour

dominer des évènemens aussi imprévus? Nous avons borné notre

tâche à parcourir d’abord toutes les parties du gouvernement

provisoire, et à nous frayer ensuite une route au milieu de cet

assemblage énorme de forces et de résistances, de bons et de

mauvais principes.

Le premier obstacle qui s’est présenté à nous, est venu du

changement dans le ministère de la guerre, que avait précédé

notre établissement.

Le second obstacle était dans le ministère de la marine

négligé, anéanti même, par un série de ministries royaux,

et dont nous avons été forcés de faire changer le chef et

plusieurs adjoints.

Là s’est rompue, pour nous, la chaîne des opérations de ces

deux départemens, les plus importans dans un temps de guerre

de terre et de mer; et nous nous sommes vus privés, tout à

coup, de toutes les ressources de l’expérience. Nous n’avons pu

recueillir, dans l’agglomération des affaires de cette partie

de l’administration publique, que des états inexacts ou des

lumières incertaines.

Un aperçu des délibérations du conseil exécutif nous a montré,

d’un côté, des travaux incohérens qui n’ont pu avoir aucune

espèce de succès à cause des évènemens qui les dominaient;

de l’autre, des négligences funestes et des fautes graves

que les évènemens suivants ont mieux fait sentir. Depuis

les bouches de l’Escaut, ouvertes par un usurpation de la

puissance souveraine, jusqu’aux extrémités de la Méditerranée,

qui ont été le théâtre de nos revers, et de la versatilité

ministérielle, nous n’avons vu ni cette suite d’opérations

qui assurent les succès, ne cette prévoyance des mesures qui

diminuent les revers. Point d’ensemble, point de conceptions

vastes, point de vues hardies, point de plan arrêté, point

d’énergie, et partout la terreur de la responsabilité, marchant

en avant du ministère, tandis qu’il s’agit de marcher fièrement

à la liberté, sans regarder en arrière.

Au mois d’octobre, la résistance à l’ennemi avait donné des

conceptions et des forces au conseil exécutif.

Les succès du mois de novembre ont amolli le conseil. Jemmappes

a été pour les ministres (_sic_) la Capoue qui a détruit son

énergie et atténué ses travaux.

Le département de l’intérieur, machine trop lourde, trop

compliquée pour un homme, quand il serait plein de talens

et de moyens d’exécution, avait refroidi pendant longtemps

l’esprit public et engourdi les corps administratifs. Il

était impossible que la main d’un seul homme pût remuer cette

machine énorme surchargée de details, d’une administration

immense, d’opérations mercantiles dont le succès est douteux,

dont le résultat exige de grands sacrifices, et dont le secret

appelle la défiance. La seule ressource que ce ministère

disproportionné pouvait trouver, était dans les administrateurs

départementaires, dont la plupart, insoucians sur les travaux

qui leur sont confiés, négligent de correspondre, ou dont la

conduite exagérée et sans mesure leur faisait méconnaître toute

subordination.

Le département de la guerre, dans lequel chaque ministre a

porté ses préjugés et ses assertions, ses routines et ses

haînes; le ministère de la guerre désorganisé sans cesse par la

fréquente mutation de ses agens et par la diversité de leurs

principes ou de leurs opinions, présentait et présent encore un

chaos inextricable, des abus sans nombre, et une impuissance

réelle dans tout homme que ne serait pas né très actif dans

la manière d’ordonner et entreprenant sur tous les moyens de

défense.

In what follows note the hand of Danton, almost his phraseology in the

second paragraph.

Le ministère des affaires étrangères, couvert d’obscurités

politiques, ne pouvant avoir au milieu des défiances produites

par la révolution et des mouvemens irréguliers de la guerre,

ni fixité dans les opérations, ni vues suivies, ni projets

déterminés, ni secrets dans les plans, a saisi seulement le

fil de quelques affaires importantes, et redonne maintenant

de l’activité aux moyens nombreux dont l’intérêt de plusieurs

gouvernemens prépare le succès.

