SCÈNE III

La cabane du berger.

_Entrent_ FLORIZEL ET PERDITA.

FLORIZEL.--Cette parure inaccoutumée donne une nouvelle vie à chacun

de vos charmes. Vous n'êtes point une bergère: c'est Flore, se laissant

voir à l'entrée d'avril:--cette fête de la tonte me paraît une assemblée

de demi-dieux, et vous en êtes la reine.

PERDITA.--Mon aimable prince, il ne me sied pas de blâmer vos éloges

exagérés; ah! pardonnez, si j'en parle ainsi: vous, l'objet illustre des

regards de la contrée, vous vous êtes éclipsé sous l'humble habit d'un

berger; et moi, pauvre et simple fille, je suis parée comme une déesse.

Si ce n'est que nos fêtes sont toujours marquées par la folie, et que

les convives avalent tout par la coutume, je rougirais de vous voir dans

cet appareil, et de me voir moi, dans le miroir: votre rang vous met à

l'abri de la crainte.

FLORIZEL.--Je bénis le jour où mon bon faucon a pris son vol au travers

des métairies de votre père.

PERDITA.--Veuille Jupiter vous en donner sujet: pour moi, la différence

entre nous me remplit de terreurs. Votre Grandeur n'a pas été accoutumée

à la crainte. Je tremble en ce moment même à la seule idée que votre

père, conduit par quelque hasard, vienne à passer par ici, comme vous

avez fait. O fatalité! De quel oeil verraitil son noble ouvrage si

pauvrement relié! Que dirait-il? ou comment soutiendrais-je moi, au

milieu de mes splendeurs empruntées, le regard sévère de son auguste

présence?

FLORIZEL.--Ne songez qu'au plaisir. Les dieux eux-mêmes, soumettant leur

divinité à l'amour, ont emprunté la forme des animaux: Jupiter s'est

métamorphosé en taureau, et a poussé des gémissements; le verdâtre

Neptune est devenu bélier, et a fait entendre ses bêlements; et le dieu

vêtu de feu, Apollon doré, s'est fait humble berger, tel que je parais

être maintenant; jamais leurs métamorphoses n'eurent pour objet une plus

rare beauté, ni des intentions aussi chastes. Mes désirs ne dépassent

pas mon honneur, et mes sens ne sont pas plus ardents que ma bonne foi.

PERDITA.--Oui, mais, cher prince, votre résolution ne pourra tenir,

quand une fois il lui faudra essuyer, comme cela est inévitable, toute

l'opposition de la puissance du roi; et alors ce sera une alternative

nécessaire, ou que vous changiez de dessein, ou que je cesse de vivre.

FLORIZEL.--Chère Perdita, je t'en conjure, n'assombris point, par ces

réflexions forcées, la joie de la fête. Ou je serai à toi, ma belle, ou

je ne serai plus à mon père; car je ne puis être à moi, ni à personne,

si je ne suis pas à toi. C'est à cela que je resterai fidèle, quand les

destins diraient non! Sois tranquille et joyeuse; étouffe ces pensées

importunes par tout ce que tu vas voir tout à l'heure. Voilà vos hôtes

qui viennent; prenez un air gai, comme si c'était aujourd'hui le jour

de la célébration de ces noces, que nous nous sommes tous deux juré

d'accomplir un jour.

PERDITA.--O fortune, sois-nous favorable!

(Entrent le berger, son fils, Mopsa, Dorcas, valets, Polixène et Camillo

déguisés.)

FLORIZEL, _à Perdita_.--Voyez: vos hôtes s'avancent; préparez-vous à les

recevoir gaiement, et que nos visages soient colorés par l'allégresse.

