XIII

Dans ce même temps, des amis de Clément lui proposèrent d’entreprendre

un pèlerinage à Lourdes pour demander sa guérison à la Vierge. On lui

faisait valoir que cette guérison miraculeuse pourrait être pour un

grand nombre d’incrédules ou d’indifférents une occasion de retour à la

foi.

Il hésita d’abord, consulta une religieuse très avancée dans la vie

spirituelle. Mais cette sainte moniale lui répondit qu’après les

assurances qu’il avait reçues d’être une victime de réparation unie à la

Passion du Christ, elle croyait préférable qu’il continuât de souffrir

pour le rachat des péchés du monde.

Roux lui donna raison. Il demanda au Seigneur de ne jamais guérir. Et

cet héroïsme dans le sacrifice dissipa les ténèbres. Il se fondit en

Dieu et connut enfin les joies de l’union constante avec Jésus. Alors il

passa la plus grande partie de son existence dans la chapelle des

Visitandines, priant, adorant la Présence Réelle dans le tabernacle:

«Ici, écrivait-il, je vis, ailleurs, je ne vis plus. Ma nature a subi

une telle transformation que je meurs d’ennui en dehors de ce lieu

d’adoration et d’amour. Il n’y a plus à y revenir: c’est un fait

réellement et pour jamais accompli; ma volonté n’y pourrait rien. Je

sens en moi une puissance irrésistible qui m’enchaîne au pied de

l’autel. Entre mon âme et Jésus, il y a un courant d’amour sans solution

de continuité. Et dans ce silence profond de l’amour, j’entends retentir

un seul mot qui me plonge dans un ravissement sans fin: _Je t’ai aimé de

toute éternité!..._» Dès lors, il s’absorba jusqu’à la fin de sa vie

terrestre dans sa fonction de serviteur de l’Eucharistie.

Les ravissements de son âme, où coulait un perpétuel fleuve de lumière,

il les a exprimés par des cris d’amour si fervents qu’ils brûlent encore

les pages où il les traça car, désormais, il pouvait dire, à la manière

de saint Paul:--Je vis, mais c’est Jésus qui vit en moi!

Ceux qui le surprenaient en adoration éprouvaient une sorte

d’éblouissement et se sentaient remués jusqu’au fond de l’âme à le

contempler. Un jour, une personne pieuse, Mlle Catherine Bernard, avait

à l’entretenir d’une affaire urgente. On lui dit qu’il était chez les

Visitandines où le Saint-Sacrement était exposé. Elle se rendit à la

chapelle et s’approchant de Clément qui était agenouillé près de la

table de communion, elle lui toucha l’épaule. Il tourna la tête et elle

fut stupéfaite en voyant sa figure couverte de larmes et toute

lumineuse. «Je fus tellement saisie, ajoute-t-elle, que je me retirai

sans avoir osé lui adresser la parole.»

Ainsi la lumière rayonnait de lui pour pénétrer dans l’âme des fidèles.

Quand l'esprit souffle · 第 80 / 90 题