C’est de l’audace dans les conceptions politiques, c’est de

l’ensemble dans les mesures, c’est de la promptitude dans les

moyens d’exécution, que dépend la diplomatie nouvelle d’un

peuple qui naît à la liberté.

Again, a direct attack on the Girondins, especially in the characteristic

phrase, “the paralysis of honesty.”

Le ministère de la marine enrayé longtemps dans les opérations

par une probité paralytique, et par des sous-ordres

inexpérimentés ou suspects, n’ayant donné ni protection au

commerce, ni défense pour nos côtes, ni moyens au succès de

la course, ni activité aux grands armemens dans nos ports, ni

approvisionnemens suivis pour les flottes, reprend sous un

ministre nouveau son activité, nous promet une défense et une

marine....

Here again is a half-concession to the Girondins, which was part of the

policy I have spoken of in the text.

Le conseil exécutif en sent lui-même la nécessité: et nous lui

devons la justice de dire, que ne se dissimulant pas cette

caducité politique, amenée par les circonstances, par des

dénonciations multipliées, et par la presqu’impossibilité de

tenir régulièrement le gouvernail au milieu de la tempête;

le conseil exécutif désire et sollicite le renouvellement du

ministère....

DE L’ETAT MILITAIRE.

Pressés entre la nécessité de pourvoir sans délai aux besoins

des armées, et l’impossibilité d’approfondir en si peu de temps

des plans généraux, nous avons recherché d’abord des armes....

Des arrêtés du comité ont ordonné l’envoi des commissaires pour

dénombrer subitement les armes et les canons qui se trouvaient

dans les fabriques et les manufactures nationales, et pour les

faire transporter aux armées et dans les départemens les plus

dénués de ce genre de secours. Saint-Etienne, Ruel, Mont-Cénis,

Indret, Toulouse, Lyon, Charleville, Sedan, Maubeuge, ont reçu

des ordres pressants sur cet objet....

Divers arrêtés ont ordonné le transport de vieilles armes qui

se trouvent dans diverses fabriques ou arsenaux, pour les faire

raccommoder dans les diverses villes dont la population offrait

des ouvriers, et surtout dans les départemens limitrophes des

pays révoltés....

Les ministres et les assemblées nationales ont mis trop peu

d’importance à la manufacture de Saint-Etienne, depuis le

commencement de la révolution.

Les ouvriers brûlaient du désir de travailler pour la

république, mais le prix de l’arme ayant toujours été fixé

au-dessous des déboursés du fabricant, ils ont travaillé pour

les corps administratifs, dont la concurrence a augmenté la

valeur. Le fer et le salarie de l’ouvrier sont augmentés de

prix.

Des commissaires du pouvoir exécutif viennent de requérir tous

les fabricans de porter à la commission de verification, toutes

les armes qui sont en leur pouvoir, pour être expédies pour

Bayonne, Perpignan, et Tours. Les livraisons se font chaque

jour.

Les commissaires s’occupent de redonner la plus grande activité

à la manufacture d’armes de Saint-Etienne, qui secondée par

le patriotisme des ouvriers et de la municipalité, portera la

fabrication à quatre ou cinq cents fusils ou pistolets par jour.

Il y a à Tulle un grand nombre d’armes à réparer, le comité

en a fait distribuer à plusieurs départemens méridionaux; le

ministre de la marine donne de l’activité à la manufacture de

Tulle, pour armer nos marins. Dans ce moment, le commissaire

Bouillet, envoyé par le conseil exécutif, est a Tulle, pour

accélérer la fabrication des armes nécessaires à la marine, et

pour connaître l’état des vieilles armes qu’on a entassés dans

ce dépôt....

The following passages indicate the motives of what was to be the Terror,

a system based, of course, upon the necessity for commissariat.

