langue, quand on ferme l’_=a=_ devant deux consonnes distinctes, comme
dans _m_a_rdi_, _p_a_scal_, _p_a_stel_, _p_a_steur_ et ses dérivés, où
l’_=a=_ est naturellement moyen, malgré l’usage parisien[84].
Le souvenir de la quantité latine fera fermer correctement l’_=a=_ dans
_st_a_bat_, a_men_, _fr_a_ter_, _alma m_a_ter_, et dans _ab ir_a_to_,
_c_a_sus belli_, _de pl_a_no_, _sine qu_a _non_, ainsi et que dans
_postul_a_tum_, _ultim_a_tum_ et autres mots en _-atum_ et _-arium_,
qui ont gardé l’allure du latin; mais il y a doute déjà pour _hi_a_tus_
et _str_a_tus_, pour _gr_a_tis_ et _in-pl_a_no_, plus encore pour
_m_a_jeur_ ou _m_a_jor_[85].
La prononciation de l’_=a=_ dans les mots en _=-ation=_ ou _=-assion=_
varie énormément, mais il tend à s’ouvrir; il est même certainement
ouvert dans _n_a_tion_, et je ne conseille pas de le fermer dans
_p_a_ssion_ et _comp_a_ssion_ et leurs dérivés. Quant aux mots en
_=-ateur=_, _=-atrice=_, _=-atif=_ ou _=-ature=_, ils ont l’_=a=_
parfaitement ouvert, malgré l’étymologie, ainsi que _a priori_ ou _a
posteriori_[86].
L’_=a=_ est encore fermé dans _p_a_li_, langue de l’Hindoustan,
quelquefois écrit _pahli_[87].
5º Quelques cas particuliers.
Dans _m_a_man_ et _n_a_nan_, la première syllabe s’assimile à la
seconde dans l’usage familier, par une sorte d’attraction, et l’on
entend beaucoup plus souvent _man-man_ et _nan-nan_ que _m_a_man_ et
_n_a_nan_, qui même ont un air d’affectation[88]; on dit même sans
sourciller _m_o_man_, sans doute par l’intermédiaire de _m_on_-man_,
sans parler de _m’man_ qui rappelle exactement _m’sieu_.
* * * * *
Dans _août_, l’_=a=_ a cessé de se prononcer depuis le XVIᵉ
siècle, à cause de la répugnance que le français a pour l’hiatus,
absolument comme dans _saoul_, qui s’écrit encore mieux _soûl_. On
a malheureusement continué d’écrire _août_ avec un _a_, comme on a
continué d’écrire l’_o_ de _paon_, _faon_ et _taon_, qui ne se prononce
pas davantage[89]; mais la prononciation _a-ou_ est aussi surannée et
devrait paraître aussi ridicule que _pa-on_. La Fontaine écrivait même
_oût_:
Je vous paierai, lui dit-elle,
Avant l’_oût_, foi d’animal,
Intérêt et principal[90].
Boileau ne prononce pas autrement:
Et qu’à peine au mois d’_août_ l’on mange des pois verts.
On peut dire que, du XVIᵉ au XIXᵉ siècle, il n’y avait plus de
discussion sur ce point. «_Août_ se prononce _oût_», dit Voltaire,
dans l’_Avertissement de Zaïre_. Jusqu’en 1835, l’Académie dit:
«Prononcez _oût_.» Mais déjà l’antique prononciation avait reparu.
D’où venait-elle? S’était-elle conservée dans quelques provinces, ou
était-elle seulement la réaction de l’orthographe?
Déjà Domergue se plaignait que les orateurs démocrates, pour rappeler
le 10 août 1792, prononçassent _a-ou_. Dans la première moitié du XIXᵉ
siècle, on trouve cette prononciation jusque chez les poètes, peut-être
même surtout chez les poètes, dans Sainte-Beuve toujours, dans Victor
Hugo presque toujours; et il en est de même aujourd’hui, notamment dans
Henri de Régnier.
Elle n’en est pas meilleure. Elle s’est tellement répandue au cours du
siècle dernier, que l’Académie en est venue à dire dans son édition
de 1878: «On prononce souvent _oût_.» Ce _souvent_ est délicieux.