LE BERGER, _à Perdita._--Fi donc! ma fille. Quand ma vieille femme

vivait, elle était, dans un jour comme celui-ci, le panetiers,

l'échanson, le cuisinier, la maîtresse et la servante tout ensemble;

elle accueillait tout le monde, chantait sa chanson et dansait à son

tour: tantôt ici au haut bout de la table, et tantôt au milieu; sur

l'épaule de celui-ci, sur l'épaule de celui-là; le visage en feu de

fatigue; et la liqueur qu'elle prenait pour éteindre ses feux, elle en

buvait un coup à la santé de chacun. Et vous, vous êtes à l'écart

comme si vous étiez un de ceux qu'on fête, et non pas l'hôtesse de

l'assemblée. Je vous en prie, souhaitez la bienvenue à ces amis qui nous

sont inconnus: c'est le moyen de nous rendre plus amis et d'augmenter

notre connaissance. Allons, qu'on m'efface ces rougeurs, et

présentez-vous pour ce que vous êtes, pour la maîtresse de la fête;

allons, et faites-leur vos remerciements de venir à votre fête de la

tonte, si vous voulez que votre beau troupeau prospère.

PERDITA, _à Polixène et Camillo_.--Monsieur, soyez le bienvenu: c'est

la volonté de mon père que je me charge de faire les honneurs de cette

fête. (_A Camillo_.) Vous êtes le bienvenu, monsieur. (_A Dorcas_.)

Donne-moi les fleurs que tu as là.--Respectable seigneur, voilà du

romarin et de la rue pour vous: ces fleurs conservent leur aspect et

leur odeur pendant tout l'hiver; que la grâce et le souvenir[15] soient

votre partage; soyez les bienvenus à notre fête.

[Note 15: La rue était appelée l'herbe de grâce, et le romarin l'herbe

du souvenir. On portait du romarin aux funérailles. On croyait jadis que

cette plante fortifiait la mémoire.]

POLIXÈNE.--Bergère, et vous êtes une charmante bergère, vous avez bien

raison de nous présenter, à nos âges, des fleurs d'hiver.

PERDITA.--Monsieur, l'année commence à être ancienne.--A cette époque,

où l'été n'est pas encore expiré, où l'hiver transi n'est pas né non

plus, les plus belles fleurs de la saison sont nos oeillets et les

giroflées rayées, que quelques-uns nomment les bâtardes de la nature;

mais, pour cette dernière espèce, il n'en croît point dans notre jardin

rustique, et je ne me soucie pas de m'en procurer des boutures.

POLIXÈNE.--Pourquoi, belle fille, les méprisez-vous ainsi?

PERDITA.--C'est que j'ai ouï-dire qu'il y a un art qui, pour les

bigarrer, en partage l'ouvrage avec la grande créatrice, la nature.

POLIXÈNE.--Eh bien! quand cela serait, il est toujours vrai qu'il n'est

point de moyen de perfectionner la nature sans que ce moyen soit encore

l'ouvrage de la nature. Ainsi, au-dessus de cet art que vous dites

ajouter à la nature, il est un art qu'elle crée: vous voyez, charmante

fille, que tous les jours nous marions une tendre tige avec le tronc le

plus sauvage, et que nous savons féconder l'écorce du plus vil arbuste

par un bouton d'une race plus noble; ceci est un art que perfectionne la

nature, qui la change plutôt: l'art lui-même est encore la nature.

PERDITA.--Cela est vrai.

POLIXÈNE.--Enrichissez donc votre jardin de giroflées, et ne les traitez

plus de bâtardes.

PERDITA.--Je n'enfoncerai jamais le plantoir dans la terre pour y mettre

une seule tige de leur espèce, pas plus que je ne voudrais, si j'étais

peinte, que ce jeune homme me dît que c'est bien et qu'il ne désirât

m'épouser que pour cela.--Voici des fleurs pour vous: la chaude lavande,

la menthe, la sauge, la marjolaine et le souci, qui se couche avec le

soleil et se lève avec lui en pleurant. Ce sont les fleurs de la mi-été,

et je crois qu'on les donne aux hommes d'un certain âge. Vous êtes les

très-bienvenus.

CAMILLO.--Si j'étais un de vos moutons, je cesserais de paître et je ne

vivrais que du plaisir de vous contempler.

