L'ATTENTAT D'HANOÏ

Dans une récente et importante interview publiée par notre confrère le

_Temps_, M. le gouverneur général Sarraut a tenu à déclarer que

l'attentat d'Hanoï, la bombe lancée le 26 avril dernier sur des

officiers français à la terrasse d'un café local, n'était pas «un crime

annamite» mais un crime extérieur à l'Indo-Chine, inspiré très

vraisemblablement par le prince exilé Cuong Dé et exécuté par «la pègre

internationale d'Asie».

Les journaux quotidiens ont dit, en leur détail, les circonstances de

cet attentat qui causa une si grande émotion en France. Le samedi 26

avril 1913, vers 7 h. 1/2 la bombe, éclatant au milieu des consommateurs

du café de Hanoï-Hôtel, blessait mortellement les commandants Mongrand

et Chapuis, de l'infanterie coloniale, et atteignait plus ou moins

grièvement douze autres Français et six indigènes. L'un des morts, le

commandant Mongrand, qui s'était particulièrement distingué au Soudan où

il avait été cité pour action d'éclat à la prise du repaire de Kentadji

sur le Niger, laisse une veuve et quatre enfants. Il achevait sa période

de séjour en Indo-Chine et, par décision du 24 avril, avait été affecté

au 4e colonial, à Toulon.

L'une de nos gravures représente le lieu de l'attentat, la devanture du

café photographiée le lendemain du crime, avec son panneau défoncé et

ses vitres brisées Le sang des victimes a laissé des traces sur le sol

et sur l'une des tables.

[Illustration: La terrasse du café de Hanoï-Hôtel après l'explosion de

la bombe.]

Quelques jours avant cet événement, une autre bombe avait tué à Thaï

Binh un mandarin attaché à la cause française. Il n'est résulté de ces

attentats aucune panique parmi nos compatriotes. Dans la nuit qui a

suivi le meurtre des officiers, le gouverneur général, M. Sarraut, a

fait afficher une énergique proclamation. Les victimes ont été enterrées

le mardi 29 avril à 9 heures du matin. Tout Hanoï et beaucoup de

Français de l'intérieur y assistaient. Devant la chapelle de l'hôpital

militaire, alors que l'on venait de placer les deux cercueils sur des

prolonges d'artillerie, le gouverneur général de l'Indo-Chine, M. Albert

Sarraut, a prononcé un discours ému, promettant le châtiment exemplaire

des meurtriers et de leurs complices. Ce discours se termina par le cri

de «Vive la France!» qui, malgré la tristesse de l'heure, fut très

applaudi.

[Illustration: Les obsèques des victimes de l'attentat d'Hanoï: le

discours de M. Sarraut, gouverneur général de l'Indo-Chine, devant la

chapelle de l'hôpital militaire.]

L'Illustration, No. 3666, 31 Mai 1913 · 第 14 / 33 题