VIVRES.

Les vivres sont aussi nécessaires que les armes; on se plaint

dans quelques armées organisées trop lentement, ou improvisées

trop à la hâte, pour que tout ce qui leur était nécessaire

fût préparé, et ces plaintes sont justes; nous accélérons

l’approvisionnement des armées, autant qu’il est en nous,

par le ministre et les administrations qui en dépendent. La

latitude des pouvoirs donnés à vos comités, peut suppléer la

faiblesse du ministère de la guerre l’insuffisance de ses

agens, et la malveillance ou la torpeur de ses régies. Il est

cependant des obstacles éprouvés par les régisseurs et par

leurs agens, à cause des craintes propagées sur le manque de

subsistances, et le comité s’est occupé de faire cesser ces

obstacles.

L’administration chargée de l’approvisionnement des places de

guerre a présenté au comité des états de situation rassurante

sur l’approvisionnement des places les plus menacées: il lui a

montré les dispositions générales prises pour les fournitures

de subsistances dans toutes les divisions. Il en résulte que

les évènemens imprévus de la Belgique, en ramenant subitement

l’ennemi sur nos frontières, ont contrarié des calculs et

nous ont privé des approvisionnements faits d’après un autre

système; mais le comité presse les directeurs de pourvoir

aux approvisionnements, et avertit sans cesse le ministre

des autres besoins des armées, à mesure que ces besoins se

démontrent ou que les plaintes nous parviennent. Un changement

dans cette administration, dont vous nous avez renvoyé

l’examen, mérite toute notre sollicitude, et se trouve être la

suite inévitable des changements perpétuels dans le ministère

de la guerre; changement qui entraîne celui de ses principes et

de ses moyens.[165]

Le partie de l’habillement et de l’équipement, qui a coûté tant

de trésors à la nation, a été mal fournie, mal administrée, et

pillée dans la Belgique avec autant d’impudeur que de trahison.

Les fournisseurs, plus avares que patriotes, ont distribué à

toutes les armées des étoffes de mauvaise qualité. Un force de

prodigalité nationale payait les habits à l’avarice agioteuse

qui les fournissait, et le soldat, au milieu des fatigues et

des perils de la guerre, était sans habits ou en portait qui

n’étaient pas de long usage.

Ces jours derniers il a défilé devant vous un détachement de

braves soldats du régiment ci-devant Conti, qui allait vers les

départemens révoltés. On n’aurait pas présenté au plus petit

prince d’Allemagne, ou au plus pauvre de l’Italie, des troupes

aussi mal vêtues; elles ont paru devant les représentans

d’une nation qui dépense pour la guerre, chaque mois, plus de

millions que plusieurs rois de l’Europe n’ont de revenu dans un

an....

L’armée des Ardennes, réunie à celle du Nord, se forme sous les

regards de commissaires actifs, et les recrues y abondent à

un point que votre comité a cru devoir les faire refluer vers

l’armee du Nord.

The next allusion is interesting as showing us the appreciation of what

was to be the reinforcement of the army of Sambre-et-Meuse.

L’armée de la Moselle a pris des positions avantageuses. Réunie

à celle du Rhin, elles annoncent que Mayence pourra devenir

le tombeau des hordes prussiennes. L’esprit est bon dans

cette armée, distinguée par la discipline, et les recrues s’y

encadrent tous les jours.

On s’occupe à faire camper et exercer l’armée des Alpes,

dont le recrutement est entièrement effectué. On fortifie

tous les points de défense, et on augmente la garnison des

places. Les recrues nombreuses qui y sont arrivées ont fourni

un excédant de vingt-un mille hommes; vous avez disposé de

huit mille contre les départemens révoltés. Les treize mille

restans renforceront l’armée d’Italie, diminuée pour servir à

la défense de la Corse, formeront une réserve ou renforceront

l’armée des Pyrénées orientales.

