ORANO.

Merci pour vos livres ... pas autant que si c'était des broderies.

... Dans les volumes, j'ai déjà vu ce qui me déplaît. Je verrai ce qui

me plaira...

Ce qu'on voudrait, c'est des compliments sincères. Encore faut-il les

mériter...

Si j'ai cessé de vous voir, c'est que...

R. de M.

Plusieurs de ces pensées auraient dû être omises, mais la plupart

révèlent une vision aiguë de la vie--sur une étendue d'expériences

suffisantes, quelques-unes mêmes profondes. Une atmosphère de

désenchantement surplombe ce livre qui n'est nullement pathétique,

mais triste à la façon d'un jour gris. Peut-être est-il triste parce

qu'il est sans foi, Sa pensée est gouvernée par ses émotions, plutôt

que par son intelligence, mais ses émotions sont si bien stérilisées

que cette découverte ne se fait pas tout de suite. Des élans à la mode

de jadis sur l'amour, la mort, le chagrin, le temps la jeunesse, sont

pris comme dans un filet d'acier--scintillant ... un peu cruel. Son ton

a cette précision acide dont Jane Austen avait la maîtrise,--et qui

trouve des exemples depuis son temps jusqu'à nos jours, non seulement

parmi nos femmes de lettres, mais dans la vie privée de l'Anglaise et

de l'Américaine. Malgré l'identification de Miss B... avec tout ce qui

est parisien, comme chez d'autres Américains qui ont adopté la vie d'un

pays étranger, il y a quelque chose qui reste différent. Edith Wharton

et Henry James, Mrs Craigie, Marion Crawford dérivent de leur pays

d'origine (Mrs Rumsey dans son _Mr Cushing et Mademoiselle Chastel_

s'en éloignent le plus). Stuart Merrill, Vielé-Griffin, et aussi Miss

B...--qui ne peut reconnaître en eux quelque chose qui ne vient pas

d'une tradition latine ou catholique? Rien ne pourrait donner ce ton à

une Française. Il est l'héritage de gens qui ont livré une controverse

sur chaque verset des Épitres de Saint-Paul. Un ton sans affection,

implacable, sans merci. Le chapitre sur l'alcoolisme est aussi loin

de l'esprit français qu'il est possible. Une Française n'envisagerait

jamais la question de cette manière, ni ne la discuterait-elle ainsi

à moins d'être d'ancestralité protestante ou juive. Le passage page

228 résume le drame des expériences intellectuelles, comme celles de

Spinosa et Newman. On finit ce livre sans rien savoir sur Miss B..., si

ce n'est quelques-unes de ses opinions. D'autres recueils de pensées,

depuis Marc-Aurèle, ont révélé la personnalité de leurs auteurs.

Pascal, Schopenhauer, Nietzsche, se confessent du moins implicitement.

Ils ont bâti une maison pierre par pierre, et l'ont vitalisée en y

habitant. Mademoiselle B. a bâti sa maison pierre par pierre, mais elle

semble habiter ailleurs. A plus d'un égard, concluons ainsi: résidente

étrangère.

Vincent O'SULLIVAN.

(Traduit du _New-York Evening Post_).

J'aime ce livre--par bouffées.

Ezra POUND.

Il y a bien des erreurs dans ces notes, mais quel adorable frémissement

de vie et quel amour de la beauté! Il y a des idées inquiétantes et

de pénétrantes vérités. Il y a aussi quelques neuves vérités sur le

plaisir...

Un style original est aussi rare qu'une inquiétude inédite. Mlle N. C.

B. enrichit notre littérature française qui n'aurait aucun sens si elle

n'était humaine. Elle est Américaine...

Maurice PRIVAT.

_(Le Rappel)._

Beaucoup de pensées, et souvent originales, on peut même dire: trop de

pensées, auxquelles manque pourtant une idée maîtresse qui les ferait

vivre. L'auteur est une bonne et spirituelle observatrice qui marie

heureusement au positivisme américain la finesse française. Elle a

l'air plutôt de s'amuser des gens et des choses. Mais s'amuser ce

n'est pas vivre, c'est plutôt regarder vivre les autres.