Peut-être faut-il lire: «On prononce souvent _a-oût_.» Cela au moins
serait exact. Mais on serait dans la vraie tradition française en
prononçant toujours et uniquement _ou_[91].
Le cas d’_aoriste_ est sensiblement pareil à celui d’_août_. L’_=a=_
avait cessé de se prononcer, sauf chez quelques puristes, pour qui
_oriste_ avait un sens opposé à celui d’_aoriste_; mais il a revécu de
nos jours, et comme l’influence de la prononciation populaire n’est pas
là pour contre-balancer celle de l’écriture, _a-oriste_ paraît devoir
l’emporter, malgré le désagrément de l’hiatus[92].
* * * * *
Enfin _extr_a-_ordinaire_ ne se maintient que dans le langage soutenu:
on dit couramment _extrordinaire_[93].
6º L’A dans les mots anglais.
Ce travail ne serait pas complet, si l’on n’y parlait pas de l’_=a=_
des mots étrangers adoptés par le français, et notamment des mots
anglais, dont la prononciation est si différente de la nôtre[94].
Quelques mots, dus à la transmission orale, ont pu être francisés
tant bien que mal avec la prononciation anglaise ou à peu près; ainsi
_bébé_, qui vient probablement de _baby_, quoique Littré lui donne une
autre étymologie. De même _bifteck_, _romsteck_ ou _rosbif_.
Mais le plus souvent les mots étrangers, surtout les anglais, se
francisent à moitié seulement. Cela tient à ce qu’au lieu de partir du
son, comme pour les mots que nous venons de citer, on part généralement
de l’écriture; or la masse, qui ignore les langues étrangères, conserve
pourtant une sorte de scrupule malencontreux, et fait effort pour
conserver quand elle peut une allure étrangère aux mots étrangers
qu’elle adopte, et cela surtout dans la désinence.
On indiquera, ici et ailleurs, la prononciation qui prévaut dans
l’usage le plus ordinaire. Nous nous excusons particulièrement auprès
des professeurs d’anglais, à qui nous ne faisons nullement concurrence:
il est bien entendu que ce n’est pas de prononciation _anglaise_ qu’il
est question ici. Et en effet, on ne s’adresse pas aux gens qui savent
l’anglais, mais au contraire à ceux qui ne le savent pas, pour leur
indiquer dans quelle mesure ils peuvent franciser les mots anglais sans
être ridicules; on enseignera donc la prononciation à demi francisée
que les Français adoptent le plus généralement.
* * * * *
Dans les mots anglais adoptés par le français, c’est précisément
l’_=a=_ qui est le plus ordinairement altéré; le reste du mot garde
à l’occasion une apparence exotique, surtout à la finale. Ainsi nous
avons francisé à moitié _squ_a_re_, puisque nous ne prononçons plus
_scouèr_, et moins encore _scar_, mais _scouar_, entre les deux; cela
tient à ce que nous avons pris à l’étranger d’autres mots où _qua_ se
prononce aussi _coua_. Il en est de même de _boo_k_m_a_ker_; car si
quelques-uns le prononcent à peu près à l’anglaise _boukmèkeur_, la
plupart, sachant par ailleurs que _oo_ se prononcent _ou_, acceptent
cette prononciation, mais francisent la fin du mot d’après l’écriture,
ce qui fait _boukmakèr_[95].
On peut franciser sans doute _cott_a_ge_, aussi bien que _l_a_dy_
ou _m_a_cf_a_rl_a_ne_ et même _ch_a_llenge_ et _sk_a_ting_, quoique
beaucoup prononcent ce mot par _é_[96].
* * * * *
Dans les mots anglais qui ne sont pas francisés du tout, l’_=a=_ se
prononce à l’anglaise ou à peu près, c’est-à-dire entre _a_ et _é_,
plus près de _é_. Mais comme l’_=e=_ n’est fermé en français que quand
il est final, c’est plutôt un _=e=_ ouvert que nous faisons entendre
dans ces mots[97]. _R_a_llye_ employé seul tend à se franciser[98].
Devant un _=l=_, l’_=a=_ se prononce à peu près comme _=o=_ ouvert,
dans a_ll right_ et _h_a_ll_, et _w_a_lk over_[99].
