LXXXI

Et vogue la navée!--«Ohé, petite!

notre pays, Aramon! viens donc voir!»

le gros Toni a crié. «Vois la hutte

où nous restions (oh! quand j'y songe!),

à moitié ruinée par l'inondation,

l'an du Rhône gros, et où tu es née...»

--«Que d'arbres de partout! le beau terroir!

disaient les passagers. «Quels tas de gerbes!

On voit bien que c'est tout alluvion du Rhône...»

--«L'avons-nous dépassé, le Gard?»--«Voilà ses îles...

Et, de l'autre côté, sur le bord, Valabrègue

avec son Roudadou[3] qui l'environne!

Les _verganières_[4] y coupent les osiers...

O Marguerite! ô Malen!... Ah! les gouges!

De leurs serpes luisantes faisant montre,

les voyez-vous, dans les taillis, comme elles rient?

C'est dans ces touffes d'herbes aquatiques

qu'il ferait bon tendre ses nasses?»

--«Un esturgeon qui monte!»--«Ce jet d'eau

qui jaillit là devant?»--«Oui, oui, je vous assure!

C'est un laité de mer, et des beaux: un indice

que Beaucaire s'approche.»--«Quelle fête!

Mais vrai, voilà le pont! et voyez Sainte-Marthe

dont le clocher pointe sur l'autre rive!

Le pont tarasconais, avec ses piles

qui enjambent le fleuve, toutes blanches!

Le grand château de Tarascon, en face

de celui de Beaucaire à la cime duquel

il y a le drapeau tricolore qui flotte!

Nous sommes avec Dieu! et vive la Provence!»

[Illustration]

[Illustration]

Le Poème du Rhône, en XII chants. Texte Provençal et Traduction Française · 第 240 / 296 题