XI

--«Pousse au royaume, ho!» crie une voix.

--«Nous y sommes! voilà!» On appuie au timon

et le prouvier jette le câble à terre.

C'est Vernaison.--«Amarre!» Dès qu'on touche,

apparaît tout d'un coup, là, un jeune homme blond

qui, dégagé, monte sur la grand'barque...

Et quel est-il? C'est le prince d'Orange,

le fils aîné, dit-on, du roi de Hollande.

Et de toute façon les langues conjecturent:

et pour les uns ce n'est qu'un éventé,

qu'un drille, assurent-ils, qu'une tête fêlée,

qui, se brouillant avec le roi son père,

a dû partir pour courre l'aventure,

le guilledou, la pretentaine,

à travers le pays. Selon les autres,

il s'est opiniâtré tant et tant sur les livres,

il s'est acoquiné tellement à l'étude

qu'il en est, le pauvret, tombé en chartre,

comme un enfant qui mange de la cendre;

et vers le Rhône les médecins l'ont envoyé

boire le bon soleil qui ravigote,

boire le souffle vif du rude Maëstral[1].

Le Poème du Rhône, en XII chants. Texte Provençal et Traduction Française · 第 157 / 296 题