Son portulan à la main--qu'il feuillette,
le prince transporté lors s'écria:
--«Salut, empire du soleil, que borde
comme un ourlet d'argent le Rhône éblouissant!
empire de plaisance et d'allégresse,
empire fantastique de Provence
qui avec ton nom seul charmes le monde!
Oh! être né dans les temps de bagarre,
de pêle-mêle, de néant, d'aventures,
où, une épée en main, le vaillant homme
pouvait, ne consultant que son instinct,
pouvait, dans le ferment des troubles,
se tailler librement un beau royaume,
en voilà une, entre toutes, de chance!
Comme ce grand Boson, comte de Vienne,
qui là, depuis mille ans, dans l'église majeure
de Saint-Maurice, porte sur sa tombe
le témoignage écrit de son audace,
de sa munificence, de sa gloire!
Princes de comédie et rois blafards,
nous aujourd'hui, impersonnels, dans l'ombre
et l'étroitesse de nos attributs légaux,
nous passons chuchotant à ras l'histoire,
dissimulant couronne et sceptre,
comme si nous avions peur d'être en vue!
Mais toi, comte Boson, à la barbe
des potentats de France et d'Allemagne,
tu enfourches d'un bond les flancs du Rhône:
«Allons, mon bon cheval!» par les sommets,
au cri: _vive Provence!_ tu t'élèves...
--«Voilà, se disent les gens dans la mêlée,
«un homme!»--Et les barons et les évêques
t'ont acclamé roi d'Arles dans Mantaille!»