Le département du Mont-Blanc s’est empressé d’organiser

plusieurs bataillons et de prouver ainsi son attachement à la

République; ils réclament des armes, et nous espérons qu’avec

des moyens mis déjà en activité ils seront bientôt armés.

La révolte de Thonnes est appraisée et les coupables jugés.

C’était la mêche d’une mine préparée sous le Mont-Blanc, et

dont l’explosion était combinée avec la prochaine attaque des

Piémontais et des Autrichiens.

L’armée d’Italie se prépare à défendre ce que la valeur et la

liberté ont conquis à Nice. Mais des agitateurs y ont causé de

la fermentation, comme dans l’armée des Alpes; ils y tenaient

des propos injurieux à la Convention nationale; ils y parlaient

de royauté, et se servaient du moyen de la paye en assignats

pour altérer le bon esprit des troupes; des alarmes ont été

jetées sur les subsistances, dont le comité s’occupe dans ce

moment.

Le général de l’armée d’Italie a pris les moyens propres à

découvrir les agitateurs et à les faire conduire au tribunal

extraordinaire.

L’armée des Pyrénées a été la plus négligé et la plus mal

pourvue en armes et en munitions, et c’est contre les troupes

les plus féroces et les plus fanatiques qu’elles doivent

défendre les plus belles contrées de la République.

Aussi nous sommes accablés tous les jours par des relations

malheureuses qui ne sont que le triste résultat de la

négligence de deux anciens ministres de la guerre qui n’ont

jamais su penser qu’il existât une armée des Pyrénées....

The whole of the above is an interesting example of the detailed methods

of the Committee, with its reiteration against the Girondin management of

the war. It continues in much the same spirit.

Du côté de l’Océan, la trahison de quelque chef des Miquelets

et la lâcheté d’une partie du régiment vingtième ont livré un

point de la frontière. Une terreur panique produite par le mot

de trahison et par des malveillans semés dans les petits camps

formés sur l’extrème frontière, a désorganisé le peu de force

qui y étaient arrivées, a découragé ceux qui y accouraient et

forcé d’abandonner Andaye et tout le pays qui se trouve entre

la rivière de Nivelle et la frontière pour ne former qu’un seul

camp à Bidarre.

La discipline à rétablir, le courage à relever, étaient les

premiers besoins de cette armée.

Nos commissaires se sont vus forcés d’établir provisoirement un

règlement sévère de discipline. Ils nous disent que l’ennemi

abat partout l’arbre de la liberté, fait les incursions sur les

maisons des patriotes dans la partie française abandonnée; mais

les habitans des campagnes ont le courage de ne pas obéir aux

requisitions du général espagnol.

Il paraît qu’il n’est fort que de notre faiblesse, et que si

des secours d’armes et d’artillerie sont portés a nos frères,

notre territoire sera bientôt évacué. Le commandement de

Bayonne est confié au patriote Courpon, et la citadelle de

Saint-Esprit est défendue par des républicains. Vingt canons

et quatre compagnies des canonniers de Paris y ont été envoyés

en poste, et doivent avoir secouru cette frontière le 14 de ce

mois; le camp de Bidarre se forme avec succès.

La division de l’armée des Pyrénées en deux grands parties,

nous donnera plus de force pour une défense active au besoin:

la terre y produit des bataillons d’hommes libres; nous leur

devons des secours abondans, car ils ont été oubliés jusqu’à

présent. On eût dit, en voyant l’état de ces frontières, que

le complot était prêt, que la force devait envahir le Nord,

tandis que la perfidie et l’indéfense livreraient le Midi.

Mais l’intrépidité et l’enthousiasme des Méridionaux pour la

liberté, est un obstacle invincible au succès des négligences

ministérielles, des trahisons intérieures, et des succès que

le perfide Pitt a promise à l’Espagne. Le camp se forme devant

Bayonne et il a repris du terrain du côté d’Andaye; l’armée

reprend l’attitude qui convient à des phalanges républicaines,

et l’artillerie commence à y arriver avec des provisions.