* * * * *
_Y_a_cht_ aussi, après s’être longtemps prononcé _yac_, est devenu au
siècle dernier _yote_ chez les personnes qui ont l’usage de l’anglais,
chez les marins, et aussi chez les snobs. Un jour pourtant, les gens de
sport se sont aperçus que _yacht_, emprunté à l’anglais, il est vrai,
n’était pas anglais de naissance, mais hollandais. Or, précisément,
les Hollandais prononcent à peu près _yact_ à l’allemande. Les Anglais
avaient sans doute eu raison d’angliciser le mot pour leur usage
personnel; mais pour quelle raison devrions-nous prononcer comme eux,
en leur empruntant un mot qui n’est pas à eux? Ne valait-il pas mieux
ou bien faire comme eux, c’est-à-dire franciser le mot complètement
et prononcer _yact_, ou bien conserver la prononciation _yac_, admise
depuis longtemps et, par suite, francisée? C’est ce qui a paru à
beaucoup de gens; si bien qu’aujourd’hui le mot a trois prononciations
dont la plus ancienne, et peut-être la meilleure, est _yac_; et tel
fut, sauf erreur, l’avis des hommes de sport les plus qualifiés, le
jour où la question fut posée dans le journal le _Yacht_[100].
* * * * *
L’_=a=_ précédé de l’_=e=_ ne se francise pas; nous le prononçons
tantôt _=è=_ comme dans _br_ea_k_ ou _d_ea_d-heat_[101]; tantôt _=eu=_
ouvert, comme dans _y_ea_rling_; plus souvent _=î=_, comme dans
_cl_ea_ring-house_, _dead-h_ea_t_, _gr_ea_tevent_, _gulf-str_ea_m_,
_l_ea_der_, _if you pl_ea_se_, _r_ea_der_, _s_ea_son_, _sp_ea_k_ et
_sp_ea_ker_, _st_ea_mer_, _st_ea_mboat_ et _t_ea_gown_[102].
Les deux sons _=è=_ et _=i=_, réunis dans _Sh_a_kesp_ea_re_, sont
si bien francisés dans cette prononciation, qu’on en a fait le mot
français _shakespearien_ (chexpirien).
Dans _cold-cr_ea_m_ (colcrem, par _=è=_ au lieu d’_=i=_), le français a
repris son bien (crème), mais en laissant au mot l’allure étrangère par
la brièveté de la finale, comme dans _br_ea_k_.
* * * * *
_=Oa=_ sonne _=o=_, plus ou moins ouvert dans _b_oa_rding house_,
_mail-c_oa_ch_ et _t_oa_st_, plus ou moins fermé dans _over-c_oa_t_ et
_cover-c_oa_t_, _c_oa_ltar_ et _steamb_oa_t_[103].
_R_aou_t_ se prononce de préférence et s’écrit aussi _rout_.
_=Aw=_ sonne comme _=o=_ fermé dans _l_aw_n-tennis_, _outl_aw,
_dr_aw_back_ et _tomah_aw_k_[104].
7º Le groupe OI (oy).
Le son _=oi=_ se prononce aujourd’hui _oua_ ou _wa_[105]. Ce groupe
n’est donc plus qu’un cas particulier de _=a=_, et les usages sont
sensiblement les mêmes pour _=oi=_ que pour _=a=_, avec cette
différence que le nombre des finales où figure _=oi=_ est beaucoup
plus restreint, et que sa prononciation est beaucoup plus uniforme. Je
ne parle pas de _=oi=_ atone qui est généralement sans intérêt.
I. =OI tonique.=--Comme l’_=a=_ final, _=oi=_ final n’est ni long ni
fermé, sans être tout à fait bref, ni tout à fait ouvert, et cela avec
ou sans consonne indifféremment, et après un _r_, aussi bien qu’après
une consonne quelconque: _un ab_oi, _des ab_oi_s_, _p_oi_s_, _p_oi_x_
et _p_oi_ds_, _je cr_oi_s_, _il cr_oi_t_, _la cr_oi_x_, _effr_oi, etc.:
_oît_ même n’est pas plus long, et ceci rappelle les formes verbales
en _-ât_: _tourn_oi, _dan_oi_s_, _ben_oî_t_ diffèrent bien peu, s’ils
diffèrent[106]. Pourtant _oi_ est ordinairement plus fermé dans les
substantifs _mois_ et _bois_.