PERDITA.--Allons donc! Hélas! vous deviendriez bientôt si maigre que

le souffle des vents de janvier vous traverserait de part en part. (_A

Florizel_.) Et vous, mon bon ami, je voudrais bien avoir quelques fleurs

de printemps qui pussent convenir à votre jeunesse; et pour vous aussi,

bergères, qui portez encore votre virginité sur vos tiges vierges.--O

Proserpine! que n'ai-je ici les fleurs que, dans ta frayeur, tu

laissas tomber du char de Pluton! Les narcisses, qui viennent avant que

l'hirondelle ose se montrer, et qui captivent les vents de mars par leur

beauté; les violettes, sombres, mais plus douces que les yeux bleus de

Junon ou que l'haleine de Cythérée; les pâles primevères, qui meurent

vierges avant qu'elles puissent voir le brillant Phébus dans sa force,

malheur trop ordinaire aux jeunes filles; les superbes jonquilles et

l'impériale; les lis de toute espèce, et la fleur de lis en est une; oh!

je suis dépourvue de toutes ces fleurs pour vous faire des guirlandes et

pour vous en couvrir tout entier, vous, mon doux ami.

FLORIZEL.--Quoi! comme un cadavre?

PERDITA.--Non pas, mais comme un gazon sur lequel l'amour doit jouer et

s'étendre; non comme un cadavre, ou du moins pour être enseveli vivant

dans mes bras.--Allons, prenez vos fleurs; il me semble que je fais ici

le rôle que j'ai vu faire dans les Pastorales de la Pentecôte: sûrement

cette robe que je porte change mon humeur.

FLORIZEL.--Ce que vous faites vaut toujours mieux que ce que vous avez

fait. Quand vous parlez, ma chère, je voudrais vous entendre parler

toujours; si vous chantez, je voudrais vous entendre; vous voir vendre

et acheter, donner l'aumône, prier, régler votre maison, et tout faire

en chantant; quand vous dansez, je voudrais que vous fussiez une vague

de la mer, afin que vous pussiez toujours continuer, vous mouvoir

toujours, toujours ainsi, et ne jamais faire autre chose: votre manière

de faire, toujours plus piquante dans chaque mouvement, relève tellement

tout ce que vous faites, que toutes vos actions réunies sont celles

d'une reine.

PERDITA.--O Doriclès! vos louanges sont trop fortes: si votre jeunesse

et la pureté de votre sang, qui se montre franchement sur vos joues,

ne vous annonçaient pas clairement pour un berger exempt de fraude,

j'aurais raison de craindre, mon Doriclès, que vous ne me fissiez la

cour avec des mensonges.

FLORIZEL.--Je crois que vous avez aussi peu de raison de le craindre,

que je songe peu moi-même à vous en donner des motifs.--Mais allons,

notre danse, je vous prie. Votre main, ma Perdita; ainsi s'unit un

couple de tourterelles, résolues de ne jamais se séparer.

PERDITA.--Je le jure pour elles.

POLIXÈNE.--Voilà la plus jolie petite paysanne qui ait foulé le vert

gazon: elle ne fait pas un geste, elle n'a pas un maintien qui ne

respire quelque chose de plus relevé que sa condition: elle est trop

noble pour ce lieu.

CAMILLO.--Il lui dit quelque chose qui lui fait monter la rougeur sur

les joues: en vérité, c'est la reine du lait et de la crème.

LE FILS DU BERGER.--Allons, la musique, jouez.

DORCAS, _à part_.--Mopsa doit être votre maîtresse: et un peu d'ail,

pour préservatif contre ses baisers.

MOPSA.--Allons en mesure.

LE FILS DU BERGER.--Pas un mot, pas un mot: il s'agit aujourd'hui

d'avoir de bonnes manières.--Allons, jouez.

(On exécute ici une danse de bergers et de bergères.)

POLIXÈNE.--Bon berger, dites-moi, je vous prie, quel est ce jeune paysan

qui danse avec votre fille?

LE BERGER.--On l'appelle Doriclès, et il se vante de posséder de riches

pâturages; je ne le tiens que de lui, mais je le crois: il a l'air de

la vérité. Il dit qu'il aime ma fille: je le crois aussi, car jamais la

lune ne s'est mirée dans les eaux aussi longtemps qu'on le voit debout,

et lisant, pour ainsi dire, dans les yeux de ma fille; et à parler

franchement, je crois qu'à un demi-baiser près on ne saurait choisir

lequel des deux aime le mieux l'autre.

POLIXÈNE.--Elle danse avec grâce.

