XXII

--«Royaume, foudre!»

cria le voiturin en coupant son récit,

«vous ne voyez donc pas les îles de Saint Pierre,

grand capon de pas Dieu, qui vous entravent?»--

Et il reprit:--«C'est pour vous dire, prince,

que s'il est vrai, comme affirme un proverbe,

que tous les saints aident à la descente,

tout de même en descente, allez, il se rencontre

ses contre-temps, incidents et hasards.

D'ordinaire pourtant, quand tout va bel et bien

et que l'on peut, même au clair de la lune,

reconnaître à vue d'oeil la bonne voie,

des grands quais de Lyon aux basses rives

du Rhône provençal, en deux journées,

aux mois d'été, se fait la course.

Un vrai jeu que cela! mais puis c'est la remonte,

seigneur, qui fait tirer! De chaque bord,

sur les bateaux plats que nous remorquons,

--voyez-les donc, encaqués comme anchois,--

nous avons là nos chevaux de halage:

vingt fortes couples[9], toutes bêtes de choix,

fleur des haras du Charolais,

que vous verrez, quand nous reviendrons contre-mont,

s'évertuer superbes sur la rive du fleuve...

Je ne dis pas qu'il n'y ait, sur l'Empire

ou le Royaume, rien de comparable

à notre chevaline; mais je vous garantis

que vingt mille quintaux ne les font point culer.»

Le Poème du Rhône, en XII chants. Texte Provençal et Traduction Française · 第 168 / 296 题