_Note de l'éditeur._ Nous croyons devoir reproduire ici une lettre
adressée, le 22 décembre 1866, au directeur-gérant du journal _le
Siècle_, pendant la publication de la seconde partie du Calvaire des
femmes. Cette lettre témoigne que ce roman, par ses qualités
d'observation et de style, a fait sensation parmi l'élite de la classe
ouvrière.
_À M. le directeur-gérant du_ SIÈCLE.
«Monsieur,
«La lecture des œuvres de littérature, même futiles, quand toutefois
elles ne sont pas corruptrices, est assurément la plus agréable comme
la moins coûteuse des distractions. Le succès populaire de certaines
publications périodiques à bon marché en est la preuve incontestable.
Or, ce succès même est pour les auteurs un éloge qui peut suffire, et
il y aurait de la part des lecteurs une sorte de prétention ridicule à
vouloir le formuler d'une manière explicite. Mais il n'en saurait être
de même lorsqu'il s'agit d'ouvrages qui, sous la forme la plus
attrayante, se proposent un but éminemment utile.
«Tels sont _la Croisade noire_ et _le Calvaire des femmes._
«Depuis les romans d'Eugène Sue, qui ont si puissamment contribué aux
améliorations déjà obtenues dans la condition des travailleurs, aucun
ouvrage de ce genre n'aura prêté, selon nous, un concours aussi
efficace à la réalisation de celles qui restent à accomplir.
«Les idées sociales ont cessé d'être un vague idéal. Nous avons
passé à la pratique. Le nombre des associations coopératives en
activité en est la preuve éclatante. Tout le monde peut s'en
convaincre en parcourant la liste qu'en publie, à chacun de ses
numéros, le journal _la Coopération._ Cinquante sociétés de
production à Paris, autant en province, et un plus grand nombre de
sociétés d'épargne pour arriver à la production, plus de deux cents
sociétés de crédit mutuel et de consommation, tout ce mouvement ne
témoigne-t-il pas du profit moral et matériel que l'on peut tirer des
œuvres de l'esprit créées pour élever l'éducation sociale de tous?
«Voilà pourquoi nous vous prions, monsieur le directeur, de faire
parvenir à l'auteur de ces deux ouvrages, non-seulement l'hommage de
notre admiration pour son beau talent d'écrivain, mais encore et
surtout l'expression de notre gratitude pour le notable service qu'il
rend à la cause du progrès. Nous avons la conviction d'être ici les
interprètes de tous les travailleurs.
«Agréez, monsieur le directeur, nos fraternelles salutations.»
Suivent une trentaine de signatures de chefs d'associations
ouvrières.