_Por_(t)_-Arthur_, _Por_(t)_-Élisabeth_, etc., doivent se passer de
liaison.
[927] Je rappelle qu’on disait autrefois _vi_(f) v_argent_, _bœu_(f)
v_à la mode_.
[928] C’est ainsi que le verbe _suiver_, de _suif_, est devenu
_suiffer_: «_Suiver_: quelques-uns disent _suiffer_», dit l’Académie en
1845; et en 1878: «_Suiffer_: quelques-uns disent _suiver_.» En 19...,
elle dira _suiffer_ tout court, à moins qu’elle ne dise _suifer_, ce
qui serait plus simple.
[929] Voir plus haut, page 345, _si_(x) z_avril_ et _entre si_(x) z_et
sept_.
[930] Et cela ne date pas d’aujourd’hui, s’il est vrai qu’un conseiller
au Parlement ait chassé une femme qui, étant allée à la fenêtre, à sa
prière, pour s’enquérir du temps qu’il faisait, lui avait répondu: «_Le
tem_(ps) z_est beau_.» Mais dans la fameuse chanson où Nadaud fait
parler un gendarme, il conviendra de lui faire dire, parce qu’il est
tout fier de montrer qu’il sait l’orthographe:
Le tem(ps) zest beau pour la saison.
[931] Le peuple, qui n’aime guère les liaisons avec _s_, dira plutôt
_t’e_(s)_-t-une bête_, par analogie avec la troisième personne, et,
mieux encore, _t’e_(s) _une bête_.
[932] Le peuple dit volontiers _donne-moi-_z_en_: c’est la liaison de
_donnes_, qui passe par-dessus le mot suivant, phénomène très fréquent,
quand on ne s’observe pas.
[933] Et _lez_ ou _les_, dans les noms de lieux.
[934] MOLIÈRE, _Misanthrope_, acte III, scène 7. On ne peut cependant
pas lier _mais oui_; voir page 358, note 3. La liaison de _mais_ n’est
d’ailleurs pas indispensable dans la conversation: et la preuve, c’est
qu’on en vient parfois à dire, en parlant très vite, _m_(ais) _enfin_.
[935] Pour _six_ et _dix_, voir plus haut, page 345.
[936] Quand ce mot était de création nouvelle, sans soudure entre les
éléments, on le prononçait sans liaison.
[937] Toutefois on peut écrire _matches_, ce qui permet de lier.
[938] On dirait de même, sans liaison, _un chauffe-pied_(s) _élégant_,
car l’_s_ marque le pluriel de _pied_, mais non du composé, et d’autre
part le _d_ ne se lie pas; tandis qu’au pluriel, on pourra dire des
_chauffe-pied_(s) z_élégants_, comme si l’_s_ n’était pas le même.
[939] Je dis _nécessairement_, malgré Michaëlis et Passy.
[940] On voit qu’il faut se garder d’exagérer le rôle de la conjonction
_et_, comme on le fait quelquefois.
[941] Par opposition à _Champs-Elysées_ ou _États-Unis_.
[942] Le mot composé fait si bien un tout, qu’il y a tendance
parfois à remplacer l’_s_ intérieur par un _s_ final incorrect: _des
che_(fs)-_d’œuvre_ z_admirables_, _les chemins de fer_ z_algériens_.
Ceci est à éviter; mais que n’écrit-on tout bonnement _chédeuvre_, avec
un _s_ au pluriel, puisque le sens de _chef_ disparaît complètement
dans le mot composé?
[943] On fait même souvent la liaison du _t_ et non celle de l’_s_ dans
_deux accen_(ts) t_aigus_, qu’on traite comme des _gue_(ts) t_apens_;
mais je me demande vraiment si ceci peut passer, car ici les deux mots
restent tout de même parfaitement distincts, et connus comme tels.
[944] Je ne parle pas des formes en _âmes_ et _âtes_, et autres
pareilles, qui ne s’emploient évidemment qu’avec liaison puisqu’elles
appartiennent exclusivement à la langue écrite ou au style oratoire.
[945] Et, par suite, malgré Michaëlis et Passy, _enfonceur de porte_(s)
z_ouvertes_.
