AUTOLYCUS.--Sortez d'ici, car il faut que je m'en aille.--Où? c'est ce
qu'il n'est pas bon que vous sachiez.
DORCAS.--Où?
MOPSA.--Où?
DORCAS.--Où?
MOPSA.--Vous devez, d'après votre serment, me dire tous vos secrets.
DORCAS.--Et à moi aussi; laissez-moi y aller.
MOPSA.--Tu vas à la grange, ou bien au moulin.
DORCAS.--Si tu vas à l'un ou à l'autre, tu as tort.
AUTOLYCUS.--Ni l'un ni l'autre.
DORCAS.--Comment! ni l'un ni l'autre?
AUTOLYCUS.--Ni l'un ni l'autre.
DORCAS.--Tu as juré d'être mon amant.
MOPSA.--Tu me l'as juré bien davantage. Ainsi, où vas-tu donc? Dis-moi,
où?
LE FILS DU BERGER.--Nous chanterons tout à l'heure cette chanson à notre
aise.--Mon père et nos hôtes sont en conversation sérieuse, et il ne
faut pas les troubler; allons, apporte ta balle et suis-moi. Jeunes
filles, j'achèterai pour vous deux.--Colporteur, ayons d'abord le
premier choix.--Suivez-moi, mes belles.
AUTOLYCUS, _à part_.--Et vous payerez bien pour elles.
(Il chante.)
Voulez-vous acheter du ruban,
Ou de la dentelle pour votre pèlerine,
Ma jolie poulette, ma mignonne?
Ou de la soie, ou du fil,
Quelques jolis colifichets pour votre tête,
Des plus beaux, des plus nouveaux, des plus élégants?
Venez au colporteur;
L'argent est un touche à tout
Qui fait sortir les marchandises de tout le monde.
(Le jeune berger, Dorcas et Mopsa sortent ensemble pour choisir et
acheter; Autolycus les suit.)
(Entre un valet.)
LE VALET.--Maître, il y a trois charretiers, trois bergers, trois
chevriers, trois gardeurs de pourceaux qui se sont tous faits des hommes
à poil: ils se nomment eux-mêmes des _saltières_[21], et ils ont une
danse qui est, disent les filles, comme une galimafrée de gambades,
parce qu'elles n'en sont pas; mais elles ont elles-mêmes dans l'idée
qu'elle plaira infiniment, pourvu qu'elle ne soit pas trop rude pour
ceux qui ne connaissent que le jeu de boules.
[Note 21: _Saltières_ pour satyres.]
LE BERGER.--Laisse-nous; nous ne voulons point de leur danse; on n'a
déjà que trop folâtré ici.--Je sais, monsieur, que nous vous fatiguons.
POLIXÈNE.--Vous fatiguez ceux qui nous délassent; je vous prie, voyons
ces quatre trios de gardeurs de troupeaux.
LE VALET.--Il y en a trois d'entre eux, monsieur, qui, suivant ce qu'ils
racontent, ont dansé devant le roi; et le moins souple des trois ne
saute pas moins de douze pieds et demi en carré.
LE BERGER.--Cesse ton babil; puisque cela plaît à ces honnêtes gens,
qu'ils viennent; mais qu'ils se dépêchent.
LE VALET.--Hé! ils sont à la porte, mon maître.
(Ici les douze satyres paraissent et exécutent leur danse.)
POLIXÈNE, _à part_.--Oh! bon père, tu en sauras davantage dans
la suite.--Cela n'a-t-il pas été trop loin?--Il est temps de les
séparer.--Le bonhomme est simple, il en dit long.--(_A Florizel._) Eh
bien! beau berger, votre coeur est plein de quelque chose qui distrait
votre âme du plaisir de la fête.--Vraiment, quand j'étais jeune et que
je filais l'amour comme vous faites, j'avais coutume de charger ma belle
de présents: j'aurais pillé le trésor de soie du colporteur, et l'aurais
prodigué dans les mains de ma belle.--Vous l'avez laissé partir, et
vous n'avez fait aucun marché avec lui. Si votre jeune fille allait
l'interpréter mal, et prendre cet oubli pour un défaut d'amour ou de
générosité, vous seriez fort embarrassé au moins pour la réponse, si
vous tenez à conserver son attachement.
FLORIZEL.--Mon vieux monsieur, je sais qu'elle ne fait aucun cas de
pareilles bagatelles. Les cadeaux qu'elle attend de moi sont emballés
et enfermés dans mon coeur, dont je lui ai déjà fait don, mais que je ne
lui ai pas encore livré. (_A Perdita_.) Ah! écoute-moi prononcer le voeu
de ma vie devant ce vieillard, qui, à ce qu'il semble, aima jadis: je
prends ta main, cette main aussi douce que le duvet de la colombe, et
aussi blanche qu'elle, ou que la dent d'un Éthiopien et la neige pure
repoussée deux fois par le souffle impétueux du nord.
