De son royaume ombreux, paludéen,
où le Rhin se noie dans les brumes,
lui, quelque jour, s'il revient en santé,
ceindra la couronne d'iris.
Mais il s'en faut, pour l'heure, qu'il lui tarde
de prendre en charge le gouvernail des hommes,
dégoûté comme il est, avant d'y être,
de toutes les intrigues qu'il comporte,
des manoeuvres de cour, et des cérémonies,
et de l'ennui qui vous y mange l'âme.
Et il s'est mis en tête une folie d'amour,
lubie de prince imaginatif, rêveur;
il s'est mis dans la tête de trouver en voyage
l'éclosion de la Naïade antique
et la fleur d'eau épanouie sur l'onde
où la Nymphe se cache nue,
la Nymphe belle et pure et claire et vague
que l'esprit conçoit et désire,
que le pinceau retrace, que le poète
dans ses visions éternellement évoque,
la Nymphe séductrice, voluptueuse,
qui, autour du nageur, au cours de l'eau,
laisse flotter sa chevelure
et se confond et fond avec le flot.
Et de canal en canal, par la Saône,
il descendit de son pays de Flandre,
comme descendent du nord brumeux les cygnes
aux «clairs» du Vacarés, quand vient l'automne.