[946] CORNEILLE, _Polyeucte_, acte I, scène 3. S’il y avait _Persans_,
la liaison se ferait même en prose.
[947] _Id._, _ibid._, acte IV, scène 6.
[948] RACINE, _Britannicus_, acte IV, scène 2.
[949] VOLTAIRE, _les Scythes_, acte II, scène 1.
[950] V. HUGO, _Légende des siècles_, II, _la Conscience_. Le même dans
ses _Odes_, I, 8, avait écrit d’abord: _Les bronzes ont tonné_; il a
corrigé ensuite judicieusement, et mis: _Les canons ont tonné_.
[951] Dans _Cromwell_, les noms de _Charles_ et _Londres_ reviennent à
toutes les pages, et une trentaine de fois devant une voyelle: l’_s_ y
est _toujours_ supprimé. _Delphes_, _Thèbes_ et _Arles_ perdent leur
_s_ chacun huit ou dix fois au moins dans _la Légende des siècles_:
_Arles_ seul l’y conserve une fois, pour des raisons qu’on peut
déterminer. Banville disait donc une sottise, quand il reprochait à V.
Hugo, dans son _Traité de Poésie_, d’avoir écrit _Versaille_ sans _s_,
sous prétexte qu’ «il n’y a pas de licences poétiques». Il est vrai que
M. Donnay a écrit dans le _Ménage de Molière_:
Versailles est vraiment un séjour enchanté;
mais d’abord ce n’est pas ce qu’il a fait de mieux; et puis, il y a
dans cette pièce tant de vers d’un rythme contestable, et qu’on doit
apparemment dire comme de la prose, de l’aveu même de l’auteur, qu’on
ne doit pas se gêner beaucoup pour supprimer l’_s_ de celui-là, et en
faire aussi de la prose.
[952] Il est certain qu’en 1789, avant la suture des deux mots, on ne
faisait pas plus la liaison que dans _États-Unis_: voir plus haut; Mᵐᵉ
Dupuis l’interdit encore.
[953] Étant donné qu’on évite déjà la liaison de l’_s_ après l’_r_, il
serait encore plus ridicule de dire _des ver_(s) z_à soie_, que de dire
_des moulin_(s) z_à vent_ ou _des salle_(s) z_à manger_.
[954] Les leçons de Legouvé n’ont d’ailleurs pas corrigé Messieurs les
Sociétaires de la Comédie-Française: «_L’univer_(s) z_ébloui_,» disait
Mounet-Sully; et Paul Mounet parlait d’«_oublier le corp_(s) z_en
rajeunissant l’âme_», quoiqu’il n’y ait même pas de lien grammatical
entre les mots. Il aurait donc dit sans doute, a fortiori, _prendre le
mor_(s) z_aux dents_! Quelle étrange erreur! Et les étrangers vont à
la Comédie-Française pour apprendre à prononcer! J’y consens, sauf en
matière de liaisons.
[955] Cela n’empêche pas Edmond Rostand d’écrire dans la _Princesse
lointaine_:
Vous la montrera-t-on seulement cette oiselle?
--Le prince l’a promis de nous mener _vers elle_.
La richesse des rimes de Rostand ne permet pas de douter de la
prononciation de celle-ci; et cela serait parfait si c’était une de
ces scènes comiques, où la fantaisie justifie toutes les licences;
mais les propos sont suffisamment sérieux, et c’est la prononciation
qui ne l’est pas; ou si l’on prononce correctement, la rime sera très
ordinaire. Mais peut-être que Rostand n’a fait cette rime que pour les
acteurs, connaissant leurs habitudes incorrigibles.
[956] C’est bien pour cela que ces hiatus apparents sont si fréquents
chez Corneille: pour lui ce n’étaient pas des hiatus. Voyez, par
exemple, dans _Polyeucte_, acte II, scène 2, la seconde tirade de
Pauline: on y trouve _trois_ rencontres qui, pour nous, sont des
hiatus, et pour lui n’en étaient pas:
Ma _raison_, _il_ est vrai, dompte mes sentiments.
Votre mérite est grand, si ma _raison est_ forte.
Plaignez-vous _en encor_, mais louez sa rigueur.
