Mais le vrai, le voici: par une suggestion
qui vient du sang, Guilhem (ainsi se nomme
le beau dauphin de la nation flamande)
veut rouler par le Rhône. Il veut connaître
l'aire qui le couva, la terre illustre
qui lui transmit le noble nom qu'il porte,
Orange et sa célèbre Gloriette,
château fort et palais de ses aïeux
au temps féroce des guerres sarrasines.
Et il veut parcourir et voir chacun des lieux
où ont laissé leurs vestiges ces princes
dont le Cornet[3] sonna dans les tirades
de toutes les chansons chevaleresques.
Il veut s'initier à ce langage
dans lequel Béatrix de Romans gazouillait
ses doux accents lesbiens, la langue allègre
en laquelle chanta la Comtesse de Die
ses lais d'amour avec Raimbaud d'Orange.
Il a lu. Il se sent aux entrailles,
à de certains moments, les ambitions superbes,
le reverdissement des grandes envies folles
qui vers la gloire ont exalté ses pères
et le regret des conquêtes perdues.
Mais pourquoi le regret, si des ancêtres
il pouvait recouvrer la terre ensoleillée
en l'embrassant de son regard avide!
Qu'est-il besoin d'épées qui étincellent
pour s'emparer de ce que l'oeil nous montre?
Et ne serait-ce pas trop beau, tout simple aussi,
de reconquérir ce fleuron d'Orange,
ce franc-alleu que tinrent ceux des Baux,
et cet empire enfin des Bosonides
qui dans le cri «empire!» dure encore,
en s'accointant aux bonnes gens du peuple
qui l'ont gardé, le cri des souvenances?
On le dit bien de qui est populaire:
«C'est notre roi, c'est un roi!» Eh! bon Dieu,
quoi davantage? autant lui en advienne!
Car à leur tour croulent les châteaux forts,
comme il apparaît là sur chaque mamelon,
et tout s'éboule et tout se renouvelle...
Mais sur tes cimes, immuable Nature,
à tout jamais les thyms éclosent
et toujours les pasteurs et pastourelles
s'y vautreront sur l'herbe au renouveau.