L'auteur connaît à fond le monde où l'on s'ennuie laborieusement

et à grands frais. Et il ne le ménage pas... Une bonne révolution

communiste...

Charles RAPPOPORT.

Telles notations ... de Miss B... dans son premier recueil de pensées,

«Éparpillements», m'avaient induit en espérance...

Je dirai tout à l'heure en quoi j'ai été déçu par les nouvelles pensées

de Miss B...

En belle et triomphante amazone qu'elle entend être et demeurer, elle

n'est préoccupée ni d'indulgence ni de bonté. Elle se veut libre,

affranchie de vains préjugés, et c'est le côté le plus séduisant,

le plus «viril» de sa personnalité. Les hommes, elle les traite en

«inégaux»... Quoi que j'aie pu dire tout à l'heure, elle s'exprime sur

les choses de l'amour, sur les questions sexuelles, avec le maximum de

liberté compatible avec la dissimulation innée de son sexe. Elle sait,

elle sent ... que «toute métaphysique doit être physique d'abord pour

être autre chose qu'une rêverie»...

Évidemment, l'Américaine Miss B... n'est point de ces Yankees

qui voudraient condamner la mémoire de Walt Whitman pour tels

attendrissements virgiliens de ses feuilles d'herbe.

... Je l'aime moins quand elle se teinte d'un certain sadisme trop

littéraire...

Pourquoi, brusquement, de la part de cette Américaine qui a blâmé si

sévèrement le «puritanisme», pourquoi des notations qui trahissent un

anglo-saxonisme irrémédiable et qui transforment notre moderne Sappho en

incorrigible suffragette?

Cruelle Amazone qui vous voulez libre et affranchie dans l'ordre

sentimental et sexuel, pourquoi soudain ce moralisme sévère, évidemment

issu de vos hérédités sociales et confessionnelles, qui vous égale aux

plus ennuyeux quakers?...

Pour femme qu'elle soit et, par suite, totalement inapte à juger des

choses sérieuses...

Miss B... si par hasard, naturalisée française, vous deveniez un

jour éligible, vous n'aurez jamais ma voix! Vous êtes, en effet,

permettez-moi de vous le déclarer respectueusement, d'une détestable

frivolité. Votre morale individualiste, excellente pour une, est fort

dangereuse pour tous.

Charles RÉGISMANSET.

_(Dépêche Coloniale)._

Elle ne lit rien, ne sait rien, devine tout... This wild girl of

Cincinnati (Ohio).

Salomon REINACH.

Pourquoi donc Miss B... éparpille-t-elle ainsi, en miettes d'ailleurs

étincelantes, un talent original, subtil et fort? Pourquoi met-elle une

sorte de coquetterie à le dissimuler?

... Chaque éparpillement résume une page de fraîche observation ou

un chapitre de philosophie neuve. La sentimentalité et l'humour

anglo-saxons les dictèrent davantage que l'ironie latine. Et ils

composent une observation particulière...

J.-Joseph RENAUD.

De cette conscience lucide et de cet esprit sensuel et pénétrant

quelle montre à l'étude d'elle-même et des choses, émane je ne sais

quel relent de cirque romain; son art semble cette émeraude que Néron

interposait entre ses yeux et les jeux sanglants.

André ROUVEYRE.

Ces Pensées ne se lisent pas à la façon d'un roman. Pourtant, quel

magnifique et subtil roman que ces pages qui nous conduisent à la

contemplation des vérités nues du monde, intellectuel et sentimental,

du monde le plus intérieur, j'entends. Et quelle suprême élégance

que de n'avoir point brodé une «aventure» autour de ces pensées plus

riches que toute imagination de romancier et se suffisant amplement,

d'abord pour elles-mêmes, et aussi pour tout esprit réfléchi capable

d'évocation... On l'accusera, on l'aura accusée déjà de méchanceté et

d'exagération pessimiste. Ceux qui ont entrepris de mépriser comme il

convient les gentillesses du monde et d'exprimer en pure conscience

la vision que leur donnent nos frères stupides et pitoyables, vont au

devant de ces censures pharisaïques.