_Oie_ même n’est pas plus long aujourd’hui que _oi_, sauf en vers, pour
distinguer les rimes féminines des masculines: cette distinction a
disparu de l’usage courant, même dans le mot _oie_[107].
_Harn_oi_s_ a été définitivement remplacé par _harn_ai_s_; pourtant on
peut encore prononcer _oi_ à la rime, mais seulement au sens figuré:
Sire, ainsi ces cheveux blanchis sous le harn_oi_s,
Ce sang pour vous servir prodigué tant de f_oi_s...[108]
Passons à _=oi=_ suivi d’une consonne articulée.
_Devant une sourde_, _=oi=_ s’ouvre et s’abrège comme l’_=a=_: _c_oi
est à _c_oi_te_, comme _délic_a_t_ à _délic_a_te_; on ne prononce même
plus guère une _b_oî_te_ autrement que _il b_oi_te_. De même _s_oi_f_
ou _c_oi_ffe_; et la finale _-oisse_, de _par_oi_sse_ ou _ang_oi_sse_,
autrefois longue, comme sa sœur _-aisse_, s’est fort abrégée dans
l’usage le plus général.
Comme l’_=a=_ encore, _=oi=_ est moins bref, mais tout aussi ouvert,
_devant d_, _l_, _n_, et _gn_ mouillé: _fr_oi_de_, _p_oi_l_,
_ét_oi_le_, _m_oi_ne_ et _s_oi_gne_. Quant à _r_oi_de_ et ses dérivés,
il faut laisser cette prononciation d’il y a deux siècles à la
Comédie-Française, à moins qu’elle ne soit nécessaire dans la lecture
pour la rime _froide_; la seule forme usitée est _raide_, avec tous ses
dérivés, et l’Académie française elle-même n’en connaît pas d’autre
depuis un demi-siècle[109].
Comme l’_=a=_ toujours, _=oi=_ s’allonge dans _-oir_ ou _-oire_,
sans se fermer sensiblement: _voul_oi_r_ et _gl_oire, _dev_oi_r_ et
_iv_oi_re_[110].
_Devant une spirante sonore_, _=oi=_ est plutôt moins long que l’_a_,
et surtout il ne se ferme pas comme l’_a_ devant _z_. Si _v_oi_s-je_
est à peu près pareil à _riv_a_ge_, _oi_ est plus ouvert et plus
bref dans _reç_oi_ve_ que _a_ dans _b_a_ve_ ou _gr_a_ve_. De même et
surtout, si autrefois _oi_ a pu être fermé dans _-oise_, comme _a_ dans
_-ase_, il n’en reste plus grand’chose aujourd’hui, et il est plus
ouvert, quoique plus long, dans les féminins que dans les masculins:
_bourge_oi_s_, _bourge_oi_se_; _court_oi_s_, _court_oi_se_; _dan_oi_s_,
_dan_oi_se_, et de même _framb_oi_se_, _turqu_oi_se_ ou _appriv_oi_se_.
_=Oi=_ est un peu moins ouvert dans _g_oi_tre_, _cl_oî_tre_,
_cr_oî_tre_ et ses composés, et _p_oi_vre_; mais même dans _-oître_, il
n’est plus fermé comme _=a=_ l’est encore dans _-âtre_.
* * * * *
En somme, on peut dire que _=oi=_ n’est plus fermé nulle part, et
l’accent circonflexe ne joue plus aucun rôle dans la prononciation de
cette voyelle[111].
