--Allons, enfants de la Patrie
Le jour de gloire est arrivé!
C'est Wagner, qui chante à pleine voix la _Marseillaise_, en
tambourinant sur la porte de ma chambre, pour m'éveiller; et il va à
chaque porte battre le même refrain.
Il s'agit de se lever bien vite, car nous devons escalader une montagne
et atteindre son sommet avant midi, si nous voulons y déjeuner.
Cette montagne, c'est l'Axenstein.
Nous commençons de le gravir, à pied, par un très beau temps, sous un
soleil déjà chaud. Le chemin, tout d'abord, est charmant et monte très
doucement, entre des arbres et des buissons: on dirait une allée de
jardin.
Senta, court en avant et cueille des fleurettes; mais bientôt elle
pousse un cri de joie: elle vient de découvrir des fraises! En effet,
des fraises des bois rougeoient sous les feuilles, par-ci, par-là; nous
voici, madame Cosima et moi, acharnées à leur recherche; mais, très
en avant de nous, Wagner nous crie de ne pas nous attarder, et par un
chemin plus âpre, en plein soleil, nous nous hâtons. Ma compagne semble
très lasse et même a une défaillance. Je la fais s'asseoir sur un
tertre de gazon, et, respirant des sels, elle se remet vite.
--Ne dites rien!... que le Maître ne sache pas, surtout! s'écrie-t-elle.
Alors elle me raconte qu'elle est restée assez souffrante et un peu
faible depuis la naissance de Siegfried, son fils, qu'elle ne m'a pas
encore présenté. Wagner, qui est infatigable, croit toujours qu'on
est de force à le suivre et ne se consolerait pas s'il savait qu'il
s'est trompé: c'est pourquoi il faut triompher du malaise et continuer
l'ascension.