XLIX

Sitôt qu'apparaissait en amont le convoi

des sisselandes, sapines et penelles,

encâblées à la queue l'une de l'autre,

avec les Condrillots droits sur la poupe

qui, bras levés, d'accord, poussant le gouvernail,

dans l'azur ensuite le lâchaient ensemble,

les gens de terre leur criaient du rivage:

«Mange-cabris! Culs-de-peau! Nez de beurre!»

Et les colosses bonasses:--«Mange-anchois!»

répondaient-ils en clameur prolongée,

«marche donc! As-tu peur que la terre te manque?»

Et tout le long l'antique gouaillerie

retentissait dans le parler des peuples;

et tout le long, sur les talus de pierre

des petits ports qui bordent la grande eau,

pour voir, hiver, été, venaient les filles,

leur assiette à la main ou de leur bas

maniant le tricot, la tête alerte.

Tout en glissant aussi sur l'onde lisse,

les Condrillots alors se rengorgeaient

et des bateaux leur criaient souriants:

--«Allons, les filles, voulez-vous bien venir

avec nous autres à Arles?»--«Nous ne sommes pas prêtes;

une autre fois!» Et les barques filaient,

au clapotis des flots, entre les îles.

Et le pilote à peine, debout sur le tillac,

les yeux ouverts et fixes en avant,

pour éviter les durillons de roche,

de loin en loin tournait un peu la barre.

[Illustration]

[Illustration]

Le Poème du Rhône, en XII chants. Texte Provençal et Traduction Française · 第 201 / 296 题