II. =Le groupe OIGN.=--Nous devons dire un mot, pour terminer, du
groupe _=oign=_. A l’origine, la graphie de l’_n_ mouillé n’était
pas _gn_, comme aujourd’hui, mais _ign_[112]. Il en résulte que
dans le groupe _-oign-_, c’est _o_ et non _oi_ qu’on prononçait
normalement: _bes_o-_igne_, _ivr_o-_igne_, _p_o-_ignard_. La
suppression de l’_i_ a conservé la prononciation d’un certain nombre
de ces mots, d’abord _besogne_ et _besogner_, _grogner_, _ivrogne_,
_rogne_, _rogner_, _trogne_, _trognon_, _vergogne_, et un peu plus
tard _rognon_ et _cogner_ ou _cognée_, avec _encognure_, qui s’écrit
encore trop souvent _enco_-ign_ure_. Les autres ont gardé leur _i_,
malheureusement, et leur prononciation s’est altérée: encore un
des méfaits de l’orthographe! L’hésitation a été longue, mais les
efforts des grammairiens n’ont rien obtenu. Il y a beau temps déjà
qu’on prononce définitivement _oi_ dans _j_oi_gnons_, _s_oi_gner_,
_él_oi_gner_, _tém_oi_gnage_[113]. Les autres ont suivi. _O_(i)_gnon_
seul a résisté victorieusement, et se prononce exclusivement par _=o=_:
cela tient évidemment à ce qu’il est très populaire et enseigné presque
uniquement par l’oreille; _oi-gnon_ est donc ridicule[114]. On prononce
encore assez souvent _mo_(i)_gnon_, et le peuple dit fort justement
_po_(i)_gne_ et _empo_(i)_gner_; mais ceci passe déjà pour familier,
ainsi que _la foire d’empo_(i)_gne_, ces mots étant d’ailleurs plutôt
d’usage populaire. Quant à _p_oi-_gnet_, _p_oi-_gnée_, _p_oi-_gnard_,
qui sont d’usage littéraire aussi bien que populaire, et plus encore
_p_oi-_gnant_, qui est plutôt littéraire, on peut dire que leur
prononciation est définitivement altérée. Il est assurément fâcheux
que l’_i_ de ces mots n’ait pas été supprimé à temps; mais ce qui
est fait est fait, à tort ou à raison, et _p_o_gnard_ ou _p_o_gnet_
sont absolument surannés, au moins dans l’usage des personnes
instruites[115].
De ces mots on peut en rapprocher deux ou trois autres. _Poireau_,
dont la forme nouvelle n’est pas expliquée, s’écrivait autrefois
_porreau_, et peut encore s’écrire ainsi et se prononcer de même, du
moins au sens propre; mais on prononce toujours _oi_ dans l’expression
populaire _faire le p_oi_reau_, ainsi que dans _p_oi_reau_, désignant
la décoration du _Mérite agricole_. D’autre part _p_oi_trine_ et
_p_oi_trail_ ne peuvent plus se prononcer correctement par _o_ tout
seul[116].
L’anglais _boy_ se prononce _bo_ï, mais en une syllabe. Il devrait en
être de même dans _b_oy_cotter_; mais le mot est à peu près francisé
avec le son _oi_[117].
II.--LA VOYELLE E
Il ne sera pas question ici de l’_=e=_ muet proprement dit, qui
sera l’objet d’un chapitre spécial, et qui d’ailleurs _n’est jamais
tonique_[118]. Nous parlerons seulement de l’_=e=_ accentué. Peu
importe d’ailleurs qu’il soit ou non surmonté du signe qu’on
appelle accent: _aimé_ ou _aimer_, _succès_, _mortel_ ou _rebelle_
appartiennent également à ce chapitre[119].
1º L’E final.
En règle générale, l’_=e=_ tonique est fermé quand il est final, ou
suivi d’un _=e=_ muet, ou d’une consonne qui ne se prononce plus (sauf
dans les finales _=-et=_ et _=-ès=_); il est au contraire toujours
plus ou moins ouvert quand il est suivi d’une consonne articulée[120].
L’_=e=_ est donc ouvert en somme dans presque toutes les catégories;
mais les catégories, en très petit nombre, où il est fermé, ont
beaucoup plus de mots que toutes les autres ensemble.
I. =E final fermé.=--Les mots qui ont l’_=e=_ final fermé sont les
suivants:
1º La lettre _=e=_ elle-même et les noms des consonnes _=b=_, _=c=_,
_=d=_, _=g=_, _=p=_, _=t=_, _=v=_, et les innombrables mots en _=-é=_,
substantifs, adjectifs, participes: _bont_é, _zél_é, _aim_é, etc., etc.
Il faut y joindre les mots latins, francisés ou non, c’est-à-dire
écrits ou non avec l’accent aigu[121]. Par suite _vic_(e) _versa_,
qu’on entend parfois, est aussi inacceptable que _fac-simil_(e).
