Une note du commandant Ferrié, présentée à l'Académie des sciences nous
apprend que le poste de T. S. F. de la tour Eiffel a «causé» plusieurs
fois avec le poste de Washington. Ce dernier possède une antenne en
nappe portée par un mât de 200 mètres de hauteur et deux mâts de 150
mètres; il utilise une force d'environ 90 chevaux. Le poste de Paris
dispose de 80 chevaux.
La distance à vol d'oiseau entre les deux stations dépasse 6.000
kilomètres. Or, les postes étrangers qui disposent d'une puissance
double ou triple ne sont guère entendus, de façon normale, qu'à une
distance d'à peu près 4.000 kilomètres.
Remarquons que ces conversations ont été échangées de façon assez
suivie. Elles seront reprises, dès qu'on aura arrêté le programme des
observations astronomiques à faire sur les deux continents pour
déterminer au moyen de la T. S. F. (par la méthode des coïncidences que
nous avons jadis expliquée), la différence de longitude entre Paris et
Washington.
Ce record magnifique prouve, une fois de plus et de façon péremptoire,
la supériorité, systématiquement contestée, du poste de la tour Eiffel;
il permet de supputer les résultats que l'on obtiendra le jour où le
poste disposera d'une force plus grande, si le Parlement se décide à
voter les crédits nécessaires pour l'établissement du réseau
intercolonial. Le projet sommeille depuis un an dans les cartons de la
commission du budget à la grande joie, sans doute, du ministre des
Postes et Télégraphes de la Grande-Bretagne qui, récemment, s'exprimait
ainsi devant la Chambre des Communes:
«Le premier occupant en télégraphie sans fil sera le maître du trafic,
il convient donc de se hâter afin d'établir de grandes stations de
télégraphie sans fil dans toutes les colonies anglaises, avant que les
colonies françaises en soient munies.»