LE BERGER.--Elle fait de même tout ce qu'elle fait, quoique je le dise,

moi, qui devrais le taire. Si le jeune Doriclès se décidait pour elle,

elle lui apporterait ce à quoi il ne songe guère.

LE VALET, _au fils du berger_.--Ah! maître, si vous aviez entendu le

colporteur à la porte, vous ne voudriez plus danser au son du tambourin

ni du chalumeau: non, la cornemuse ne vous ferait plus d'impression.

Il chante plusieurs airs différents plus vite que vous ne compteriez

l'argent; il les débite comme s'il avait mangé des ballades et que

toutes les oreilles fussent ouvertes à ses airs.

LE FILS DU BERGER.--Il ne pouvait pas venir plus à propos. Il faut qu'il

entre; moi, j'aime de passion les ballades, quand c'est une histoire

lamentable chantée sur un air joyeux, ou une histoire bien plaisante

chantée sur un ton lamentable.

LE VALET.--Il a des chansons pour l'homme ou la femme de toutes

grandeurs. Il n'y a pas de marchande de modes qui puisse aussi bien

accommoder de gants ses pratiques: il a les plus jolies chansons d'amour

pour les jeunes filles, et sans aucune licence, ce qui est étrange; et

avec de si charmants refrains, de _flon flon_ et _lon lon la_, et _Tombe

dessus, et puis pousse_[16]; et dans le cas où quelque vaurien à la

bouche béante voudrait, comme qui dirait, y entendre malice et casser

grossièrement les vitres, il fait répondre à la fille: _Finissez, ne me

faites pas de mal, cher ami_. Elle s'en débarrasse et lui fait lâcher

prise avec: _Finissez, ne me faites pas de mal, mon brave homme_[17].

[Note 16: Noms de chansons de rondes anciennes.]

[Note 17: Autres titres de chansons.]

POLIXÈNE.--Voilà un honnête garçon.

LE FILS DU BERGER.--Sur ma parole, tu parles d'un marchand bien

ingénieux. A-t-il quelques marchandises fraîches?

LE VALET.--Il a des rubans de toutes les couleurs de l'arc-en-ciel, plus

de pointes[18] que n'en pourraient employer les avocats de la Bohême

quand ils tomberaient sur lui à la grosse[19], rubans de fil, cadis[20],

batistes, linons, etc., et il met toute sa boutique en chansons comme si

c'était autant de dieux et de déesses; vous croiriez qu'une chemise est

un ange, il chante les poignets et toute la broderie du jabot.

[Note 18: _Points_, pointes et points.]

[Note 19: _By the grosse_; si la traduction du mot est un peu hasardée,

la pensée est juste.]

[Note 20: Espèce de drap dont les Arlésiennes font encore des cotillons

un peu lourds pour le climat.]

LE FILS DU BERGER.--Je t'en prie, amène-le-nous, et qu'il s'avance en

chantant.

PERDITA.--Avertissez-le d'avance de ne pas se servir de mots

inconvenants dans ses airs.

LE FILS DU BERGER.--Vous avez de ces colporteurs qui sont tout autre

chose que ce que vous pourriez croire, ma soeur.

PERDITA.--Oui, mon cher frère, ou que je n'ai envie de le savoir.

AUTOLYCUS _s'avance en chantant_.

Du linon aussi blanc que la neige,

Du crêpe noir comme le corbeau,

Des gants parfumés comme les roses de Damas,

Des masques pour la figure et pour le nez,

Des bracelets de verre, des colliers d'ambre,

Des parfums pour la chambre des dames,

Des coiffes dorées et des devants de corsages

Dont les garçons peuvent faire présent à leurs belles,

Des épingles et des agrafes d'acier,

Tout ce qu'il faut aux jeunes filles, des pieds à la tête.

Venez, achetez-moi; allons, venez acheter, venez acheter,

Achetez, jeunes gens, ou vos jeunes filles se plaindront.

Venez acheter, etc.

LE FILS DU BERGER.--Si je n'étais pas amoureux de Mopsa, tu n'aurais

pas un sou de moi; mais, étant captivé comme je le suis, cela entraînera

aussi la captivité de quelques rubans et de quelques paires de gants.