Nous ne faisons plus ces liaisons. Dans le premier vers, nous nous
tirerons d’affaire par une pause; dans les autres, nous subirons
l’hiatus, et il faut avouer que le dernier est bien désagréable.
La tirade suivante de la même Pauline offre encore deux rencontres
pareilles en douze vers, et la première est également désagréable pour
nous, parce que nous ne pouvons plus faire la liaison:
Hélas! cette vertu, quoique _enfin invincible_...
_Enfin épargnes-moi_ ces tristes souvenirs.
Ces liaisons des nasales se retrouvent dans le Midi, parfois même
par-dessus une consonne: _je tien_(s) n_a dire_... C’est probablement
un reliquat d’une prononciation qui fut correcte à l’époque où l’on
écrivait _je tien_.
[957] RACINE, _Britannicus_, acte IV, scène 4.
[958] Ce phénomène de dénasalisation ressemble tout à fait au cas des
adjectifs qui dévocalisent leur _u_ devant une voyelle, _bel homme_,
_nouvel an_, _fol orgueil_, _mol édredon_, _vieil homme_: ici aussi
c’est le son du féminin qu’on entend.
[959] C’est ce qui condamne encore la dénasalisation au moyen de
l’accent aigu de _enamourer_, _enivrer_ et _enorgueillir_, où se
rencontre le même phénomène de liaison (voir page 133); car ces mots
devraient donner normalement, s’ils se dénasalisaient, _a-namourer_,
_a-nivrer_, _a-norgueillir_, comme on prononce dans le Midi, très
logiquement (cf. _a-nuyer_ pour _ennuyer_).
[960] Ces traditions ont d’ailleurs des racines profondes dans le
passé, car il y eut un temps où le féminin lui-même gardait le son
nasal: _vain_, _vain-ne_, comme _fem-me_ et _ardent-ment_: voir pages
64 et 131.
[961] Tout comme dans _bo_-n_homme_, _bo_-n_heur_, _bo_-n_henri_ (sans
compter _boniment_ ou _bonifier_).
[962] C’est là probablement qu’il faut chercher une explication très
naturelle de l’usage que nous faisons de _mon_, _ton_, _son_, au
féminin, devant une voyelle. Car dire qu’on voulait éviter l’hiatus
de _ma âme_, _sa épée_, c’est ne rien dire, et le moyen âge l’évitait
tout aussi bien en disant _m’âme_ ou _s’épée_, procédé dont il nous est
resté _ma mie_, altération de _m’amie_. Mais la question est de savoir
_pourquoi_ on a préféré ce nouveau procédé; et la raison probable,
c’est que _mon_, _ton_, _son_, en liaison, même devant des masculins,
prennent une forme féminine, qui pouvait aussi bien servir pour les
féminins: puisqu’on disait _mo-nami_ comme _bo-nami_, on pouvait aussi
bien dire _mo-nâme_, comme _bonn_(e) _âme_.
[963] La décomposition se fait pourtant dans les mots composés de
_vin_: _vinaigre_, _vinage_, _vinasse_, _vinaire_, _vinification_, mais
le latin y est pour quelque chose.
[964] La correspondance demanderait _eune_, qu’on entend dans les
campagnes, et qui, au XVIᵉ siècle, était régulier.
[965] Mais si l’on ne dit pas _u-nami_, ce n’est pas une raison pour
dire _eu-nami_.
[966] Peut-être dira-t-on encore: _à eux trois, ils ont vingt et
u_-n_enfants_: je ne crois pas qu’on puisse décomposer _un_ ailleurs.
[967] Cf. par exemple _cin_(q) _francs_ et _cin_q _mai_.
[968] De même dans les noms propres comme _Bienaimé_. Dans le Midi,
on pousse la dénasalisation jusqu’au bout: par exemple, on fait
rimer de deux syllabes, _les savants en us_ avec _anus_! On y dit de
même _a_-n_effet_, _a_-n_outre_, et _o_-n_est venu_, que préconisait
Domergue. On y dit même _no_-n_avenu_ ou _no_-n_activité_; mais en
français du Nord, la dénasalisation a les limites que nous avons dites;
par exemple, _non_ ne se lie jamais, malgré _no_n_obstant_, non plus
que la préposition _selon_.