POLIXÈNE.--Que veut dire ceci? Comme ce jeune berger semble laver avec
complaisance cette main qui était déjà si blanche auparavant!--Je vous
ai interrompu.--Mais revenez à votre protestation: que j'entende votre
promesse.
FLORIZEL.--Écoutez, et soyez-en témoin.
POLIXÈNE.--Et mon voisin aussi que voilà?
FLORIZEL.--Et lui aussi, et d'autres que lui, et tous les hommes, la
terre, les cieux et l'univers entier; soyez tous témoins que, fussé-je
couronné le plus grand monarque du monde et le plus puissant, fussé-je
le plus beau jeune homme qui ai fait languir les yeux, eussé-je plus
de force et de science que n'en ait jamais eu un mortel, je n'en
ferais aucun cas sans son amour, que je les emploierais tous et les
consacrerais tous à son service, ou les condamnerais à périr.
POLIXÈNE.--Belle offrande!
CAMILLO.--Qui montre une affection durable.
LE BERGER.--Mais vous, ma fille, en dites-vous autant pour lui?
PERDITA.--Je ne puis m'exprimer aussi bien, pas à beaucoup près aussi
bien, non, ni penser mieux; je juge de la pureté de ses sentiments sur
celle des miens.
LE BERGER.--Prenez-vous les mains, c'est un marché fait.--Et vous,
amis inconnus, vous en rendrez témoignage; je donne ma fille à ce jeune
homme, et je veux que sa dot égale la fortune de son amant.
FLORIZEL.--Oh! la dot de votre fille doit être ses vertus. Après une
certaine mort, j'aurai plus de richesses que vous ne pouvez l'imaginer
encore, assez pour exciter votre surprise; mais, allons, unissons-nous
en présence de ces témoins.
LE BERGER, _à Florizel_.--Allons, voire main.--Et vous, ma fille, la
vôtre.
POLIXÈNE.--Arrêtez, berger; un moment, je vous en conjure.--(_A
Florizel_.) Avez-vous un père?
FLORIZEL.--J'en ai un.--Mais que prétendez-vous?
POLIXÈNE.--Sait-il ceci?
FLORIZEL.--Il ne le sait pas et ne le saura jamais.
POLIXÈNE.--Il me semble pourtant qu'un père est l'hôte qui sied le mieux
au festin des noces de son fils. Je vous prie, encore un mot: votre père
n'est-il pas incapable de gouverner ses affaires? n'est-il pas tombé
en enfance par les années et les catarrhes de l'âge? peut-il parler,
entendre, distinguer un homme d'un autre, administrer son bien? n'est-il
pas toujours au lit, incapable de rien faire que ce qu'il faisait dans
son enfance?
FLORIZEL.--Non, mon bon monsieur, il est plein de santé, et il a même
plus de forces que n'en ont la plupart des vieillards de son âge.
POLIXÈNE.--Par ma barbe blanche, si cela est, vous lui faites une injure
qui ne sent pas trop la tendresse filiale: il est raisonnable que mon
fils se choisisse lui-même une épouse; mais il serait de bonne justice
aussi que le père, à qui il ne reste plus d'autre joie que celle de voir
une belle postérité, fût un peu consulté dans pareille affaire.
FLORIZEL.--Je vous accorde tout cela; mais, mon vénérable monsieur, pour
quelques autres raisons qu'il n'est pas à propos que vous sachiez, je ne
donne pas connaissance de cette affaire à mon père.
POLIXÈNE.--Il faut qu'il en soit instruit.
FLORIZEL.--Il ne le sera point.
POLIXÈNE.--Je vous en prie, qu'il le soit.
FLORIZEL.--Non, il ne le faut pas.
LE BERGER.--Qu'il le soit, mon fils; il n'aura aucun sujet d'être fâché,
quand il viendra à connaître ton choix.
FLORIZEL.--Allons, allons, il ne doit pas en être instruit.--Soyez
seulement témoins de notre union.
POLIXÈNE, _se découvrant_.--De votre divorce, mon jeune monsieur, que
je n'ose pas appeler mon fils. Tu es trop vil pour être reconnu, toi,
l'héritier d'un sceptre, et qui brigues ici une houlette.--(_Au père_.)
Toi, vieux traître, je suis fâché de ne pouvoir, en te faisant pendre,
abréger ta vie que d'une semaine.--(_A Perdita_.) Et toi, jeune et belle
séductrice, tu dois à la fin connaître malgré toi le royal fou auquel tu
t'es attaquée.
LE BERGER.--O mon coeur!
