XXVII

Des points de vue nouveaux qui l'environnent,

de l'admirable vallée, des éboulis,

des rocs à pic aux ravines profondes,

des vieux châteaux emmantelés de gloire

et de la volupté de l'air si lumineux

Guilhem a le coeur ivre et chez le prince

l'élancement d'amour ne tarde point à naître.

--«Mais je la verrai bien, se dit-il à part lui,

la dive dont le charme ou la beauté farouche

semble papilloter sur tout le Rhône!

l'Anglore, cette vierge, cette jeune inconnue

dont tout le monde parle et rêve,

cette perle des grèves qui scintille

à l'imagination comme aux regards de tous

et qui, sais-je pourquoi? sans l'avoir vue,

à moi aussi me danse par la tête!»--

L'eau étincelle et rit; les poules d'eau,

les hirondelles, planant de l'aile, rasent

l'onde fuyante au gai soleil qui tourne;

et d'un moulin pendu sur barque

quelquefois le meunier, ou les pêcheurs

tirant leurs filets à bascule,

à tour de bras de loin en loin saluent.

Mais dans le sang des vieux comme des jeunes

la chaude après-midi met la paresse.

Or voilà Saint-Vallier et ses terrasses:

apparition illustre, en haut miroite

Diane de Poitiers, l'ensorceleuse

du roi François Premier, la grande duchesse

de ce Valentinois que Drôme baigne,

la comtesse d'Étoile clarissime

qui enjôla d'amour la cour de France.

Mais Diane est morte, en arrière elle fuit

dans le mouvant tableau de ce qui passe

autour des nefs qui vont comme des alcyons;

et aujourd'hui, l'Anglore, la petite

dont les pieds nus foulent l'arène molle,

l'Anglore en son nouveau, elle est la vie,

l'avenir en vedette, l'illusion

de ceux-là qui s'en vont au fil de l'onde!

Le Poème du Rhône, en XII chants. Texte Provençal et Traduction Française · 第 175 / 296 题