Ce jour-là, en arrivant à Tribschen, au moment où j'atteignais le
perron du salon, le bruit d'une musique singulière, mêlée de cris
légers et de rires, m'arriva par la porte-fenêtre, grande ouverte.
C'était extraordinaire, inexplicable. Pour ne rien interrompre,
j'avançai lentement, sans faire crier le gravier sous mes pas, et, les
marches montées, j'aperçus un délicieux tableau.
Au milieu du salon, les quatre fillettes, dont la plus jeune n'avait
pas trois ans, dansaient; Wagner, au piano, faisait la musique.
Riant de toutes ses quenottes neuves, la plus petite fille criait de
joie, en s'efforçant de suivre l'allure des plus grandes. Les petits
pieds tapaient avec entrain, à contre-temps du rythme, que, cependant,
le pianiste marquait avec force, en riant et en criant autant que les
danseuses.
Je n'entrai que lorsque l'on fut las.
--Vous avez vu? s'écria Senta en courant à moi; c'est _le Quadrille des
tailleurs_: papa l'a composé pour nous!
_Le Quadrille des tailleurs!_ musique de Richard Wagner!...
S'en souvient-on encore, de cette musique? l'a-t-on gardée, au moins?
est-elle écrite? Pour moi, je crois l'entendre, quand je me remémore
cette scène, que je revois, dans tousses détails, toujours aussi
vivante, aussi exquise!...