POLIXÈNE.--Je ferai déchirer ta beauté avec des ronces, et je rendrai
ta figure plus grossière que ton état.--Quant à toi, jeune étourdi, si
jamais je m'aperçois que tu oses seulement pousser un soupir de regret
de ne plus voir cette petite créature (comme c'est bien mon intention
que tu ne la revoies jamais), je te déclare incapable de me succéder,
et je ne te reconnaîtrai pas plus pour être de notre sang et de notre
famille, que ne l'est tout autre descendant de Deucalion. Souviens-toi
de mes paroles, et suis-nous à la cour.--Toi, paysan, quoique tu aies
mérité notre colère, nous t'affranchissons pour le présent de son coup
mortel.--Et vous, enchanteresse, assez bonne pour un pâtre, oui, et
pour lui aussi, car il se rendrait indigne de nous s'il ne s'agissait
de notre honneur,--si jamais tu lui ouvres à l'avenir l'entrée de cette
cabane, ou que tu entoures son corps de tes embrassements, j'inventerai
une mort aussi cruelle pour toi que tu es délicate pour elle.
(Il sort.)
PERDITA.--Perdue sans ressources, en un instant! Je n'ai pas été fort
effrayée; une ou deux fois j'ai été sur le point de lui répondre, et de
lui dire nettement que le même soleil qui éclaire son palais ne cache
point son visage à notre chaumière, et qu'il les voit du même oeil. (_A.
Florizel_.) Voulez-vous bien, monsieur, vous retirer? Je vous ai bien
dit ce qu'il adviendrait de tout cela. Je vous prie, prenez soin de
vous; ce songe que j'ai fait, j'en suis réveillée maintenant, et je ne
veux plus jouer la reine en rien.--Mais je trairai mes brebis, et je
pleurerai.
CAMILLO, _au berger_.--Eh bien! bon père, comment vous trouvez-vous?
Parlez encore une fois avant de mourir.
LE BERGER.--Je ne peux ni parler, ni penser, et je n'ose pas savoir ce
que je sais. (_A Florizel_.) Ah! monsieur, vous avez perdu un homme de
quatre-vingt-trois ans, qui croyait descendre en paix dans sa tombe;
oui, qui espérait mourir sur le lit où mon père est mort, et reposer
auprès de ses honnêtes cendres; mais maintenant quelque bourreau doit me
revêtir de mon drap mortuaire, et me mettre dans un lieu où nul prêtre
ne jettera de la poussière sur mon corps. (_A Perdita_.) O maudite
misérable! qui savais que c'était le prince, et qui as osé l'aventurer
à unir ta foi à la sienne.--Je suis perdu! je suis perdu! Si je pouvais
mourir en ce moment, j'aurais vécu pour mourir à l'instant où je le
désire.
(Il sort.)
FLORIZEL, _à Perdita_.--Pourquoi me regardez-vous ainsi? Je ne suis
qu'affligé, mais non pas effrayé. Je suis retardé, mais non changé. Ce
que j'étais, je le suis encore. Plus on me retire en arrière, et plus je
veux aller en avant: je ne suis pas mon lien avec répugnance.
CAMILLO.--Mon gracieux seigneur, vous connaissez le caractère de votre
père. En ce moment il ne vous permettra aucune représentation; et je
présume que vous ne vous proposez pas de lui en faire; il aurait aussi
bien de la peine, je le crains, à soutenir votre vue; ainsi, jusqu'à ce
que la fureur de Sa Majesté se soit calmée, ne vous présentez pas devant
lui.
FLORIZEL.--Je n'en ai pas l'intention. Vous êtes Camillo, je pense?
CAMILLO.--Oui, seigneur.
PERDITA.--Combien de fois vous ai-je dit que cela arriverait? Combien de
fois vous ai-je dit que mes grandeurs finiraient dès qu'elles seraient
connues?
FLORIZEL.--Elles ne peuvent finir que par la violation de ma foi: et
qu'alors la nature écrase les flancs de la terre l'un contre l'autre,
qu'elle étouffe toutes les semences qu'elle renferme! Lève les
yeux.--Effacez-moi de votre succession, mon père; mon héritage est mon
amour.
CAMILLO.--Écoutez les conseils.
FLORIZEL.--Je les écoute; mais ce sont ceux de mon amour; si ma raison
veut lui obéir, j'écoute la raison; sinon, mes sens, préférant la folie,
lui souhaitent la bienvenue.
CAMILLO.--C'est là du désespoir, seigneur.
FLORIZEL.--Appelez-le de ce nom, si vous voulez; mais il remplit mon
voeu; je suis forcé de le croire vertu. Camillo, ni pour la Bohême, ni
pour toutes les pompes qu'on y peut recueillir, ni pour tout ce que le
soleil éclaire, tout ce que le sein de la terre contient, ou ce que la
mer profonde cache dans ses abîmes ignorés, je ne violerai les serments
que j'ai faits à cette beauté que j'aime. Ainsi, je vous prie, comme
vous avez toujours été l'ami honoré de mon père, lorsqu'il aura perdu
la trace de son fils (car je le jure, j'ai l'intention de ne plus le
revoir), tempérez sa colère par vos sages conseils. La fortune et moi
nous allons lutter ensemble à l'avenir. Voici ce que vous pouvez savoir
et redire, que je me suis lancé à la mer avec celle que je ne puis
conserver ici sur le rivage; et, fort heureusement pour notre besoin,
j'ai un vaisseau prêt à partir, qui n'était pas préparé pour ce dessein.
