Dans une âme parfaitement indifférente--une jeune fille habitant un
château isolé au fond d'une campagne,--le plus petit étonnement peut
amener une petite admiration, et, s'il survient la plus légère
espérance, elle fait naître l'amour et la cristallisation.
Dans ce cas, l'amour plaît d'abord comme amusant.
L'étonnement et l'espérance sont puissamment secondés par le besoin
d'amour et la mélancolie que l'on a à seize ans. On sait assez que
l'inquiétude de cet âge est une soif d'aimer, et le propre de la soif
est de n'être pas excessivement difficile sur la nature du breuvage que
le hasard lui présente.
Récapitulons les sept époques de l'amour; ce sont:
1º L'admiration;
2º Quel plaisir, etc.;
3º L'espérance;
4º L'amour est né;
5º Première cristallisation;
6º Le doute paraît;
7º Seconde cristallisation.
Il peut s'écouler un an entre le nº 1 et le nº 2.
Un mois entre le nº 2 et le nº 3; si l'espérance ne se hâte pas de
venir, l'on renonce insensiblement au nº 2 comme donnant du malheur.
Un clin d'oeil entre le nº 3 et le nº 4.
Il n'y a pas d'intervalle entre le nº 4 et le nº 5. Ils ne sauraient
être séparés que par l'intimité.
Il peut s'écouler quelques jours, suivant le degré d'impétuosité et les
habitudes de hardiesse du caractère, entre les nos 5 et 6, et il n'y a
pas d'intervalle entre le 6 et le 7.