XII

De son royaume ombreux, paludéen,

où le Rhin se noie dans les brumes,

lui, quelque jour, s'il revient en santé,

ceindra la couronne d'iris.

Mais il s'en faut, pour l'heure, qu'il lui tarde

de prendre en charge le gouvernail des hommes,

dégoûté comme il est, avant d'y être,

de toutes les intrigues qu'il comporte,

des manoeuvres de cour, et des cérémonies,

et de l'ennui qui vous y mange l'âme.

Et il s'est mis en tête une folie d'amour,

lubie de prince imaginatif, rêveur;

il s'est mis dans la tête de trouver en voyage

l'éclosion de la Naïade antique

et la fleur d'eau épanouie sur l'onde

où la Nymphe se cache nue,

la Nymphe belle et pure et claire et vague

que l'esprit conçoit et désire,

que le pinceau retrace, que le poète

dans ses visions éternellement évoque,

la Nymphe séductrice, voluptueuse,

qui, autour du nageur, au cours de l'eau,

laisse flotter sa chevelure

et se confond et fond avec le flot.

Et de canal en canal, par la Saône,

il descendit de son pays de Flandre,

comme descendent du nord brumeux les cygnes

aux «clairs» du Vacarés, quand vient l'automne.

Le Poème du Rhône, en XII chants. Texte Provençal et Traduction Française · 第 158 / 296 题