L’affaire de la Vendée n’a été envisagée trop longtemps que

comme une affaire de police, ou une querelle élevée dans un

coin d’un département.

There follows a further indictment based upon a special case.

L’armée des côtes n’a jamais existé; l’état-major n’avait pas

même été formé; quelques chefs militaires avaient été envoyés

avec de faibles moyens et de simples requisitions. On avait

donné des ordres pour que des cadres y fussent transportés;

ils ont été arrêtés dans leur marche par la crainte ou

l’impuissance momentanée que nous avait donné la trahison de

Dumouriez. Des recrues y ont été rassemblées, sans y trouver

ni cadres, ni armes, ni un nombre suffisant d’officiers

généraux....

Voilà l’état où se trouvaient les armées au 10 mai, époque à

laquelle le comité a demandé inutilement la parole....

Then a summary, the detail of which is well worth following.

VOICI LE DERNIER ÉTAT.

Il arrive des troupes à Bayonne ainsi que des canons. Le camp

qui était à Bidard entre Bayonne et Saint-Jean de Luz a été

porté, depuis vendredi, entre Saint-Jean de Luz et Andaye.

L’armée des Pyrénées orientales qu’on espérait, au moyen des

recrutemens, mettre en état de contenir au moins l’Espagnol, a

essuyé presque consécutivement deux échecs qui compromettent la

sûreté de cette partie de la frontière. Cette défaite n’est due

qu’à la gendarmerie nationale; mais un exemple prompt et sévère

mettra un terme à cette lâcheté ou à cette trahison.

Aux Alpes nous venons d’être menacés d’une attaque très

prochaine exécutée par des forces très considérables, surtout

dans la partie du Var, débouché par lequel l’ennemi peut

menacer aussi Marseille et Toulon. Le comité de salut public

a dû prendre la seule mesure qui était en son pouvoir; il a

ordonné au général Kellerman, le seul qui eût une connaissance

suffisante des points de défense et de nos moyens militaires

dans cette partie, de s’y rendre avec la plus grande diligence,

afin de prévenir, s’il est possible, les malheurs que le

moindre retard pourrait amener. Le général de l’armée d’Italie

a paru craindre que la cour de Naples ne vienne renforcer

la coalition dans le midi. Mais le ministre des affaires

étrangères vient de communiquer des dépêches qui détruisent ces

nouvelles.

Kellerman s’est fait précéder par un courrier extraordinaire

qui a porté à ses lieutenans les ordres préparatoires des

opérations auxquelles l’ennemi peut le forcer. Ce général,

investi de votre confiance et de celle des troupes, ne pouvait

être remplacé. On vous avait annoncé d’abord qu’il se rendrait

dans la Vendée; mais les avantages remportés un instant sur

les révoltés, et la certitude de la prochaine arrivée de Biron

dans les départemens révoltés, ont du faire changer la première

destination de Kellerman. L’armée d’Italie a des subsistences

assurées pour quelque temps. On a pris des mesures pour la

mettre à l’abri de la disette.

Au Rhin, une action qui n’a servi qu’à la destruction des

hommes, sans avancer les affaires d’aucun parti, y laisse

les choses à peu près dans la même situation qu’auparavant,

avec cette différence, que le changement de général qui a

été en partie forcé, peut influer sur nos succès. Il est bon

d’observer que nos armées dans cette partie se trouvent avoir

en tête des forces les plus manœuvrières, et commandées par les

généraux les plus accrédités de l’Europe.

Nos généraux, au contraire, portés au commandement pour la

première fois, ne peuvent avoir la même habitude et les mêmes

avantages que ceux auxquels les grands mouvemens de guerre

sont familiers. Les approvisionnemens dans cette partie et les

subsistances sont bien assurés.

