Et fais tirer la maille! Aussitôt que paraît
le lustre du soleil[1], à la remonte
s'est remis derechef en chemin le Caburle,
fendant le Rhône avec sa proue taillante
et remplissant de vie la vallée fluviale
avec le mouvement, la poussière et le bruit
de sa cavalerie. Le mistral en tempête
ronfle toujours. Les arbres, qui saluent
en mugissant, se courbent, se secouent
à arracher leurs troncs. Le vent refrène
le Rhône devenu poli comme une glace.
Contre eau et contre vent, les forts quadriges,
le museau incliné, cheminent vers le nord
de leur pas régulier. Harmonieuse
cornemuse, la bise formidable
étonne et fait chauvir les oreilles des bêtes.
A leurs chapeaux, à leurs bonnets de panne
portant les mains et rechignant les lèvres,
les charretiers impatientés profèrent
contre le Maëstral un tourbillon d'insultes:
--«Souffle, brigand de Chasse-mouches! Souffle,
ô débraillé de Dieu, à te crever!
Il n'y a donc personne, ô Mange-fange,
qui viendra boucher le trou d'où tu sors?
Hue, grand coquin!» Et d'un cliquetis
de coups de fouet ils cinglent leurs chevaux gigantesques.