De Saïgon, où la mort de l'aviateur Georges Verminck, tombé, le 7 avril,
à Mytho, au cours d'un périlleux atterrissage on vol «piqué», a été
vivement déplorée, nous arrive aujourd'hui l'écho de l'impression
profonde causée, dans la colonie française, comme dans les milieux
indigènes, par cette fin tragique.
Les belles randonnées qu'il avait exécutées pendant un séjour de deux
mois, notamment de Saïgon à Pnompenh, de Saïgon au cap Saint-Jacques, et
de Saïgon à Bienhoa, avaient rendu Georges Verminck unanimement
sympathique, et l'on peut dire, populaire en Cochinchine, où il
assurait, avec son frère Charles et son camarade Marc Pourpe, le
prestige de l'aviation française: aussi ses funérailles, auxquelles
assistèrent de nombreux Annamites, eurent-elles un caractère de grande
solennité. «Elles furent célébrées à la cathédrale de Saïgon, nous écrit
un témoin attristé de la cérémonie, M. Richard, en présence d'une foule
considérable. Après l'absoute, que Mgr Mossard avait tenu à donner, le
cortège, précédé par la musique du 11e régiment d'infanterie coloniale,
se dirigea vers le cimetière, où plusieurs discours furent prononcés.
Mais le témoignage le plus touchant du deuil ressenti dans la population
indigène nous est apporté par une pièce de vers annamite, commençant
ainsi: «Verminck, malheureux Verminck! En quelques minutes, dix ans
d'efforts sont anéantis. Richesse, honneurs, existence même, tout
t'abandonne sans espoir! Lorsqu'ils contemplent les nuages, les hommes
de Cochinchine te regrettent. Lorsqu'ils entendent le vent, les hommes
d'Europe te pleurent!» Et cette émouvante lamentation, ce thrène à la
manière antique, qui n'est pas dépourvu de valeur littéraire, se termine
par ces deux vers: «O ciel, pourquoi anéantir ainsi un héros? Le fer, la
pierre même s'irritent de ce malheur immérité.»