L'exposition d'horticulture vient de finir. Il semble permis d'affirmer,
sans paradoxe, que, grâce au mauvais temps des premières semaines de
mai, les parterres de roses eurent une splendeur exceptionnelle. Le
soleil est souvent le grand ennemi des exposants: beaucoup de fleurs
s'épanouissent avant l'heure officielle; celles que des soins spéciaux
réussissent à retarder se fanent à peine écloses. Le froid humide dont
nos jardins ont tant souffert pendant quelques semaines, avant les
grandes chaleurs de la fin du mois, avait été mis habilement à profit
par nos horticulteurs, et si quelques coloris manquaient d'intensité, la
fraîcheur des nuances présentait la séduction de la tonalité anglaise.
On a surtout admiré la rose nouvelle, _Madame Edouard Herriot_, qui fit
sensation à l'exposition internationale d'horticulture de Londres où
elle obtint la coupe d'or du _Daily Mail_.
Il est assez malaisé de définir exactement la nuance de cette rose
magnifique qui vient s'ajouter à la série des roses cuivrées obtenues
par M. Pernet-Ducher, de Lyon. Pour le rédacteur du _Gardener's
Chronicle_, «la couleur reste évasive. La teinte rose des fleurs
épanouies est très charmante, les boutons sont d'une riche couleur
orange-cerise foncé».
Le _Gardener's Magazine_ voit les boutons «de couleur orange-vermillon
riche ou orange terre cuite; les fleurs entièrement ouvertes sont rose
foncé fortement teinté de saumon orange».
_The Horticultural advertiser_ trouve la couleur «grandiose, d'un riche
cuivre rougeâtre avec des teintes saumon et abricot». Enfin, l'obtenteur
s'exprime ainsi: «Fleur de grandeur et de duplicature moyennes, d'un
superbe coloris rouge corail nuancé de jaune et de rose de Carthane,
passant au rouge crevette».
Ces diverses définitions m'ont paru fort discutables, la dernière
surtout. Cependant, après avoir gémi de mon impuissance à trouver le mot
juste, j'ai regardé du corail et j'ai constaté que la définition de M.
Pernet-Ducher est la plus exacte. La nuance de _Madame Edouard Herriot_
correspond à un corail spécial, un peu orangé, très différent du corail
rouge ou du corail rose que nous avons généralement dans l'oeil.
A cette rose remarquable, le jury a attribué la coupe de l'Hay, offerte
par M. Gravereaux.
Une autre nouveauté, _Juliet_, pourrait s'appeler _Caméléon_. Cuivrée le
matin, rose à midi, violâtre le soir, cette rose, d'une jolie forme,
passe par divers tons en conservant une fraîcheur de nuance très rare
chez des fleurs aussi capricieuses.
Les rosiers sarmenteux de M. Nonin, plus beaux que jamais, formaient un
ensemble décoratif d'une richesse et d'une légèreté déconcertantes.
_Source d'or_ apporte dans cette famille une jolie couleur jaune, assez
marquée, que l'on ne possédait pas encore; _Excelsa_, plus cramoisie que
_Crimson Rambler_, est moins resplendissante. Dans les polyantha nains,
signalons _Georges Elger_, blanc à coeur jaune.
A côté des roses, on voyait les traditionnels gloxinias, les fulgurants
bégonias, et toute la série des fleurs connues, parmi lesquelles M.
Cayeux faisait revivre la _Clarkia elegans_, délicieuse papilionacée de
couleur orangée, à laquelle on ne saurait comparer l'antique et terne
_Clarkia pulchella_.
*
* *
Il y eut aussi un concours de bouquets réservé aux femmes du monde. La
plupart des concurrentes surent, en peu de temps, garnir agréablement
les vases mis à leur disposition; mais ce furent de simples ébauches.
On ne saurait, paraît-il, demander davantage aux «amateurs». Jusqu'ici,
on pensait que, pour faire un bouquet, il suffit d'avoir des fleurs et
tant soit peu de goût. La noble dame, dissimulée sous le pseudonyme de
Clairoix, nous apprend dans _l'Art du bouquet_ (Laveur) qu'il est encore
nécessaire de connaître les théories des Japonais, maîtres incontestés
en la matière; pour guider notre ignorance, elle formule, d'après
Sin-Kiou-Shin, philosophe de l'antiquité, quelques styles en honneur au
pays de Mme Chrysanthème.
Etudions les principes subtils du Shin no Hana, du Rikkwa, du Sangi, du
Shitsu, du Zi, et nous saurons disposer en gerbes élégantes, voire
savantes et expressives, les plantes et les fleurs que nous traitions
naguère avec trop de désinvolture.
«Des silhouettes et des taches», telle est l'idée maîtresse dans la
décoration florale au Japon. Ajoutez à cela la beauté de nos fleurs, et,
n'en déplaise à l'auteur de ce petit livre joliment conçu, la grâce
maniérée ou la fantaisie d'une femme de goût, et vous aurez un bouquet
parfait.
L'auteur nous donne de précieuses indications sur l'art d'adapter la
forme et la couleur des vases à la forme et à la couleur des branches,
fleuries ou non. Voici quelques exemples cueillis au hasard:
Iris mauves, feuillages d'érable negundo blanc, deux feuilles de fougère
mâle;
Un pavot rouge pourpre, quelques branches de cytises jaunes, une ou deux
branches d'iris mauve pâle en bouton; vase de cristal assez bas;
Une pivoine en arbre, rose vif; une branche d'érable japonais pourpre,
une petite branche souple de cornouiller vert à fleurs blanches;
Dans un grand cornet de Delft bleu, un mélange de lilas de Perse de
nuance très délicate et d'épine-vinette pourpre à fleurs jaunes;
Dans un vase petit, en poterie verte commune: deux grappes de sorbier,
quatre ou cinq scabieuses pourpres violettes;
Dans un vase en faïence, bleu et blanc: quelques branches de saule.
De judicieuses remarques sur l'harmonie des couleurs, quelques recettes
pour conserver les fleurs coupées, ajoutent à l'intérêt pratique d'un
ouvrage fort habilement illustré et que les femmes élégantes, ayant des
loisirs, des fleurs et des arbres, auront plaisir à consulter.