La Société dos Jardins ouvriers de Paris et de banlieue a été créée en
1904. Son but est de réunir les concours généreux qui lui permettent de
prendre en location ou en dépôt des terrains qu'elle attribue ensuite
moyennant une très faible rétribution à des ouvriers chargés de famille
et sous la seule obligation de bien cultiver leur petit lot de terre et
d'y construire une tonnelle-abri.
Cette oeuvre si intéressante a eu des débuts difficiles. Procurer à
l'ouvrier ou à l'employé de Paris un coin de sol de 100 à 150 mètres
carrés paraît chose bien chimérique. La société débuta avec cinq jardins
à Levallois-Perret. Dix autres vinrent s'y ajouter en 1905, prélevés sur
un terrain de l'Assistance publique, boulevard Brune. A partir de 1906,
le développement de l'oeuvre fut plus rapide. A sa dernière assemblée
générale, le 2 février 1913, M. Robert Georges-Picot, le secrétaire
général, annonçait un total de 36 groupes représentant 1.420 jardins. On
n'a pas idée de ce qu'il a fallu d'efforts pour amener à la culture et à
la vie certains terrains de rebut. Les ouvriers ont littéralement pétri
et formé le sol. Mais aussi avec quelle joie ils vous montrent leurs
légumes, leurs fleurs et leurs plates-bandes. On peut affirmer que, sur
un terrain de 100 à 150 mètres, ils obtiennent, en moyenne, 80 francs de
légumes, sans compter un gain moral qui ne saurait s'apprécier en
argent. Car ces braves gens organisent entre eux des concours de
jardinage, des visites de jardins, des fêtes d'enfants, des mutualités
maternelles. Dimanche, ils se réunissaient joyeusement à Bicêtre où ils
avaient organisé la représentation en plein air d'une adaptation de la
légende de Geneviève de Brabant. On avait élevé une petite chèvre pour
tenir le rôle de la biche. Un aimable juge de paix avait rimé des vers.
Un artiste de l'Odéon, M. Dutertre, avait dirigé les répétitions qui
eurent lieu pendant deux mois, le soir, chez l'abbé Lemire. Les
jardiniers d'Arcueil avaient charrié pour leurs camarades de Bicêtre le
décor de feuillage, et un millier de spectateurs applaudirent avec
enthousiasme la grâce douloureuse de Geneviève et la noble allure du
comte de Brabant.
[Illustration: L'abbé Lemire. LES THÉÂTRES DE MAI.--Une scène de
_Geneviève de Brabant_ représentés sur le Théâtre de verdure des Jardins
ouvriers, à Bicêtre.--_Phot. Gimpel,_]
[Illustration: M. Paul Hervieu. M. PAUL HERVIEU EN ESPAGNE.--L'illustre
écrivain à la fête champêtre du «Rocio», près de Séville.--_Phot.
Serra._]
M. Paul Hervieu vient de faire en Espagne un séjour de quelques
semaines, pendant lequel il a été l'objet des manifestations de
sympathie les plus flatteuses, pour lui-même et pour les lettres
françaises. Le maître de la tragédie moderne s'était rendu à Madrid pour
assister à la première représentation de _la Course du Flambeau_,
traduite par un excellent écrivain, M. Carlos de Battle, et interprétée
par une grande artiste, Mme Carmen Cabena: acclamé par les spectateurs
du théâtre de la Zarzuela, affablement reçu par le roi Alphonse XIII et
le ministre de l'Instruction publique, fêté par la société madrilène et
par ses confrères espagnols, il a vu son voyage se transformer en une
manière d'ambassade littéraire, qui, nous écrit notre correspondant M.
J. Causse, «a contribué à fortifier l'oeuvre accomplie, dans le même
temps, par les diplomates des deux côtés des Pyrénées».
A ces attentions officielles se sont unies, pour charmer son séjour, les
impressions pittoresques qu'il a rapportées d'une excursion en
Andalousie. Près de Séville, M. Paul Hervieu et ses compagnons de
voyage, Mme la baronne de Pierrebourg--en littérature Claude Ferval et
le comte et la comtesse de Lauris, ont eu l'occasion d'assister à l'une
des fêtes les plus caractéristiques de l'Espagne. Le pèlerinage
champêtre de la vierge du «Rocio» (de la Rosée), dont le sanctuaire,
situé en plein bois, est chaque année, à cette époque, le rendez-vous de
nombreuses confréries. La famille du grand armateur M. Ramon Ibarra a
l'habitude de convier gracieusement, dans sa belle propriété de Lopaz,
les jeunes filles et les jeunes gens de l'aristocratie sévillane, qui,
vêtus du costume populaire andalou, vont attendre le passage des
pèlerins, venus à cheval ou'en charrettes décorées de fleurs...
L'éminent académicien, qui s'était mêlé à eux, n'a pas échappé à
l'objectif du photographe; et c'est ainsi qu'a pu être pris cet
instantané imprévu de l'auteur des _Tenailles_ et de _la Loi et
l'Homme_.
[Illustration: LE DÉMAGOGUE M. Jean Jaurès au meeting du
Pré-Saint-Gervais.]