XLIII

Pendant que le Caburle ainsi dévale,

croisant de loin en loin quelque autre file

dont l'équipage en marche remonte le courant

du Rhône, à la vue passent

vallées et puys: le Roubion, dans les terres,

baignant Montélimar; après, les contreforts

de la grande église arc-boutée là-haut

sur le roc de Viviers; vers l'autre rive

le gouffre de Gournier--où, quand vient la Noël,

une fois par an, s'entendent les cloches,

au coup de minuit, du couvent de nonnes

qui au temps passé y fut englouti.

Avec l'ancien château qui était vis-à-vis,

par un souterrain creusé sous le fleuve,

elles communiquaient, dit-on...--«Alerte! alerte!»

Le timonier soudain virant au gouvernail,

ils ont raclé sur l'écueil de Malmouche.

Rapide, la remorque vient d'entrer dans la cluse[1]

étroite et redoutable de Donzère.

Au passage, farouches, de côté les épient

les Trois Donzelles transformées en rochers[2].

Elles attendaient là, toutes les trois debout,

leurs chevaliers partis pour Terre Sainte:

en regardant venir le long de l'eau,

la langueur de l'attente est si mauvaise!

elles finirent par s'y pétrifier.

Ils dépassent le Bourg où le diacre Andéol

exorcisa le dieu Mithra; ils découvrent

le mont Ventour qui protubère au loin,

plus loin encore le Mézenc des Cévennes,

là-bas enfin les arches magnifiques

du Pont Saint-Esprit, bâti par miracle;

et, perdus dans les arbres, les voilà qui abordent

au Malatra, confluent de l'Ardèche,

où ils vont, pour parer aux grèves dangereuses,

embarquer l'homme de la mue[3].

Le Poème du Rhône, en XII chants. Texte Provençal et Traduction Française · 第 195 / 296 题