PATRON APIAN

I

Dès la prime aube, vont partir de Lyon

les voiturins qui règnent sur le Rhône.

C'est une race d'hommes robustement musclée,

gaillarde et brave, les Condrillots. Toujours

debout sur les radeaux et les sapines,

le hâle du soleil et le reflet de l'eau

leur dorent le visage comme un bronze.

Mais en ce temps, vous dis-je, plus encore

on y voyait des colosses à barbe épaisse,

grands, corpulents, membrus, tels que des chênes,

remuant une poutre comme on fait d'un fétu,

de la poupe à la proue criant, jurant sans cesse

et largement, pour se donner courage,

au pot énorme humant le rouge piot,

tirant à beaux lopins la chair de la marmite.

C'était le long du fleuve une haute clameur

que du nord au midi on entendait sans trêve:

«Proue en aval, ho! royaume! empire[1]!

Amont la proue! sus! fais tirer la _maille_[2]!»

Le Poème du Rhône, en XII chants. Texte Provençal et Traduction Française · 第 147 / 296 题