Le Maître s'est mis au piano.
Il nous raconte le poème de _Siegfried_, sur lequel il compose, en
ce moment. Il joue les thèmes à mesure, déclame, chante, avec un
entrain, une violence incomparables, une expression si parfaite que
l'on croit voir le drame se dérouler. A l'instant où le héros, qui
vient de reforger l'épée, fend d'un seul coup l'enclume et que Mime,
d'épouvante, tombe à la renverse, Wagner se lève et disparaît presque
entièrement dans le grand rideau de satin violet, pour nous mieux
faire comprendre l'effroi du gnome. Il en ressort en riant et déclare
que, «n'étant pas du tout pianiste, cette musique de l'avenir est trop
difficile pour lui».
--Je me tirerai mieux du second acte, dit-il.
Et il nous révèle toute la scène de l'oiseau, d'une façon tellement
délicieuse que jamais aucune exécution, même au théâtre, ne pourra nous
rendre l'impression ressentie ce jour-là.