CIII

Et fais tirer la maille! Aussitôt que paraît

le lustre du soleil[1], à la remonte

s'est remis derechef en chemin le Caburle,

fendant le Rhône avec sa proue taillante

et remplissant de vie la vallée fluviale

avec le mouvement, la poussière et le bruit

de sa cavalerie. Le mistral en tempête

ronfle toujours. Les arbres, qui saluent

en mugissant, se courbent, se secouent

à arracher leurs troncs. Le vent refrène

le Rhône devenu poli comme une glace.

Contre eau et contre vent, les forts quadriges,

le museau incliné, cheminent vers le nord

de leur pas régulier. Harmonieuse

cornemuse, la bise formidable

étonne et fait chauvir les oreilles des bêtes.

A leurs chapeaux, à leurs bonnets de panne

portant les mains et rechignant les lèvres,

les charretiers impatientés profèrent

contre le Maëstral un tourbillon d'insultes:

--«Souffle, brigand de Chasse-mouches! Souffle,

ô débraillé de Dieu, à te crever!

Il n'y a donc personne, ô Mange-fange,

qui viendra boucher le trou d'où tu sors?

Hue, grand coquin!» Et d'un cliquetis

de coups de fouet ils cinglent leurs chevaux gigantesques.

Le Poème du Rhône, en XII chants. Texte Provençal et Traduction Française · 第 267 / 296 题