Ils suivirent pendant deux jours les rivages de la mer Adriatique; mais
cette mer ne produit point, du côté de la Romagne, l'effet de l'Océan,
ni même de la Méditerranée; le chemin borde ses flots, et il y a du
gazon sur ses rives: ce n'est pas ainsi qu'on se représente le
redoutable empire des tempêtes. A Rimini et à Césène, on quitte la terre
classique des événements de l'histoire romaine; et le dernier souvenir
qui s'offre à la pensée, c'est le Rubicon traversé par César, lorsqu'il
résolut de se rendre maître de Rome. Par un rapprochement singulier, non
loin de ce Rubicon, on voit aujourd'hui la république de Saint-Marin,
comme si ce dernier faible vestige de la liberté devait subsister à côté
des lieux où la république du monde a été détruite. Depuis Ancône, on
s'avance par degrés vers une contrée qui présente un aspect tout
différent de celui de l'État ecclésiastique. Le Bolonais, la Lombardie,
les environs de Ferrare et de Rovigo, sont remarquables par la beauté et
la culture; ce n'est plus cette dévastation poétique qui annonçait
l'approche de Rome et les événements terribles qui s'y sont passés. On
quitte alors
Les pins, deuil de l'été, parure des hivers[16],
les cyprès conifères[17], images des obélisques, les montagnes et la
mer. La nature, comme le voyageur, dit adieu par degrés aux rayons du
Midi; d'abord les orangers ne croissent plus en plein air, ils sont
remplacés par les oliviers, dont la verdure pâle et légère semble
convenir aux bosquets qu'habitent les ombres dans l'Élysée; et, quelques
lieues plus loin, les oliviers eux-mêmes disparaissent.
[16] Vers de M. de Sabran.
[17]
_. . . . . . . et coniferi cupressi._