Quant à la route que je veux tenir, il n'est d'aucun avantage pour vous
de le savoir, ni d'aucun intérêt pour moi que vous puissiez le redire.
CAMILLO.--Ah! seigneur, je voudrais que votre caractère fût plus docile
aux avis, ou plus fort pour répondre à votre nécessité.
FLORIZEL.--Écoutez, Perdita. (_A Camillo_.) Je vais vous entendre tout à
l'heure.
CAMILLO, _à part._--Il est inébranlable: il est décidé à fuir.
Maintenant je serais heureux si je pouvais faire servir son évasion
à mon avantage; le sauver du danger, lui prouver mon affection et mon
respect; et parvenir ainsi à revoir ma chère Sicile, et cet infortuné
roi, mon maître, que j'ai si grande soif de revoir.
FLORIZEL.--Allons, cher Camillo, je suis chargé d'affaires si
importantes que j'abjure toute cérémonie.
CAMILLO, _se préparant à sortir_.--Seigneur, je pense que vous avez
entendu parler de mes faibles services, et de l'affection que j'ai
toujours portée à votre père?
FLORIZEL.--Vous avez bien mérité de lui; c'est une musique pour mon
père que de raconter vos services; et il n'a pas négligé le soin de les
récompenser suivant sa reconnaissance.
CAMILLO.--Eh bien! seigneur, si vous avez la bonté de croire que j'aime
le roi, et en lui ce qui lui tient de plus près, c'est-à-dire votre
illustre personne, daignez vous laisser diriger par moi, si votre
projet plus réfléchi et médité à loisir peut encore souffrir quelque
changement. Sur mon honneur, je vous indiquerai un lieu où vous
trouverez l'accueil qui convient à Votre Altesse; où vous pourrez
posséder librement votre amante (dont je vois que vous ne pouvez être
séparé que par votre ruine, dont vous préserve le ciel!). Vous pourrez
l'épouser, et par tous mes efforts, en votre absence je tâcherai
d'apaiser le ressentiment de votre père, et de l'amener à approuver
votre choix.
FLORIZEL.--Eh! cher Camillo, comment pourrait s'accomplir cette espèce
de miracle? Apprenez-le-moi, afin que j'admire en vous quelque chose de
plus qu'un homme, et qu'ensuite je puisse me fier à vous.
CAMILLO.--Avez-vous pensé à quelque lieu où vous vouliez aller?
FLORIZEL.--Pas encore. Comme c'est un accident inopiné qui est coupable
du parti violent que nous prenons, nous faisons de même profession
d'être les esclaves du hasard et de l'impulsion de chaque vent qui
souffle.
CAMILLO.--Écoutez-moi donc: voici ce que j'ai à vous dire.--Si vous ne
voulez pas absolument changer de résolution, et que vous soyez résolu à
cette fuite, faites voile vers la Sicile, et présentez-vous avec votre
belle princesse (car je vois qu'elle doit l'être) devant Léontes. Elle
sera vêtue comme il convient à la compagne de votre lit. Il me semble
voir Léontes vous ouvrant affectueusement ses bras, vous accueillant par
ses larmes, vous demandant pardon à vous, qui êtes le fils, comme à la
personne même du père, baisant les mains de votre belle princesse, et
son coeur partagé entre sa cruauté et sa tendresse, se reprochant l'une
avec des malédictions et disant à l'autre de croître plus vite que le
temps ou la pensée.
FLORIZEL.--Digne Camillo, quel prétexte donnerai-je à ma visite?
CAMILLO.--Vous direz que vous êtes envoyé par le roi votre père, pour
le saluer et lui donner des consolations. Je veux vous mettre par écrit,
seigneur, la manière dont vous devez vous conduire avec lui, et ce que
vous devez lui communiquer, comme de la part de votre père, des
choses qui ne sont connues que de nous trois; et ces instructions vous
guideront dans ce que vous devrez dire à chaque audience, de sorte qu'il
ne s'apercevra de rien, et qu'il croira que vous avez toute la confiance
de votre père, et que vous lui révélez son coeur tout entier.
FLORIZEL.--Je vous suis obligé, cette idée a de la sève.
CAMILLO.--C'est une marche qui promet mieux que de vous dévouer
inconsidérément à des mers infréquentées, à des rivages inconnus, avec
la certitude de rencontrer une foule de misères, sans aucun espoir
de secours; pour sortir d'une infortune, afin d'être assailli par une
autre; n'ayant rien de certain que vos ancres, qui ne peuvent vous
rendre de meilleur service que celui de vous fixer dans des lieux où
vous serez fâché d'être. D'ailleurs, vous le savez, la prospérité est le
plus sûr lien de l'amour; l'affliction altère à la fois la fraîcheur et
le coeur.
