Le lecteur trouvera dans l'Histoire de la semaine des détails sur les
exécutions sommaires ordonnées à Haïti par le général Hippolyte, et au
cours desquelles M. Rigaud a été fusillé.
Voici à cet égard un complément d'informations.
C'est le 28 mai, jour de la Fête-Dieu à Port-au-Prince, que ces
événements ont eu lieu.
Pendant que le président. Hippolyte était à la messe, une bande
d'émeutiers conduits par le général Sully Guerrier se dirigeait vers la
prison, massacrait le geôlier et les soldats de la garde, et mettait en
liberté les prisonniers qui s'y trouvaient.
Instruit de ces faits, le général Hippolyte envoyait contre les
émeutiers quinze cents hommes de troupes fidèles qui se saisirent d'eux
et les fusillèrent.
Parmi ces émeutiers, on crut reconnaître. M. Rigaud, épicier, qui put
d'abord s'enfuir, mais qui fut arrêté quelques instants après et passé
immédiatement par les armes.
Au dire du général, M. Rigaud ne serait nullement Français, ni même
protégé français, comme on se plaît à le dire. C'était un noir sans
aucun mélange de sang blanc, dont le grand-père, après s'être allié avec
le général Leclerc, lors de l'expédition française du commencement du
siècle, se mit à la tête d'une émeute en 1810. Le père de Rigaud a été
ministre il y a une trentaine d'années. Rigaud est donc Haïtien de
naissance et de famille.
Lors de l'assassinat du général Télémaque il y a deux ans, Rigaud prit
parti pour le général Légitime, mais, quand il vit que les affaires
tournaient mal, il prit peur et se fit inscrire comme protégé français.
Il n'en continuait pas moins à s'occuper de politique et à être en
quelque sorte un chef d'opposition au gouvernement établi. Pour en finir
avec lui, le général Hippolyte demanda officiellement au gouvernement
français sa radiation de la liste des protégés. Il crut la radiation
effectuée et c'est ainsi qu'il a fait fusiller Rigaud qu'il considérait
comme un Haïtien rebelle au gouvernement légalement établi.