Spectacle singulier et triste.
Les femmes, avec leur orgueil féminin, se vengent des sots sur les gens
d'esprit, et des âmes prosaïques à argent et à coups de bâton, sur les
coeurs généreux. Il faut convenir que voilà un beau résultat.
Les petites considérations de l'orgueil et des convenances du monde ont
fait le malheur de quelques femmes, et par orgueil leurs parents les ont
placées dans une position abominable. Le destin lui avait réservé pour
consolation bien supérieure à tous leurs malheurs le bonheur d'aimer et
d'être aimées avec passion; mais voilà qu'un beau jour elles empruntent
à leurs ennemis ce même orgueil insensé dont elles furent les premières
victimes, et c'est pour tuer le seul bonheur qui leur reste, c'est pour
faire leur propre malheur et le malheur de qui les aime. Une amie qui a
eu dix intrigues connues, et non pas toujours les unes après les autres,
leur persuade gravement que si elles aiment, elles seront déshonorées
aux yeux du public; et cependant ce bon public, qui ne s'élève jamais
qu'à des idées basses, leur donne généreusement un amant tous les ans,
parce que, dit-il, c'est la règle. Ainsi l'âme est attristée par ce
spectacle bizarre: une femme tendre et souverainement délicate, un ange
de pureté, sur l'avis d'une c... sans délicatesse, fuit le seul et
immense bonheur qui lui reste, pour paraître, avec une robe d'une
éclatante blancheur, devant un gros butor de juge qu'on sait aveugle
depuis cent ans, et qui crie à tue-tête: «Elle est vêtue de noir.»