XXVI

A table, Wagner nous parla d'une brochure française, très intéressante,

lue par lui, jadis, à Paris, et qu'il n'avait jamais pu retrouver.

C'était une histoire de Barbe-Bleue, avec l'égorgement classique de ses

femmes et la chambre défendue; mais la dernière victime menacée n'était

pas sauvée, comme dans le conte, par ses frères: Jeanne d'Arc elle-même

venait la délivrer et punissait le criminel.

--Je me souviens dit le Maître qu'il y avait des images. Il s'agissait

d'une publication à bon marché, imprimée sur deux colonnes. Je ne

pourrais dire comment cette brochure était venue entre mes mains,

ni de quelle façon elle fut perdue.... Je ne l'ai jamais oubliée:

ce rapprochement entre Jeanne d'Arc et Barbe-Bleue m'avait frappé

beaucoup. Ce monstrueux Gilles de Retz, qui peut-être a servi de

modèle au type légendaire de Barbe-Bleue, était contemporain de la

Pucelle, et l'hypothèse de l'héroïne venant au secours de l'innocence

et châtiant le coupable est très curieuse. Je serais heureux de

retrouver cette drôle de brochure.

(Elle fut introuvable, hélas! malgré les recherches.)

Vers le milieu du dîner, Wagner, silencieux depuis un instant, nous

demanda la permission d'aller noter une idée qui lui traversait

l'esprit et qu'il craignait d'oublier, à propos de l'étude sur

Beethoven, à laquelle il travaillait alors.

Il monta dans sa chambre pour écrire ces quelques phrases, et j'en pus

conclure que le Maître ne rédigeait pas ses volumes de prose dans le

lieu très saint où il composait sa musique.

Le collier des jours: Le troisième rang du collier · 第 38 / 76 题