PERDITA.--L'un des deux est vrai; je pense que l'adversité peut flétrir
les joues, mais elle ne peut atteindre le coeur.
CAMILLO.--Oui-da! dites-vous cela? il ne sera point né dans la maison de
votre père, depuis sept années, une autre fille comparable à vous.
FLORIZEL.--Mon cher Camillo, elle est autant en avant de son éducation,
qu'elle est en arrière par la naissance.
CAMILLO.--Je ne puis dire qu'il soit dommage qu'elle manque
d'instruction; car elle me paraît être la maîtresse de la plupart de
ceux qui instruisent les autres.
PERDITA.--Pardonnez, monsieur, ma rougeur vous exprimera mes
remerciements.
FLORIZEL.--Charmante Perdita!--Mais, sur quelles épines nous sommes
placés! Camillo, vous, le sauveur de mon père, et maintenant le mien, le
médecin de notre maison, comment ferons-nous? Nous ne sommes pas équipés
comme doit l'être le fils du roi de Bohême, et nous ne pourrons pas
paraître en Sicile...
CAMILLO.--Seigneur, n'ayez point d'inquiétude là-dessus. Vous savez, je
crois, que toute ma fortune est située dans cette île; ce sera mon soin
que vous soyez entretenu en prince, comme si le rôle que vous devez
jouer était le mien. Et, seigneur, comme preuve que vous ne pourrez
manquer de rien... un mot ensemble.
(Ils se parlent à l'écart.)
(Entre Autolycus.)
AUTOLYCUS.--Ah! quelle dupe que l'honnêteté! et que la confiance, sa
soeur inséparable, est une sotte fille! J'ai vendu toute ma drogue: il
ne me reste pas une pierre fausse, pas un ruban, pas un miroir, pas une
boule de parfums, ni bijou, ni tablettes, ni ballade, ni couteau, ni
lacet, ni gants, ni ruban de soulier, ni bracelet, ni anneau de corne;
pour empêcher ma balle de jeûner, ils sont accourus, à qui achèterait
le premier, comme si mes bagatelles avaient été bénies et pouvaient
procurer la bénédiction du ciel à l'acheteur: par ce moyen, j'ai observé
ceux dont la bourse avait la meilleure mine, et ce que j'ai vu, je m'en
suis souvenu pour mon profit. Mon paysan, à qui il ne manque que bien
peu de chose pour être un homme raisonnable, est devenu si amoureux des
chansons des filles, qu'il n'a pas voulu bouger un pied qu'il n'ait eu
l'air et les paroles; ce qui m'a si bien attiré le reste du troupeau,
que tous leurs autres sens s'étaient fixés dans leurs oreilles: vous
auriez pu pincer un jupon, sans qu'il l'eût senti: ce n'était rien que
de dépouiller un gousset de sa bourse: j'aurais enfilé toutes les clefs
qui pendaient aux chaînes; on n'entendait, on ne sentait que la chanson
de mon monsieur, et on n'admirait que cette niaiserie. En sorte que,
pendant cette léthargie, j'ai escamoté et coupé la plupart de leurs
bourses de fête; si le vieux berger n'était pas venu avec ses cris
contre sa fille et le fils du roi, s'il n'eût pas chassé nos corneilles
loin de la balle de blé, je n'eusse pas laissé une bourse en vie dans
toute l'assemblée.
(Camille, Florizel et Perdita s'avancent.)
CAMILLO.--Oui, mais mes lettres qui, par ce moyen, seront rendues en
Sicile aussitôt que vous y arriverez, éclairciront ce doute.
FLORIZEL.--Et celles que vous vous procurerez de la part du roi
Léontes...
CAMILLO.--Satisferont votre père.
PERDITA.--Soyez à jamais heureux! Tout ce que vous dites a belle
apparence.
CAMILLO, _apercevant Autolycus_.--Quel est cet homme qui se trouve
là?--Nous en ferons notre instrument; ne négligeons rien de ce qui peut
nous aider.
AUTOLYCUS, _à part_.--S'ils m'ont entendu tout à l'heure!...--Allons, la
potence.
CAMILLO.--Hé! vous voilà, mon ami? Pourquoi trembles-tu ainsi? Ne
craignez personne: on ne veut pas vous faire du mal.
AUTOLYCUS.--Je suis un pauvre malheureux, monsieur.
CAMILLO.--Eh bien! continue de l'être à ton aise; il n'y a personne
ici qui veuille te voler cela; cependant, nous pouvons te proposer un
échange avec l'extérieur de ta pauvreté; en conséquence, déshabille-toi
à l'instant: tu dois penser qu'il y a quelque nécessité pour cela;
change d'habit avec cet honnête homme. Quoique le marché soit à
son désavantage, cependant sois sûr qu'il y a encore quelque chose
par-dessus le marché.