MOPSA.--On me les avait promis pour la fête, mais ils ne viendront pas

encore trop tard à présent.

DORCAS.--Il vous a promis plus que cela, ou bien il y a des menteurs.

MOPSA.--Il vous a payé plus qu'il ne vous a promis, peut-être même

davantage, et ce que vous rougiriez de lui rendre.

LE FILS DU BERGER.--Est-ce qu'il n'y a plus de retenue parmi nos jeunes

filles? Porteront-elles leurs jupes là où on devrait voir leurs visages?

N'avez-vous pas l'heure d'aller traire, celle de vous coucher ou d'aller

au four pour éventer ces secrets, sans qu'il faille que vous veniez

en jaser devant tous nos hôtes? Il est heureux qu'ils se parlent à

l'oreille. Faites taire vos langues, et pas un mot de plus.

MOPSA.--J'ai fini. Allons, vous m'avez promis un joli lacet et une paire

de gants parfumés.

LE FILS DU BERGER.--Ne vous ai-je pas dit comment on m'avait filouté en

chemin et pris tout mon argent?

AUTOLYCUS.--Oh! oui, sûrement, monsieur, il y a des filous par les

chemins, et il faut bien prendre garde à soi.

LE FILS DU BERGER.--N'aie pas peur, ami, tu ne perdras rien ici.

AUTOLYCUS.--Je l'espère bien, monsieur, car j'ai avec moi bien des

paquets importants.

LE FILS DU BERGER.--Qu'as-tu là? des chansons?

MOPSA.--Oh! je t'en prie, achètes-en quelques-unes. J'aime une

chanson imprimée à la fureur, car celles-là, nous savons qu'elles sont

véritables.

AUTOLYCUS.--Tenez, en voilà une sur un air fort lamentable: comment la

femme d'un usurier accoucha tout d'un coup de vingt sacs d'argent, et

comment elle avait envie de manger des têtes de serpents et des crapauds

grillés.

MOPSA.--Cela est-il vrai? le croyez-vous?

AUTOLYCUS.--Très-vrai, il n'y a pas un mois de cela.

DORCAS.--Les dieux me préservent d'épouser un usurier!

AUTOLYCUS.--Voilà le nom de la sage-femme au bas, une madame Porteconte;

et il y avait cinq ou six honnêtes femmes qui étaient présentes.

Pourquoi irais-je débiter des mensonges?

MOPSA, _au jeune berger_.--Oh! je t'en prie, achète-la.

LE FILS DU BERGER.--Allons, mets-la de côté, et voyons encore d'autres

chansons; nous ferons les autres emplettes après.

AUTOLYCUS.--Voici une autre ballade d'un poisson qui se montra sur

la côte, le mercredi quatre-vingts d'avril, à quarante mille brasses

au-dessus de l'eau, et qui chanta cette ballade contre le coeur

inflexible des filles. On a cru que c'était une femme qui avait été

métamorphosée en poisson, pour ne pas avoir voulu aimer un homme

amoureux d'elle: la ballade est vraiment touchante, et tout aussi vraie.

DORCAS.--Cela est vrai aussi? Le croyez-vous?

AUTOLYCUS.--Il y a le certificat de cinq juges de paix, et de témoins

plus que n'en contiendrait ma balle.

LE JEUNE BERGER.--Mettez-la aussi de côté: une autre.

AUTOLYCUS.--Voici une chanson gaie, mais bien jolie.

MOPSA.--Ah! voyons quelques chansons gaies.

AUTOLYCUS.--Oh! c'est une chanson extrêmement gaie, et elle va sur l'air

de: _Deux filles aimaient un amant_; il n'y a peut-être pas une fille

dans la province qui ne la chante: on me la demande souvent, je puis

vous dire.

MOPSA.--Nous pouvons la chanter tous deux; si vous voulez faire votre

partie, vous allez entendre: elle est en trois parties.

DORCAS.--Nous avons eu cet air-là, il y a un mois.

AUTOLYCUS.--Je puis faire ma partie, vous savez que c'est mon métier:

songez à bien faire la vôtre.

Le conte d'hiver · 第 25 / 33 题