Nous devons parler aussi des mots italiens à _=e=_ final. Quand nous ne
les francisons pas du tout, nous leur conservons l’accent italien, qui
est ordinairement sur la pénultième, et nous faisons très peu sentir
l’_=e=_, comme dans _lazaron_e, _ciceron_e, _farnient_e, _sempr_e,
_con amor_e, _furia frances_e, _anch’ io son pittor_e, _e pur si
muov_e. D’autres mots sont francisés, mais nous avons pour cela deux
méthodes. Ou bien c’est la francisation complète, avec _e muet_, comme
dans _dilettant_(e), et aussi _andant_(e), si bien francisé avec _e
muet_, qu’on le prend comme substantif: _un andant_e; on peut y joindre
_canzon_(e), et même _vivac_(e), qui s’est naturellement confondu avec
le français _vivace_: c’était fatal. Ou bien, et c’est le cas le plus
fréquent, nous ne francisons les mots qu’à demi, et c’est alors un
_e_ fermé que nous prononçons, comme dans _piano fort_e, _cantabil_e,
_a piacer_e, _dolc_e, _mezzo-termin_e. Dans _fara da s_e, l’_=e=_ est
accentué, même en italien[122].
2º A la catégorie de l’_=e=_ final fermé appartiennent aussi: _pied_,
qui devrait s’écrire et s’est longtemps écrit _pié_, même en prose, et
non pas seulement pour la rime; puis _sied_ et _messied_, _assied_ et
_assieds_. Mais la prononciation d’_assied_ est moins sûre que celle de
_pied_. Elle paraît flotter entre l’_=e=_ fermé de _p_ie_d_ et l’_=e=_
ouvert des mots en _=et=_. Peut-être est-ce l’_s_ d’_assi_e_ds_ qui en
est cause; en tout cas l’_e_ d’_assi_e_ds-toi_ est plutôt moyen.
Je ne parle pas de _cl_e_f_, qui s’écrit aussi _clé_.
3º Les innombrables mots en _=-er=_, ou _=-ier=_, dans lesquels l’_r_
ne se prononce pas: _aim_e_r_, _pri_e_r_, _pommi_e_r_, _meuni_e_r_,
_réguli_e_r_, _arch_e_r_, _messag_e_r_, _lég_e_r_, etc.[123].
4º Les mots en _=-ez=_ où le _z_ ne se prononce pas, à savoir:
les formes verbales de la seconde personne du pluriel, _aim_e_z_,
_aimi_e_z_, _aimeri_e_z_; le substantif _n_e_z_; la préposition
_ch_e_z_; l’adverbe _ass_e_z_; enfin l’ancienne préposition _l_e_z_
(près de), des noms de lieux[124].
Il y avait aussi autrefois un adverbe _r_e_z_ (au niveau de), qui
était également fermé: il n’existe plus que dans le substantif
_r_e_z-de-chaussée_, où il s’est ouvert et abrégé, en devenant
atone[125].
La distinction entre l’_e_ final, qui est fermé, et l’_e_ suivi d’une
consonne articulée, qui est ouvert, est si marquée et si constante,
que quand les infinitifs en _=-er=_ (_é_) se lient avec la voyelle
suivante, liaison qui se maintient au moins en vers pour éviter
l’hiatus, l’_e_ s’ouvre aussitôt, au moins à moitié: tous les efforts
des grammairiens, comme Domergue, pour maintenir l’_e_ fermé, ont
échoué. Ainsi dans l’hémistiche _pour aller à Paris_, avec liaison,
l’_=e=_ est intermédiaire entre l’_=é=_ fermé d’_all_e_r_ et l’_=è=_
ouvert de _colère_. Peut-être aussi l’affaiblissement de l’accent
contribue-t-il à cette ouverture.
Les finales masculines en _=-é=_ sont fermées en quelque sorte si
nécessairement, que même des finales qui furent longtemps ouvertes--par
la volonté des grammairiens beaucoup plus que par une tendance
naturelle--ont fini par se fermer de nouveau définitivement: ce sont
les articles et pronoms monosyllabiques _les_, _des_, _ces_, et _mes_,
_tes_, _ses_[126]. A la vérité, beaucoup d’acteurs, de professeurs,
d’orateurs, s’efforcent encore d’articuler _l_è_s hommes_, et essayent
de résister à l’usage universel, mais cette prononciation est
absolument conventionnelle. Elle est bonne tout au plus dans le chant,
qui a des exigences propres: quand on parle, on ne saurait prononcer
_mes_ dans _mes sœurs_ autrement que dans _mesdames_, où il est
certainement fermé. Même après un impératif, le pronom _les_, devenu
tonique, est aussi fermé que l’article dans l’usage universel. Sans
doute les poètes continuent à faire rimer _donne-les_ avec _poulets_ ou
_balais_, mais c’est affaire à eux, et on ne voit pas pourquoi _les_
aurait deux prononciations, une en prose, une en vers[127].