AUTOLYCUS.--Je suis un pauvre malheureux, monsieur. (_A part_.) Je vous
connais de reste.
CAMILLO.--Allons, je t'en prie, dépêche: ce monsieur est déjà à
demi-déshabillé.
AUTOLYCUS.--Parlez-vous sérieusement, monsieur?--(_A part_.) Je
soupçonne le jeu de tout ceci.
FLORIZEL.--Dépêche-toi donc, je t'en prie.
AUTOLYCUS.--En vérité, j'ai déjà des gages, mais en conscience je ne
puis prendre cet habit.
CAMILLO.--Allons, dénoue, dénoue. (_A Perdita_.) Heureuse amante, que
ma prophétie s'accomplisse pour vous!--Il faut vous retirer sous quelque
abri; prenez le chapeau de votre amant et enfoncez-le sur vos sourcils:
cachez votre figure. Déshabillez-vous et déguisez autant que vous le
pourrez tout ce qui pourrait vous faire reconnaître, afin que vous
puissiez (car je crains pour vous les regards) gagner le vaisseau sans
être découverte.
PERDITA.--Je vois que la pièce est arrangée de façon qu'il faut que j'y
fasse un rôle.
CAMILLO.--Il n'y a point de remède. (_A Florizel_.) Eh bien! avez-vous
fini?
FLORIZEL.--Si je rencontrais mon père à présent, il ne m'appellerait pas
son fils.
CAMILLO.--Allons, vous ne garderez point de chapeau.--Venez, madame,
venez.--(_A Autolycus_.) Adieu, mon ami.
AUTOLYCUS.--Adieu, monsieur.
FLORIZEL.--O Perdita! ce que nous avons oublié tous deux!--Je vous prie,
un mot.
CAMILLO, _à part_.--Ce que je vais faire d'abord, ce sera d'informer le
roi de cette évasion et du lieu où ils se rendent, où j'ai l'espérance
que je viendrai à bout de le déterminer à les suivre; et je
l'accompagnerai et reverrai la Sicile, que j'ai un désir de femme de
revoir.
FLORIZEL.--Que la fortune nous accompagne! Ainsi donc, nous allons
gagner le rivage, Camillo?
CAMILLO.--Le plus tôt sera le mieux.
(Florizel, Perdita et Camillo sortent.)
AUTOLYCUS _seul_.--Je conçois l'affaire, je l'entends; avoir l'oreille
fine, l'oeil vif et la main légère sont des qualités nécessaires pour un
coupeur de bourses. Il est besoin aussi d'un bon nez, afin de flairer
de l'ouvrage pour les autres sens. Je vois que voici le moment où un
malhonnête homme peut faire son chemin. Quel échange aurais-je fait s'il
n'y avait pas eu de l'or par-dessus le marché? Mais aussi combien ai-je
gagné ici avec cet échange? Sûrement les dieux sont d'intelligence avec
nous cette année, et nous pouvons faire tout ce que nous voulons _ex
tempore_. Le prince lui-même est à l'oeuvre pour une mauvaise action en
s'évadant de chez son père et traînant son entrave à ses talons. Si je
savais que ce ne fût pas un tour honnête que d'en informer le roi, je
le ferais: mais je tiens qu'il y a plus de coquinerie à tenir la chose
secrète, et je reste fidèle à ma profession. (_Entrent le berger et son
fils_.) Tenons-nous à l'écart, à l'écart. Voici encore matière pour une
cervelle chaude. Chaque coin de rue, chaque église, chaque boutique,
chaque cour de justice, chaque pendaison procure de l'occupation à un
homme vigilant.
LE FILS DU BERGER.--Voyez, voyez, quel homme vous êtes à présent! Il n'y
a pas d'autre parti que d'aller déclarer au roi qu'elle est un enfant
changé au berceau, et point du tout de votre chair et de votre sang.
LE BERGER.--Mais, écoute-moi.
LE FILS.--Mais, écoutez-moi.
LE BERGER.--Allons, continue donc.
LE FILS.--Dès qu'elle n'est point de votre chair et de votre sang, votre
chair et votre sang n'ont point offensé le roi; et alors votre chair
et votre sang ne doivent pas être punis par lui. Montrez ces effets que
vous avez trouvés autour d'elle, ces choses secrètes, tout, excepté ce
qu'elle a sur elle; et cela une fois fait, laissez siffler la loi, je
vous le garantis.
LE BERGER.--Je dirai tout au roi; oui, chaque mot, et les folies de son
fils aussi, qui, je puis bien le dire, n'est point un honnête homme,
ni envers son père, ni envers moi, d'aller se jouer à me faire le
beau-frère du roi.
