CHAPITRE VI

Ils suivirent pendant deux jours les rivages de la mer Adriatique; mais

cette mer ne produit point, du côté de la Romagne, l'effet de l'Océan,

ni même de la Méditerranée; le chemin borde ses flots, et il y a du

gazon sur ses rives: ce n'est pas ainsi qu'on se représente le

redoutable empire des tempêtes. A Rimini et à Césène, on quitte la terre

classique des événements de l'histoire romaine; et le dernier souvenir

qui s'offre à la pensée, c'est le Rubicon traversé par César, lorsqu'il

résolut de se rendre maître de Rome. Par un rapprochement singulier, non

loin de ce Rubicon, on voit aujourd'hui la république de Saint-Marin,

comme si ce dernier faible vestige de la liberté devait subsister à côté

des lieux où la république du monde a été détruite. Depuis Ancône, on

s'avance par degrés vers une contrée qui présente un aspect tout

différent de celui de l'État ecclésiastique. Le Bolonais, la Lombardie,

les environs de Ferrare et de Rovigo, sont remarquables par la beauté et

la culture; ce n'est plus cette dévastation poétique qui annonçait

l'approche de Rome et les événements terribles qui s'y sont passés. On

quitte alors

Les pins, deuil de l'été, parure des hivers[16],

les cyprès conifères[17], images des obélisques, les montagnes et la

mer. La nature, comme le voyageur, dit adieu par degrés aux rayons du

Midi; d'abord les orangers ne croissent plus en plein air, ils sont

remplacés par les oliviers, dont la verdure pâle et légère semble

convenir aux bosquets qu'habitent les ombres dans l'Élysée; et, quelques

lieues plus loin, les oliviers eux-mêmes disparaissent.

[16] Vers de M. de Sabran.

[17]

_. . . . . . . et coniferi cupressi._

Corinne; ou, l'Italie Nouvelle édition revue avec soin et précédée d'observations par Mme Necker de Saussure et M. Sainte-Beuve de l'Académie française · 第 109 / 167 题