TROISIÈME LETTRE

Votre lettre m’a fait beaucoup de bien. Je me rends compte à présent que

je m’enlisais dans un marécage sans issue, quand je me tourmentais à

propos de l’opinion du monde et de l’incapacité des prêtres. Quel

orgueil outrecuidant j’ai montré! Il me faut l’avouer: j’avais donné en

plein dans le traquenard démoniaque que vous me démasquez. Néanmoins, je

ne suis pas encore décidé à faire le nécessaire et je prie Dieu pour

qu’il me donne la force de prendre enfin une résolution ferme... Ce qui

m’a le plus touché, c’est votre comparaison de mon état d’âme au sommeil

des disciples à Gethsémani. Oh! oui, je suis lâche!... Mais je ne veux

absolument pas retomber dans mon assoupissement. Suivant votre conseil,

j’ai commencé de tenir un journal de ma vie intérieure; j’y trouve du

soulagement à mes peines et je vous l’enverrai. Continuez, je vous en

supplie, de faire prier pour moi: j’en ai bien besoin car voici que

cette présence mystérieuse qui me soutenait s’est retirée: j’erre, le

cœur sec, dans de lourdes ténèbres. Que le Seigneur ait pitié de moi!...

Agréez, avec mes remerciements les plus chauds, etc., etc...

P.-S.--Je lis tous les jours un peu de l’_Imitation_: quel voyant que

l’auteur de ce livre! Je vous sais grand gré de me l’avoir fait

connaître.

Quand l'esprit souffle · 第 61 / 90 题