XXX

Ensuite un branle, la ronde de l'Airette[8],

qui sous les sauts fait chanceler les barques,

et des chansons: _Les filles de Valence

sont molles en amour, les Provençales

le font, la nuit, le jour..._--«Brinde à l'Anglore!

cria Guilhem; sans savoir davantage,

avec ce moût des vignes escarpées

mon premier brinde est pour la fleur du Rhône!

Et mon second, pour le Rhône lui-même

qui reflète en ses eaux la fleur mystérieuse!

Et mon troisième est pour le soleil clair

qui nous convie à vivre dans la joie!»

--«Enfants, dit le patron Apian, la vie

est un trajet pareil à celui de la barque:

elle a ses beaux, ses mauvais jours. Le sage,

quand les flots rient, doit savoir se conduire;

dans les brisants, doit filer doux. Mais l'homme

est né pour le travail, est né pour naviguer...

Qu'on ne me parle pas de ces lendores

que rien ne fait contents! Celui qui rame,

au bout du mois, il lui tombe sa paye;

et celui qui a peur des ampoules aux mains

fait le plongeon au gouffre de misère.

Sur les barques, depuis cinquante ans pour le moins,

oui, j'en ai vu de toutes. Mais j'estime qu'il faut,

entre l'Empire et le Royaume,

comme entre abandon et outrecuidance,

tenir le milieu. On a festiné...

Eh bien, enfants, au bon Dieu rendons grâces

et qu'au retour nul ne manque à l'équipe!»

Le Poème du Rhône, en XII chants. Texte Provençal et Traduction Française · 第 178 / 296 题