II. =E final ouvert.=--Ainsi le français ignore l’_=e= ouvert_ final.
Il y a pourtant, nous l’avons dit, deux exceptions, non pas pour _é_
tout seul, mais pour l’_e_ suivi de consonnes non articulées.
1º Les mots en _=-et=_, assez nombreux, avec ou sans _s_: _gib_et,
_cad_et, _m_et_s_, _r_et_s_, etc. Il faut excepter encore la
conjonction _et_, qui est toujours fermée, mais qui pourtant semble
avoir tendance à s’ouvrir par analogie.
L’_=e=_ est tellement ouvert dans les mots en _=-et=_, qu’il ne l’est
pas sensiblement plus dans les mots en _=-êt=_[128]: _ben_êt et
_bonn_et, _for_et et _for_êt riment parfaitement ensemble. _Il est_,
qui a gardé son _s_, est de la même famille, mais son _e_ est moyen,
même quand il est tonique, à fortiori quand il est atone, c’est-à-dire
le plus souvent: _qu’_est_-ce que c’_est? _c’_est _lui_, ainsi dans
_c’_est _vrai_, _est_ est moins ouvert que _vrai_.
_Fouet_ s’est longtemps prononcé _foi_, mais l’orthographe a réagi sur
la prononciation.
2º Un certain nombre de mots en _=-cès=_, _=-grès=_ ou _=-près=_,
dérivés de mots latins en _-cessus_, _-gressus_ et _-pressus_, à
savoir: _déc_ès, _proc_è_s_, _abc_è_s_, _exc_è_s_ et _succ_è_s_;
_progr_è_s_ et _congr_ès; _pr_è_s_, _apr_è_s_, _aupr_è_s_, _expr_è_s_,
et le substantif _cypr_ès[129]. De plus, sans doute par analogie,
_gr_è_s_, _agr_è_s_ et _tr_è_s_; enfin _d_è_s_ et _prof_è_s_. _Tu_
e_s_ a plutôt l’_e_ moyen, un peu plus ouvert dans _folle que tu_ e_s_
que dans _tu_ e_s folle_.
La tendance à fermer l’_=e=_ final est si marquée en français que, même
pour ces deux catégories, _-et_ et _-ès_, dans beaucoup de provinces
on ferme l’_=e=_, comme dans _mes_ ou _les_. Cette prononciation, qui
n’est pas nouvelle, est peut-être destinée à triompher un jour de
nouveau; en attendant, elle est tout à fait vicieuse, et c’est un des
défauts dont il faut se garder le plus.
En parlant de l’_=e=_ fermé, ou plutôt de l’_=e=_ final, même ouvert,
nous n’avons rien dit de la quantité. C’est qu’elle est la même
partout: sans être tout à fait bref, l’_=e=_ final n’est jamais long;
comme l’_a_ final, il est moyen partout, dans _succ_è_s_, _cabin_e_t_
ou même _for_ê_t_, comme dans _aim_e_r_, _aim_é ou _aim_e_z_. La
question est donc sans intérêt[130].
Pourtant les finales féminines en _=-ée=_ et _=-ées=_ furent jadis et
peut-être même devraient être un peu plus longues que les masculines.
Elles ont fait comme les finales en _=-oie=_, et nous retrouverons
le même phénomène dans les finales en _=-aie=_, _=-eue=_, _=-ie=_,
_=-ue=_, _=-oue=_. Dans toutes ces finales, sauf tout au plus les
finales en _=-ie=_ (et encore!), la distinction d’avec la finale
masculine a complètement disparu de l’usage courant: elle ne se
maintient plus que dans une prononciation très soutenue, et surtout en
vers, où le prolongement du son a pour but de faire encore distinguer,
_s’il est possible_, les rimes masculines des rimes féminines. Ce n’est
plus qu’un artifice de diction[131].
2º L’E suivi d’une consonne articulée.