LXXV

Le long du Rhône qui dans l'ombre luit

et hors d'Avignon suivant le rempart,

ils entrent doucement par la porte Ferrusse

et du Limas à la Juiverie-Vieille

ils montent en cachette, par les étroites rues,

jusque là-haut vers le Château des Papes.

Tout est désert à l'entour. Les fresaies,

dans la noirceur effrayante que jettent

les colossales tours, font leurs gémissements.

Sur la cité qui dort tombent lugubres

les douze coups de minuit. Au «qui vive?»

--«Ami!» répond Jean Roche dans le sombre,

car, pour déterrer les apôtres d'or

avec son coup de main d'Hercule,

le subtil et sage prince de Hollande

lui a donné charge d'attendre à l'affût.

Au pied des hautes murailles ténébreuses,

le coeur en onde, les belles de Venise

ont entrevu déjà dans leur pensée

les barbes d'or de saint Jean, de saint Jude:

le parchemin dans les doigts, l'une d'elles

étudiant les lieux, cherchant les repères;

une autre dans ses mains qui lui frétillent

tenant la baguette divinatoire;

et l'autre, penchée en fleur de narcisse,

complaisamment sur le bras de Guilhem

laissant aller son sein rebondissant.

--«Par saint Antoine de Padoue, on en brûle!»

a fait soudainement celle qui porte

le brin de coudrier. Avidement chacun

se précipite autour d'elle pour voir...

Oh! jamais de la vie! Agitée d'elle-même,

la houssine blanche va se tortillant

et d'elle-même tourne vers la terre,

marquant l'endroit précis, à quelques toises

de l'Escalier du Pater où l'on monte

vers l'église de Dom.--«On tient la mine!»

Guilhem dit en riant, «Jean Roche, creuse!»

Le Poème du Rhône, en XII chants. Texte Provençal et Traduction Française · 第 234 / 296 题