Edouard SCHNEIDER.

J'ai lu, j'ai même relu l'Amazone en Bretagne. C'est subtil, je ne suis

même pas sûr de tout comprendre, sans doute parce que je connais mal la

littérature poétique ultra-contemporaine. Je trouve dans les jugements

littéraires et dans l'analyse des sentiments beaucoup de pensées justes

et fortes, exprimées en bonne langue.

C'est trouble, c'est amer, c'est triste, c'est hybride. Et c'est moins

que vous-même.

Ch. SEIGNOBOS.

La guerre nous montre la plupart des femmes figées dans une

«attitude» qui leur fut comme un uniforme militaire. Mais si leurs

gestes n'étaient pas libres, certaines tiennent à montrer que, dans

l'universel vertige, elles surent conserver l'usage de leur raison,

la liberté de leur pensée et la sensibilité de leur être. Parmi ces

femmes, qui furent femmes, il faut ranger la subtile Amazone.

Victor SNELL.

_(L'Humanité)._

C'est chose délicate que de se risquer à un livre uniquement en

pensées, en remarques et notations. Il y a comme une vanité à prétendre

dire quelque chose qui n'ait été dit, et à affirmer ainsi qu'on a

trouvé du nouveau sous le ciel. Mme C. B... gagne brillamment cette

difficile partie. Son livre est ingénieux, spirituel, hardi. Parfois

son courage va jusqu'à la bravade, son indépendance jusqu'à la

provocation ... mais c'est le livre d'une femme qui est une Amazone,

c'est-à-dire une surfemme.

... Cette Amazone «pense» vraiment,--action rare--et elle n'a pas peur

de dire ce qu'elle pense, ce qui est plus rare encore.

V. S...

_(La Lanterne)._

Ce sont bien des pensées, nullement des «restes» seulement, des

pensées «très amazone» peut-être, mais très féminines d'abord. Ce sont

des émotions, des sensations dont les dernières vibrations--ou le

souvenir--se résolvent en idées. L'auteur vit d'abord avec prodigalité,

rayonnement, une certaine superbe et de beaux transports, et

après--bien après, parfois--ajuste là-dessus les idées reçues et note

les écarts, les faux plis, les insuffisances. Comprenez que vivre c'est

aimer et qu'aimer est d'une grandeur active, souveraine et sans limite.

Un chapitre est consacré à la littérature. Il y a des notations

amusantes. Il y a cette pensée si admirablement fausse...

Les TREIZE.

(L' _Intransigeant_).

Lorsqu'une femme d'esprit, vivant au milieu du monde, prend la peine de

regarder autour d'elle et de noter brièvement les observations qu'elle

rapporte de cet examen, il existe bien des chances pour qu'elle mette à

la lumière un manuel parfait d'ironie et de raison.

Laurent TAILHADE.

Hercule courait les Amazones.

Il les tuait, pillait, violait,--au petit bonheur, comme s'il eût pris

ces actes au hasard dans son immense et brute énergie.

Mais l'une d'elles l'attendit. Elle ne semblait pas le craindre. Son

regard clair et distrait, au lieu d'un monstre, lui faisait voir un

imbécile. Peut-être à tort.

Elle s'allongea et se mit à écrire un livre.

Et tout ceci sur la peau d'un ours blanc qu'elle n'avait pas tué.

--Qu'est-ce que tu fais? dit Hercule.

Elle écrivit une pensée. «Je pense», dit-elle.

--Tu penses?--dit Hercule,--donc je fuis!

Paul VALÉRY.

Il n'y a aucune pensée qui effraye cette amazone.

Israël ZANGWILL.

Pensées d'une amazone · 第 47 / 48 题