Votre lettre m’a fait beaucoup de bien. Je me rends compte à présent que
je m’enlisais dans un marécage sans issue, quand je me tourmentais à
propos de l’opinion du monde et de l’incapacité des prêtres. Quel
orgueil outrecuidant j’ai montré! Il me faut l’avouer: j’avais donné en
plein dans le traquenard démoniaque que vous me démasquez. Néanmoins, je
ne suis pas encore décidé à faire le nécessaire et je prie Dieu pour
qu’il me donne la force de prendre enfin une résolution ferme... Ce qui
m’a le plus touché, c’est votre comparaison de mon état d’âme au sommeil
des disciples à Gethsémani. Oh! oui, je suis lâche!... Mais je ne veux
absolument pas retomber dans mon assoupissement. Suivant votre conseil,
j’ai commencé de tenir un journal de ma vie intérieure; j’y trouve du
soulagement à mes peines et je vous l’enverrai. Continuez, je vous en
supplie, de faire prier pour moi: j’en ai bien besoin car voici que
cette présence mystérieuse qui me soutenait s’est retirée: j’erre, le
cœur sec, dans de lourdes ténèbres. Que le Seigneur ait pitié de moi!...
Agréez, avec mes remerciements les plus chauds, etc., etc...
P.-S.--Je lis tous les jours un peu de l’_Imitation_: quel voyant que
l’auteur de ce livre! Je vous sais grand gré de me l’avoir fait
connaître.