LE FILS.--En effet, beau-frère était le degré le plus éloigné auquel
vous pussiez parvenir, et alors votre sang serait devenu plus cher je ne
sais pas de combien l'once.
AUTOLYCUS, _toujours à l'écart_.--Bien dit... Idiot!
LE BERGER.--Allons, allons trouver le roi: il y a dans le petit paquet
de quoi lui faire se gratter la barbe.
AUTOLYCUS.--Je ne vois pas trop quel obstacle cette plainte peut mettre
à l'évasion de mon maître.
LE FILS.--Priez le ciel qu'il soit au palais.
AUTOLYCUS.--Quoique je ne sois pas honnête de mon naturel, je le suis
cependant quelquefois par hasard.--Mettons dans ma poche cette barbe
de colporteur. (_Il s'avance auprès des deux bergers_.) Eh bien!
villageois, où allez-vous ainsi?
LE BERGER.--Au palais, si Votre Seigneurie le permet.
AUTOLYCUS.--Vos affaires, là, quelles sont-elles? Avec qui? Déclarez-moi
ce que c'est que ce paquet, le lieu de votre demeure, vos noms, vos
âges, votre avoir, votre éducation, en un mot tout ce qu'il importe qui
soit connu?
LE FILS.--Nous ne sommes que des gens tout unis, monsieur.
AUTOLYCUS.--Mensonge! Vous êtes rudes et couverts de poil. Ne vous
avisez pas de mentir: cela ne convient à personne qu'à des marchands, et
ils nous donnent souvent un démenti à nous autres soldats; mais nous les
en payons en monnaie de bonne empreinte et nullement en fer homicide.
Ainsi, ils ne nous donnent pas un démenti.
LE FILS.--Votre Seigneurie avait tout l'air de nous en donner si elle ne
s'était pas prise sur le fait.
LE BERGER.--Êtes-vous un courtisan, monsieur, s'il vous plaît?
AUTOLYCUS.--Que cela me plaise ou non, je suis un courtisan; est-ce que
tu ne vois pas un air de cour dans cette tournure de bras? Est-ce que ma
démarche n'a pas en elle la cadence de cour? Ton nez ne reçoit-il pas
de mon individu une odeur de cour? Est-ce que je ne réfléchis pas sur ta
bassesse un mépris de cour? Crois-tu que, parce que je veux développer,
démêler ton affaire, pour cela je ne suis pas un courtisan? Je suis un
courtisan de pied en cap et un homme qui fera avancer ou reculer ton
affaire; en conséquence de quoi je te commande de me déclarer ton
affaire.
LE BERGER.--Mon affaire, monsieur, s'adresse au roi.
AUTOLYCUS.--Quel avocat as-tu auprès de lui?
LE BERGER.--Je n'en connais point, monsieur, sous votre bon plaisir.
LE FILS.--Avocat est un terme de cour pour signifier un faisan. Dites
que vous n'en avez pas.
LE BERGER.--Aucun, monsieur. Je n'ai point de faisan, ni coq, ni poule.
AUTOLYCUS, _à haute voix_.--Que nous sommes heureux, pourtant, de n'être
pas de simples gens! Et pourtant la nature aurait pu me faire ce qu'ils
sont; ainsi je ne veux pas les dédaigner.
LE FILS.--Ce ne peut être qu'un grand courtisan.
LE BERGER.--Ses habits sont riches, mais il ne les porte pas avec grâce.
LE FILS.--Il me paraît à moi d'autant plus noble qu'il est plus bizarre:
c'est un homme important, je le garantis, je le reconnais à ce qu'il se
cure les dents[22].
[Note 22: Manière de petit-maître, du temps de Shakspeare.]
AUTOLYCUS.--Et ce paquet, qu'y a-t-il dans ce paquet? Pourquoi ce
coffre?
LE BERGER.--Monsieur, il y a dans ce paquet et cette boîte des secrets
qui ne doivent être connus que du roi, et qu'il va apprendre avant une
heure, si je peux parvenir à lui parler.
AUTOLYCUS.--Vieillard, tu as perdu tes peines.
LE BERGER.--Pourquoi, monsieur?
AUTOLYCUS.--Le roi n'est point au palais; il est allé à bord d'un
vaisseau neuf pour purger sa mélancolie et prendre l'air: car, si tu
peux comprendre les choses sérieuses, il faut que tu saches que le roi
est dans le chagrin.
LE BERGER.--On le dit, monsieur, à l'occasion de son fils, qui voulait
se marier à la fille d'un berger.
AUTOLYCUS.--Si ce berger n'est pas dans les fers, qu'il fuie
promptement; les malédictions qu'il aura, les tortures qu'on lui fera
souffrir, briseront le dos d'un homme et le coeur d'un monstre.
LE FILS.--Le croyez-vous, monsieur?
