Il y aura bientôt un demi-siècle que la critique signalait, avec des
appréciations diverses, l'apparition des toiles éclatantes de Diaz, de
Decamps, et de toute cette jeune école qui semblait revenir de la
conquête de la couleur et du soleil; l'Orient, avec les mille feux de
ses pierreries, de ses étoiles et de son ciel, était alors comme la
révélation d'un art nouveau, tout brillant de sève et de jeunesse, il a,
depuis, été étudié sous toutes ses faces; les peintres l'ont envahi et
nous ont rapporté tous les aspects de ses bazars et de ses mosquées.
Aussi l'Orient appartient-il aujourd'hui à tout le monde; mais voici que
nos artistes ont fait une autre découverte.
Le Japon, longtemps ignoré, longtemps dérobé par ses habitants aux
recherches des Européens, a pu enfin être visité et connu; on s'est
étonné d'y rencontrer une civilisation des plus anciennes, on y a trouvé
des oeuvres d'art remarquables, conçues en dehors des idées de notre
vieux monde, exécutées avec une rare habileté, et témoignant souvent
d'une perfection de goût presque trop avancée. Un nombre bien restreint
d'artistes, sans doute, a pu tenter un si lointain voyage; mais leurs
croquis, joints aux relations des écrivains, complétés par les
renseignements de la photographie, ont inspiré toute une pléiade de
peintres, qui s'appliquent depuis quelque temps à représenter, à deviner
peut-être ces lointaines régions.
Parmi eux, M. Firmin Girard a déjà su se conquérir une place à part, et
son tableau, que nous reproduisons aujourd'hui, a figuré avec un succès
des plus mérités au dernier Salon; la nonchalance de la jeune femme
accroupie sur un tapis, l'instrument inconnu dont elle joue tandis
qu'une de ses suivantes achève de la coiffer, l'étrangeté de tous les
objets réunis autour d'elle, tout contribue à faire de cette charmante
composition une oeuvre des plus curieuses et des plus originales. Mais
ce que la gravure ne peut rendre, c'est la richesse des tons, c'est
l'éclat des couleurs qui chatoient sans se heurter, et dont l'harmonieux
ensemble attire et relient le regard sans le fatiguer. Nous avons
désormais une nouvelle école, l'école japonaise, et nous sommes heureux
de reproduire pour nos lecteurs le tableau d'un de ses représentants les
plus distingués.