Dans le Nord, notre situation est très alarmante, et la

Convention doit connaître tous ces maux; elle a besoin d’être

instruite par le malheur, et de sentir les tristes effets de

ses divisions.

Notre armée, repoussée entre Combrai et Bouchain, quittant

son camp de Famars pour prendre plus loin celui de Coefar,

abandonnant à leurs propres forces Condé et Valenciennes,

perdant ses communications avec Douay et Lille d’un côté, et de

l’autre avec Maubeuge et le Quesnoy, est exposée à de nouveaux

revers, si la présence du général Custine, qui a dû y arriver

le 25, ne lui rend pas la discipline qui lui manque et la

confiance sans laquelle il n’est point de succès à obtenir dans

la guerre.

Si les efforts de ce général ne sont pas promptement secondés

par l’union des représentans du peuple, la Convention doit

s’attendre à tomber dans une situation plus embarrassante

qu’au moment où, pendant la dernière campagne, les esclaves

allemands entraient en Champagne, et menaçaient Paris et la

liberté. Alors d’heureux hasards, ou plutôt cette destinée

qui semble conduire la France, ont disparaître des dangers

aussi imminens; mais doit-on compter sur une nouvelle faveur

de l’aveugle fortune? ne devons-nous pas craindre une nouvelle

invasion, et pouvons-nous nous flatter que toutes nos villes

imiteront le généreux dévouement de celle de Maubeuge, qui

nous écrit le 26 de ce mois:—“Ici on bat la générale dans cet

instant: on a envoyé une partie de notre garnison dans la

Vendée; nous restons; nous déjouerons nos ennemis extérieurs et

intérieurs, ou nous mourrons libres. La ville sautera si nos

murs abattus permettent à l’ennemi de souiller notre enceinte.”

Quant aux besoins de cette armée du Nord, peut-être croira-t-on

difficilement que, malgré toutes nos dépenses, la demande

qui vient d’être faite au comité, qui a été arrêtée par le

commissaire général de l’armée du Nord, et visée par les

commissaires de la Convention, monte à la somme de 49 millions.

L’armée qui doit anéantir les révoltés s’organise; il arrive

un grand nombre de bataillons à Tours; les postes de la rive

droite de la Loire se renforcent, et l’on fait défiler des

troupes en poste. Si les rebelles menacent cette rive, ils sont

hors d’état d’exécuter ce project; leurs forces ce divisent,

mais ils rentrent dans les pays couverts. Les principaux chefs

des révoltés sont subordonnés aux prêtres; c’est une véritable

croisade; mais les habitans des campagnes commencent à se

lasser de cette horrible guerre, et murmurent.

D’un autre côté, on nous écrit qu’il est parti, depuis notre

dernier succès, un courier de Bruxelles à Londres, pour engager

le cabinet de Saint-James à accélérer un armament tendant à

porter sur les côtes de Bretagne des troupes, des armes, des

munitions, et à vomir sur nos rivages un corps considérable

d’émigrés de Jersey et Guernsey.

Le transfuge Condé a envoyé à Jersey tous les émigrés bretons

pour être déposés sur nos côtes et y seconder un des rejetons

de la famille de nos tyrans.

On se plaignait presque partout des commissaires des guerres

ce corps essentiel des armées va être changé, amélioré sur de

nouvelles bases et épuré par des choix patriotiques.

Quant à la suppression de la paie en numéraire, toutes

les armées de la République l’ont reçue sans peine; ils

sacrifient à chaque instant leur vie à la liberté, comment

s’occuperaient-il d’intérêts pécuniaires? mais aussi ils ont

droit à plus de surveillance pour les approvisionemens et pour

les subsistances. Quelques compagnies de l’armée d’Italie

seulement ont montré de la résistance; mais les agitateurs

seront déjoués par la surveillance qui y a été établie, et par

les soins de vos commissaires.

Danton: A study · 第 9 / 10 章