AUTOLYCUS.--Et ce ne sera pas seulement lui qui souffrira tout ce que
l'imagination peut inventer de fâcheux et la vengeance d'amer, mais
aussi ses parents, quand ils seraient éloignés jusqu'au cinquantième
degré, tous tomberont sous la main du bourreau. Et quoique ce soit une
grande pitié, cependant c'est nécessaire. Un vieux maraud de gardien
de brebis, un entremetteur de béliers, consentir que sa fille s'élève
jusqu'à la majesté royale! Quelques-uns disent qu'il sera lapidé, mais
moi je dis que c'est une mort trop douce pour lui: porter notre trône
dans un parc à moutons! Il n'y a pas assez de morts, la plus cruelle est
trop aisée.
LE FILS.--Ce vieux berger a-t-il un fils, monsieur? l'avez-vous entendu
dire, s'il vous plaît, monsieur?
AUTOLYCUS.--Il a un fils qui sera écorché vif; ensuite, enduit partout
de miel et placé à l'entrée d'un nid de guêpes, pour rester là jusqu'à
ce qu'il soit aux trois quarts et demi mort; ensuite on le fera revenir
avec de l'eau-de-vie ou quelque autre liqueur forte; alors tout au vif
qu'il sera, et dans le jour prédit par l'almanach, il sera placé
contre un mur de briques aux regards brûlants du soleil du midi, qui
le regardera jusqu'à ce qu'il périsse sous la piqûre des mouches. Mais
pourquoi nous amuser à parler de misérables traîtres? Il ne faut que
rire de leurs maux, leurs crimes étant si grands. Dites-moi, car vous
me paraissez de bonnes gens bien simples, ce que vous voulez au roi.
Si vous me marquez comme il faut votre considération pour moi, je vous
conduirai au vaisseau où il est, je vous présenterai à Sa Majesté, je
lui parlerai à l'oreille en votre faveur; et s'il est quelqu'un auprès
du roi qui puisse vous faire accorder votre demande, vous voyez un homme
qui le fera.
LE FILS.--Il paraît un homme d'un grand crédit; accordez-vous avec
lui, donnez-lui de l'or; et quoique l'autorité soit un ours féroce,
cependant, avec de l'or, on la mène souvent par le nez. Montrez le
dedans de votre bourse au dehors de votre main, et sans plus tarder.
Souvenez-vous, _lapidé et écorché vif_.
LE BERGER.--S'il vous plaisait, monsieur, de vous charger de l'affaire
pour nous, voici de l'or que j'ai sur moi; je vous promets encore
autant, et je vous laisserai ce jeune homme en gage jusqu'à ce que je
vous le rapporte.
AUTOLYCUS.--Après que j'aurai fait ce que j'ai promis?
LE BERGER.--Oui, monsieur.
AUTOLYCUS.--Allons, donnez-m'en la moitié.--Êtes-vous personnellement
intéressé dans cette affaire?
LE FILS.--En quelque façon, monsieur; mais, quoique ma situation soit
assez triste, j'espère que je ne serai pas écorché vif pour cela.
AUTOLYCUS.--Oh! c'est le cas du fils du berger. Au diable si on n'en
fait pas un exemple.
LE FILS, _à son_ père.--Du courage, prenez courage; il faut que nous
allions trouver le roi, et lui montrer les choses étranges que nous
avons à faire voir; il faut qu'il sache qu'elle n'est point du tout
votre fille, ni ma soeur, autrement nous sommes perdus. (_A Autolycus_.)
Monsieur, je vous donnerai autant que ce vieillard quand l'affaire sera
terminée; et je resterai, comme il vous le dit, votre otage, jusqu'à ce
que l'or vous ait été apporté.
AUTOLYCUS.--Je m'en rapporte à vous; marchez devant vers le rivage;
prenez sur la droite. Je ne ferai que regarder par-dessus la haie, et je
vous suis.
LE FILS.--Nous sommes bien heureux d'avoir trouvé cet homme, je puis le
dire, bien heureux.
LE BERGER.--Marchons devant, comme il nous l'ordonne; la Providence nous
l'a envoyé pour nous faire du bien.
(Le berger et son fils s'en vont.)
AUTOLYCUS, _seul_.--Quand j'aurais envie d'être honnête homme, la
fortune ne le souffrirait pas; elle me fait tomber le butin dans la
bouche; elle me gratifie en ce moment d'une double occasion: de l'or,
et le moyen de rendre service au prince mon maître; et qui sait combien
cela peut servir à mon avancement? Je vais lui conduire à bord ces deux
taupes, ces deux aveugles: s'il juge à propos de les remettre sur le
rivage, et que la plainte qu'ils veulent présenter au roi ne l'intéresse
en rien, qu'il me traite s'il le veut de coquin, pour être si officieux;
je suis à toute épreuve contre ce titre, et contre la honte qui peut y
être attachée. Je vais les lui présenter; cela peut être important.
(Il sort.)